Pensée.

Publié le par zorba

 

 

 

Le lecteur pressé pourra se dire que Zorba nourrit une fixette sur la tension de manque et la frustration. Le plus beau c'est qu'il n'aura pas tort. Car Zorba s'est fait du fonctionnement du psychisme humain une idée toute personnelle. Et les affaires personnelles, on n'y touche pas. Par exemple ma bêche, je n'aime pas qu'on y touche. D'abord elle est à moi, et un maladroit risquerait de me la fausser. Je ne la confie qu'au bêcheur sachant bêcher. Alors il faut éclaircir un point afin de justifier cette fixette et ne pas la laisser malmener par le non-initié. Il faut imaginer comment s'amorce la tension de manque, énergie psychique, avant que de la jeter à la poubelle d'une part où je risquerais de la récupérer dans un état lamentable, et que quelqu'un n'aille se blesser ou faire une sortie de route en la maniant comme un manche. De bêche.

C'est à la fois simple et pas compliqué, ce qui a l'avantage de la rusticité.

Un stimulus du réel A active le réseau neuronal, qui note la présence de A et l'intègre sous la forme d'une trace mnésique, physico-chimique et plus ou mopins rémanente, qui est aussi un mouvement psychosomatique, donc une émotion. Un sentiment. Une sensation. La sensation de la présence de A. Puis un second stimulus réel B active à nouveau le réseau neuronal dans les mêmes conditions, provoquant un nouvel état émotionnel. A et B sont respectivement des stimuli du réel, qui renseignent sur le réel, la plupart du temps de manière tout à fait inconsciente, mais qui créent de toute façon des états émotionnels (psychosomatiques), identifiés ou non.

Dans le psychisme se produit une interaction entre les traces mnésiques de A et de B, objets du réel, laquelle interaction va produire la trace mnésique réelle induite d'un nouvel objet AB qui lui, n'existe pas dans le réel. L'état de manque psychique est créé. En effet, le nouvel état psychique (et émotionnel) est le résultat de la production induite, propre au système hyperspécialisé humain, d'un objet AB n'existant pas dans le réel, qui n'y a pas son équivalent. Et qui donc manque à ce réel. C'est l'origine de l'état de tension du manque psychique. Tout à fait inconscient la plupart du temps mais qui peut le devenir si l'attention s'y fixe.

Si je fabrique de mes mains le nouvel objet mental AB (par exemple une chaise), cet objet mental existe alors dans le réel et la tension de manque se résorbe (par cette fabrication même et c'est pourquoi l'homme est un animal imaginatif et industrieux).

Mais il faut bien voir qu'à tout moment de la vie de l'appareil psychosomatique humain, de tels objets mentaux induits AB se forment à profusion et à notre insu dans les profondeurs inconscientes du psychisme qui, alors, est en état perpétuel de manque (puis de désir lorsque ce manque est indentifié et devient conscient). Le manque perpétuel et inconscient créé par la production continue de tels objets induits produit un effet de pensée. Dont l'énergie, l'aliment, la substance même, est une tension de manque. Une frustration. Pas plus compliqué que çà. Ce qui est compliqué, en revanche, est de mettre en évidence sur la paillasse du chercheur ce fonctionnement. Mais il est prédictif de l'ensemble des pensées et comportements humains. C'est bien la raison pour laquelle on attribue au désir l'essentiel de la motivation humaine mais sans savoir pourquoi, et surtout sans comprendre que la pensée n'est pas possible sans la frustration qui l'alimente, sans cette tension de manque originelle. Le désir n'est qu'une manifestation parmi d'autres, et identifiée, de toute cette activité génératrice d'énergie psychique.

Alors vous croyez que Zorba s'amuse ? Hé hé, vous avez raison. Zorba s'amuse avec ce jouet qui sert à peser les pensées et qu'il s'est fabriqué lui-même, et que les autres n'ont pas puisqu'il n'existe pas en série. Mais bon, allez, un jouet est une affaire personnelle et ne se prête pas cependant pour vous, je ferai une exception. Parce que je vous ai à la bonne. Vous pouvez même le tester et faire un tour de circuit avec. Je m'en fous, il est incassable et j'ai des pièces détachées. Il suffit de tarer les injecteurs et c'est reparti, çà carbure. Vous en connaissez beaucoup des jouets comme çà ? Made in France ? Qui pèsent la pensée ?

