Désir.

Publié le par zorba

 

 

 

D'aucuns m'ont soutenu mordicus que manque et désir sont la même chose. Pareille insistance ne pouvait manquer de me harceler le cogito. Quand on sait ma nature inquiète sur la valeur des mots, raison pour laquelle j'attache un grand prix aux définitions, au-delà même de celles du dico, il me fallait en avoir le coeur net, l'esprit libre de ce souci morbide. Je voyais mal Zorba traîner le moindre doute sur une question aussi essentielle pour sa vision du monde. Car j'ai une vision du monde. Et toc.

A priori donc, il peut sembler très évident en effet que manque et désir soient les deux mots d'une même réalité.

Mais prenons-nous deux minutes pour ausculter la question :

Imaginons que je nourrisse un fantasme. Si ! Cà m'est arrivé. Voir le texticule intitulé « Fayots ». M'étant fort imprudemment ouvert de ce fantasme à des proches, ces derniers ont cru malin de me placer devant le défi : manger des fayots à la louche comme Terence Hill dans « La horde sauvage ». Comme on voit, j'ai des fantasmes de con. N'empêche, je fantasmais bien mes fayots. Le fantasme, çà ne se commande pas.

Ayant donc enfin réalisé mon rêve de manger des fayots à la louche, me voilà fort démuni car j'ai brisé ce rêve : je ne suis pas Terence Hill, je n'ai pas de colt à la ceinture, et je ne dégaine pas plus vite que la pensée. Bref je suis déçu. Déçu de moi-même. Avouez que c'est bien le pire qui puisse arriver que d'être dépité de soi-même.

Or donc je sais aujourd'hui, et d'expérience, que réaliser certains fantasmes c'est se désenchanter la vie.

Si par conséquent, conscient de ce fait, un autre fantasme venait à m'habiter, je serais en droit de m'en refuser la réalisation. Pour continuer à rêver. Me rêver Terence Hill mangeant des fayots à la louche.

Je serais donc en manque de quelque chose, tout en n'ayant pas le désir de combler ce manque.

Vous allez me dire : c'est tordu.

Pas tant que çà. Une supposition : il vous manque d'être riche pour être en état de réaliser un projet. Oui mais vous n'avez aucun désir d'être riche. Pourquoi ? Cà c'est votre affaire ! Peut-être que le fait d'être riche vous volerait votre vie par exemple. On a toutes les raisons de désirer être riche, mais on peut aussi bien avoir toutes les raisons de ne pas désirer être riche. Cà dépend de chacun.

Attention, je ne dis pas que le fait d'être nanti soit un obstacle au bonheur ou à la réalisation de soi. Mais pour certains, d'un grand stoïcisme reconnaissons-le, çà peut l'être. Je veux simplement dire que si ce cas n'est pas courant, il existe néanmoins. Le cas existe donc où l'on peut manquer de quelque chose sans pour autant le désirer. Conclusion logique : le manque n'est pas désir alors que le désir implique un manque. Deuxième conclusion logique : le manque n'implique pas le désir mais le précède.

On ne peut pas davantage dire que le désir étant refoulé, il est alors un manque puisque pour le refouler, il faut être conscient de ce désir. Donc on peut seulement dire que le désir est toujours conscient alors que le manque peut ne pas l'être. Conscient. Je peux très bien avoir soif sans en être conscient tellement je suis préoccupé d'autre chose. Non ! J'en veux pas de ton rosé bien frais, tu vois pas que je m'empépine à essayer de faire tenir le parasol ! Je manque de rosé bien frais alors que je n'en désire pas.

Par conséquent assimiler le manque à un désir inconscient c'est encore confusionner.

Alors pas la peine de venir me soutenir mortibus que manque et désir sont la même chose : tout ce que vous réussirez à faire, c'est de m'inquiéter. Pour rien. Vous croyez que c'est chrétien, çà, de me causer des inquiétudes pour rien ? Vous croyez que m'empêcher de dormir sur mes deux oreilles est bon pour ma santé ?

Des copains, çà...? Des salauds, oui !

Publié dans humour littérature

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D
analyse épatante !
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Z
<br /> N'est-ce pas...?<br /> <br /> <br />
R
"On ne peut pas davantage dire que le désir étant refoulé, il est alors un manque puisque pour le refouler, il faut être conscient de ce désir."Le "refoulé" ...c'est  l'inconscient  à l'oeuvre ...alors , désir ou manque  , qu'importe  , puisque nous n'en avons pas conscience . Ceci dit ...comment peut-on encore  confondre  "manque" et "désir" ; ce sont deux concepts distincts qui parfois (souvent)  sont  le pendant  l'un de  l'autre  sans que jamais l'un soit l'autre . 
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Z
<br /> Ben...on est toujours conscient d'un désir... ou alors il faut le faire exprès<br /> <br /> <br />
M
Sans vouloir faire dans le simplisme et casser ton (brillant) raisonnement, je dirai qu'on peut avoir besoin d'huile de foie de morue (manque) sans vraiment en avoir envie (désir).Il est vrai qu'aujourd'hui on ne manque plus que de ce qu'on désire.
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Z
<br /> <br /> Loin de casser mon brillant raisonnement Michel (sois attentif voyons), tu le renforces : manque et désir ne sont pas confondus. Je vais même faire servir ton argument...<br /> <br /> <br /> <br />
R
C'est sûr, il y a une différence entre manque et désirOn peut (certains pas moi) désirer encore plus d'argent alors qu'on en a déjà beaucoup (certains pas moi), et là, le désir ne vient pas du manque mais de la gloutonnerie..On peut manquer de certaines relations et ne pas en désirer d'avantage car ça entrainerait un emploi du temps surchargé.. Voilà, tu peux continuer à dormir... Quoique... si on ne manque pas de certaines relations, on peut désirer plus d'argent et...Allez, oublie ça. 
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Z
<br /> <br /> Pas simple, l'affaire, en effet. En tous cas on pourra toujours dire que le manque est partout, et le désir suit...<br /> <br /> <br /> <br />
O
j'ai écrit, voici 1h environ, un commentaire. Il n'apparaît pas ?pas parti ? pas reçu ? ceci est un essai.osiris
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Z
<br /> J'ai bien reçu un commentaire, en effet, auquel j'ai répondu de la façon la plus idiote possible...<br /> <br /> <br />