Conscience

Publié le par zorba

 

 

 

J'ai découvert, ce matin, que j'avais une conscience. J'étais là, tel le beauf ruminant sa tranche de vie, quand tout à coup l'onction de la conscience m'est tombée dessus, je me suis senti habité, conscientisé, ah que j'aime ce mot, comme il me rend intelligent, rien que de le dire, d'ailleurs si çà se trouve, je viens de l'inventer. Une grâce miraculeuse et soudaine a déchiré les limbes de l'ignorance dans laquelle je me vautrais et soudain je sais tout, j'ai tout compris du monde ainsi que de ma mission sur terre. J'ai eu la révélation que l'homme est une fin en soi, et je sais aujourd'hui où est mon devoir, mon destin. Celui qui doit m'immortaliser. Ah que je m'aime. Ah que j'aime la conscientisation. Ah que j'aime ce mot, il faudra que je pense à me le mettre à chaque tournant de phrase. Les jaloux diront que je suis atteint du syndrome de connerie militante. Les cons c'est eux.

En fait, je ne sais pas trop où se trouve l'Ouïgourie mais les Ouïgours sont des hommes, comme nous. J'ai vu des images, et les images, y a pas mieux pour se conscientiser. J'ai lu aussi comme quoi que la Chine avait besoin d'une profondeur stratégique. Bon d'accord, mais les Ouïgours, eux, n'y sont pour rien, s'il se trouvent dans la profondeur stratégique de la Chine. Ils ont des femmes et des enfants, qui souffrent. C'est pas vrai, ce que je dis là ? Bon, comme on voit, je suis conscientisé à donf.

Donc, j'ai décidé, en vertu de mes prérogatives de citoyen, d'accorder l'asile politicien aux Ouïgours. Pas tous. On n'est pas les seuls sur la planète, chacun sa part du fardeau, chacun son quota, mais nous, il nous faut les nôtres de Ouïgours. Il me faut les miens. J'ai décidé d'ouvrir un pont aérien et d'organiser des charters d'immigration pour cinq millions d'Ouïgours. Voilà. La France est généreuse. Nous leur assurerons un logement décent, avec eau chaude solaire, un RSA, une CMU, les allocs et la scolarisation. C'est un minimum vital. Disons que c'est obligé pour qu'ils n'aient pas la haine envers nous. J'ai pensé à tout. Il faut qu'on soit aimés par tout le monde.

Et les Congolais aussi... Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (comme leur nom l'indique, ce sont des libérateurs démocratiques) luttent contre les Tutsis mais je n'ai pas tout compris. Résultat, en six mois, 800.000 réfugiés, sans parler des morts qui eux, n'ont plus besoin de se réfugier nulle part. Allez hop, pareil : des charters de réfugiés, 5.000.000. Mais attendez, je n'ai pas fini. Je suis en train de recenser tous les pays du monde qui sont frappés par la guerre, la famine, la sécheresse, la montée des eaux, enfin toutes les catastrophes de sauve-qui-peut dont nous sommes responsables. Enfin pas moi directement mais mes concitoyens. Car je me suis conscientisé aussi que tout le mal vient de l'Occident. On peut se conscientiser de plusieurs choses à la fois. Donc, lorsque j'aurai terminé mes comptes, je pense qu'on va tourner autour de cent vingt millions de réfugiés qu'il va bien falloir caser en France, avec logement solaire, RSA, CMU, allocs et scolarisation. De quoi relancer la machine économique pour assurer tout çà tout en faisant une bonne action. Et je ne parle pas des roumains : ce sont des européens. D'ailleurs, eux, je les aime moins. Ils sont trop près, et presque comme nous. Et ils ont pris l'Europe pour une oie blanche bonne à plumer. Enfin, çà dépend des Roumains. Pas tous bien sûr. Mais de toutes façons, ils ont leurs raisons aussi. Eux aussi, ont femme et enfants. Mais du moment qu'ils plument les riches, hein... Enfin faudrait voir aussi à ce qu'ils laissent du plumage pour mes réfugiés.

En même temps que les Ouïgours, les Tibétains. Faut pas les oublier, ceux-là, après les J.O. En plus, j'adore leur musique : ils tapent des cymbales. Et j'adore les cymbales. Y en a qui trouvent çà casse...heum. Mais chacun sa culture. D'abord on dit « kaltcheur ». La France va s'enrichir comme jamais. On a déjà les cloches, mais quand on aura ajouté les cymbales et le muezzin, au moins, y aura de l'ambiance. Chaude, chaude, l'ambiance... Avec les bandes rivales pour animer les rues. Normal, chacun doit reconstituer son ghetto chez nous. Ils y seront aidés par le RSA, la CMU, les allocs... bon la scolarisation c'est un détail on va pas commencer à les faire chier avec çà, plus quelques trafics à gauche à droite. Et je suis sûr que, de tout ce monde, nous sortiront quelques ministres. C'est pas la preuve, çà ? Qu'il y a du potentiel dans le monde ?