Publié dans humour littérature

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H
Donc jusqu'à là, nous sommes d'accord, nous revenons donc à la question : pourquoi, nous , les humains avont du éloboré une pensée constructive, parfois anti-naturelle ? Peut-être parce que nous sommes nus ? 
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Z
<br /> <br /> Je ne sais pas si le fait d'être faibles et nus nous a orientés, mais ce qui est sûr, c'est que nous avons développé une hyper-sensibilité émotionnelle qui produit un effet d'intelligence.<br /> Hyper-sensibilité qui n'aurait pas trouvé de prolongement sans le développement simultané des mains, d'un langage articulé et d'une capacité cranienne hors du commun<br /> pour l'exploiter.<br /> <br /> <br /> <br />
H
Je suis bien d'accord avec toi au sujet de l'ordinateur...mais déjà moins pour le sanglier...qi me prouve qu'il n'est pas de mémoire, ni d'inconscient, ni d'hyperémotivité...la différence c'est qu'il ne l'exprime pas comme les humains...nous nous sommes spécialisé dans le language, avec une capacité de modeler la réalité grâce à nos mains...qui peut me dire si le sanglier n'est pas un poête d'odeurs, par exemple ? 
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Z
<br /> <br /> C'est bien ce que je soutiens : le chien est un vrai poète du flair, l'albatros celui du vol à voile, seulement il ne peuvent pas l'exprimer en langage humain. Peut-être communiquent-ils sur ce<br /> point avec leurs semblables... Le sanglier doit être un poète à sa manière. Les animaux ont une mémoire, un inconscient, des sentiments, çà ne fait aucun doute. Mais notre hyperémotivité, à<br /> nous,  s'étend à tous les domaines qui nous sont accessibles (par exemple nous ne sommes pas sensibles aux ultra-sons mais nous les mettons en évidence par la voie des appareillages). Quant<br /> à la conscience, s'ils en ont une, elle ne leur permet pas d'aller contre leur instinct, ce que nous faisons tous les jours...<br /> <br /> <br /> <br />
H
bonsoir, même si je n'ai pas les mêmes mots que vous, pour conceptualiser toutes vos pensées et donc votre savoir, j'imagine que ce que tu veux dire, Zorba (le grecque ?), c'est que la création (au sens d'éloborer un objet de nouveau ) nécessite d'abord la pensée ? Cela me semble limpide et forcément vrai. Après, les objets peuvent être un mélange des plus divers : ABCD.....tout dépends de ses sources ou des mélanges de savoir...
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Z
<br /> <br /> C'est en effet l'objection première que l'on pourrait faire hanhi, mais les objets mentaux dont il est question s'élaborent dans l'instance de l'hyperémotivité dont nous avons développé la<br /> capacité unique parmi le monde animal. C'est à dire l'inconscient. Si c'est l'émotion inconsciente qui élabore ces objets mentaux, alors la pensée vient après et s'en empare. Il faut bien en<br /> effet que quelque chose alimente la pensée, lui donne du matériau à organiser : quoi d'autre que les états émotionnels...? Un ordinateur ne pense pas, pour la raison qu'il n'éprouve pas<br /> d'émotions. Un animal ne produit pas de pensée organisée parce qu'il ne possède pas notre acuité et finesse émotionnelle. Sinon...il penserait....à condition bien sûr d'avoir, entre autres, un langage suffisamment articulé pour s'exprimer.<br /> Par exemple, jamais un ordinateur ou un sanglier ne pourraient dire : "Les sanglots longs des violons de l'automne, bercent mon coeur d'une langueur monotone". Il faut aller chercher loin<br /> dans la finesse de ses émotions pour pondre ce type de pensée.<br /> <br /> <br /> <br />
M
Questions de terminologie probalement. Pour la suite, je demande à voir.... Merci Zorba, pour la discussion!
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Z
<br /> Si tu fais allusion à la mémoire, c'est plus qu'une question de terminologie, c'est une question de conception. Je t'expliquerai....<br /> <br /> <br />
M
Jolie discussion Zorba...La pensée n'est pas la conscience (laquelle est l'action de la pensée sur elle même). Il est difficile d'imaginer une pensée qui s'ignore, et pourtant... Dans sa forme rudimentaire, la pensée est la formalisation nécessaire à la mémorisation. Le reflexe de l'iris est l'exemple type, mais l'orientation du tournesol au soleil aussi.De cette première forme de pensée à la forme ultime (la croyance de sa propre nature mystique) il n'y a que l'effet d'une évolution fondée sur la mémorisation collective et la transmission du savoir...Cette transition (apparition de l'oeil, de l'aile, de la main..) a toujours fait gamberger l'homme. La pensée consciente, pourtant évolutivement plus simple, est le dernier refuge.Ce que je dis là est le fondement sérieux de la perlimpinpinologie: l'homme n'a rien d'exceptionnel.
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Z
<br /> <br /> Bien d'accord Michel, mais de mon point de vue, pensée et mémoire sont une seule et même chose : les deux fonctionnent à partir du sentiment. Je tâcherai de le rendre plus explicite dans un autre<br /> texticule, car çà vaut la peine.<br /> L'homme n'a rien d'exceptionnel en effet du point de vue de l'évolution, toutefois sans voler comme l'oiseau, il vole cependant, et c'est le résultat d'une hypersensibilté émotionnelle.<br /> <br /> <br /> <br />