Ah putain qu'est-ce que je me sens bien. Qu'est-ce que je me fais du bien. Réconcilié avec moi-même dites donc ! Je ne savais quoi faire de ma peau, hé bien maintenant, je le sais. Militer, dénoncer, voilà ma vocation. Car je me suis conscientisé. La conscientisation, y a pas mieux. C'est la porte ouverte à toutes les libertés. Quand on a accompli sa conscientisation, suivi son sentiment, on ne peut pas se tromper. Donc on est libre. J'espère qu'il va y avoir d'autres catastrophes, dans le monde. Que çà ne va pas s'arrêter là. Sinon je suis sans boulot. Pas que çà rapporte beaucoup mais sait-on jamais. Je peux me retrouver à la tête d'un collectif et passer à la télé. Alors là, oui... Il y a des matins, comme çà, où on trouve miraculeusement sa voie. Où l'on est touché par la grâce. Ah je m'en souviendrai, des Ouïgours ! Peut-être même quand on n'en parlera plus. Parce qu'il faut bien se conscientiser de tout le reste ! Oh... Pas tout le monde à la fois. Somalie, Tiers-Monde, mes nouveaux territoires d'aventures.

Publié dans humour littérature

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M
La conscience est difficile à faire entrer dans son tiroir. 'Je préfère être un communiste en roll's qu'un capitaliste en char" disait Y.Montand.   et l'autre (?): 'Il vaut mieux être un homme à paradoxes qu'un homme à préjugés".
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Z
<br /> En revanche certains font entrer des tioirs dans la conscience !<br /> <br /> <br />
F
Ainsi donc je fais partie de ceux qui donnent à manger aux pigeons et aux chats ...... Je ne voudrais pas que tu puisses penser que je viens semer la zizanie , ton histoire me rappelle ma tendre jeunesse , il y a très longtemps . Mon grand père est venu , au début du siècle précédent  de sa Sardaigne natale ou il crevait de faim avec sa femme et ses  cinq filles. Je ne voulais surtout pas qu'il ouvre la bouche devant mes copines quand il venait nous rendre visite . J'avais honte de son accent italien ! Toute mon enfance j'ai entendu les voisins nous traiter de sales babis ! J'ai grandi , j'ai vieilli , j'ai vu beaucoup de choses dans ma vie , et j'ai honte d'avoir eu honte ! .... Mais j'aime bien ton grand père , tu sais celui qui te conduisait voir Jean-Lui !
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Z
<br /> <br /> Fanette, je n'ai pas connu çà, personne ne m'a jamais traité. Mais en effet, j'ai beaucoup entendu traiter les italiens de Babitcho. Et bien sûr, comme toujours, je ne comprenais pas. Comme quand<br /> on traitait mon copain de "Chinetoque". Je n'ai jamais pu m'y faire. Cela dit, je me moque un peu de ceux qui tombent dans le travers inverse, exactement opposé. Les extrêmes sont toujours<br /> ridicules. Les racistes sont ridicules, et les anti-racistes de choc sont ridicules. Cà en fait du monde, pas normal.<br /> <br /> <br /> <br />
R
Tu connais cette mode de vacances qui consiste à échanger son logis contre celui qui vient dans le tien?Je dis ça, car il faudra leur demander de laisser leurs locaux en bon état, pour que nous puissions y aller quand il n'y aura plus de place ici pour nous... 
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Z
<br /> En voilà une bonne idée...!<br /> Mais bon, je déconnais, com'd'ab.<br /> <br /> <br />
R
Bien vu  Zorba ...mais tu te mets  du coup du mauvais côté du monde idéal des bisounours  à railler tous ceux qui donnent à manger  aux pigeons ...méchant , va !
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Z
<br /> Je suis toujours du mauvais côté Roussote...  Mauvais esprit, mauvais penchants... Mais tant pis... Tant que je m'amuse.<br /> <br /> <br />
F
je n'oserai douter de ta conscientisation, en revanche je me permets de douter de la conscience de tes cons-citoyens. Ils ne manqueront pas d'exploiter cette main d'oeuvre facile, de leur verser moins que le smig, de les faire travailler dans des conditions qui hérisserait les poils du plus indulgent des contrôleurs du travail, au prétexte que humain qu'ils sont, on leur a tendu la main et qu'ils nous doivent bien ça. Et puis, si par hasard, une guégerre se déclenchait quelque part, on les enverrait joyeusement en première ligne, chair à canon cé-èmutisé, alloquisé, smicardisé, pour leur refuser ensuite la pension militaire, car ils auraient eu l'insigne honneur de défendre la France.. Ce petit village du monde où certains continuent à résiter.
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Z
<br /> <br /> Parfaitement Fomahaut, mais laisse-moi me reposer et jouir de ma conscientisation toute neuve. Ensuite je m'occuperai des conditions d'emploi de mes 120 milllions d'immigrés. Cà va chauffer, je<br /> te le dis...<br /> <br /> <br /> <br />