C'est une histoire de toilettes bouchées. Eh ! Ne vous sauvez pas si vite ! Cà ne sent pas encore, que je sache ! Ou alors c'est que vous avez l'odorat sensible au point de sentir l'odeur des mots. Pourtant, j'ai beau coller ma narine dessus, « toilettes bouchées », je ne sens que l'odeur du papier. Ah vous êtes forts, vous !
Vous allez voir un peu ce concours de circonstances.
Les W.C de Belle-maman se bouchent. Inondation. Belle-maman est équipée d'une fosse septique et de son système de draînage. Comme à la campagne. Et sa fosse fonctionne depuis son installation, il y a quarante ans. Bonne fosse, donc, et bon épandage. Oui mais voilà, il n'est si bonne fosse qui un jour ne se bouche. Et dans ce cas-là que fait-on...? On appelle Zorba au secours.
J'ai une sainte trouille des piqûres. C'est vrai. Mais jamais aucune fosse septique ne m'a vu reculer. Ne m'a jamais intimidé. Voilà. Je t'attrape çà à bras le corps, et tant que je ne l'ai pas débouchée, je touille. Je martèle, je burine, je furète, j'éclabousse, mais j'y vais sans flemme. Quitte à reconstruire un regard ou deux par ci par là. Mais si... je furète ! C'est à dire que je passe dans les canalisations un outil appelé « furet ». Il faut tout vous expliquer ou quoi ! Vous aurez remarqué que je n'ai pas parlé d'odeurs. Tout en délicatesse, chez moi. Et on peut dire que je suis un démerdard.
Et qu'est-ce que j'apprends, le même jour…? Les latrines de l'ISS, la station spatiale, sont bouchées. Avec 13 clients à bord ! Si c'est pas un concours de circonstances ! Ou alors ils l'ont fait exprès : Tiens, y a Zorba qui débouche, si on en profitait...
Ah non ! Non non, pas question ! Je ne pars pas là-haut. Pour tout l'or du monde. Qu'est-ce que j'irais glander là-haut ! Vous ne pouvez même pas creuser une latrine de secours dans le plancher de la station ISS. Ni au plafond. C'est strictement interdit. En plus, en apesanteur, çà voltige comme des petits oiseaux, çà. Dites donc ! Toute la station transformée en volière. Et impossible de se nettoyer à grandes eaux. Ah non, qu'on ne compte pas sur moi. Sous pesanteur, je veux bien, les choses sont à leur place normale, mais avec des étrons qui volettent dans tous les sens, moi je me le sens pas. Là, il faut du spécialiste. Avec filet à papillons et tout...
Ah rien n'est simple là-haut... « Chef, çà pue! - Je le sais bien que çà pue, chichorle ! Tu fais comme moi, tu te retiens. Ou alors tu vas planter ton grenadier dans le bois là-bas, derrière la voie lactée ».
Que pourriez-vous faire, en orbite, lorsque les latrines se bouchent ? Rien. Surtout si vous partez conquérir une planète située à 40 années lumière ! Le temps que le plombier arrive, à vitesse luminique (là, je rigole : que lui, le plombier, se déplace à vitesse luminique, admettons, mais son matériel ? Le furet ? S'il arrive fondu par la distorsion de l'espace-temps, qu'est-ce qu'il fait, le plombier ?) donc, le temps qu'il arrive, il se passe vingt ans. Vous pouvez en stocker, du déchet ! Ou alors, le semer dans l'espace, à travers un sas spécial. Pas un sas pour sorties humaines, avec les éclaboussures ! Le mieux, c'est d'équiper les vaisseaux spatiaux de TLM. « TLM n°1, paré à tirer ? Feu ». (TLM : Tube Lance-Merde). Au moins vous ne risquez pas d'être poursuivi ou serré de près par un vaisseau Twilien.
Vous avez détesté la pollution sur Terre ? Vous allez haïr la pollution de l'espace. Là où l'homme passe, la nature trépasse. Et encore avons-nous de la chance : en cas de pluie de météorites d'étrons, ils brûleraient à leur entrée dans l'atmosphère. De ce côté-là au moins, on est tranquilles, les astronautes peuvent balancer.
J'ai une proposition à faire : pourquoi ne pas construire des sanisettes de l'espace en orbite géostationnaire ? On saurait à tout moment où les trouver. Les vaisseaux spatiaux n'auraient qu'à faire des haltes régulières pour se soulager de leur chargement, et là, un jardiner-chef de l'espace s'occuperait de confectionner du compost destiné au « Jardin de l'Espace ». Double avantage : on envoie dans un premier temps les astronautes avec leur nourriture, çà, de toute façon, on ne peut pas y couper, et à l'arrivée, on récupère des légumes bio, si bien qu'au bout d'un moment, on peut envoyer les gars sans ravitaillement, ils trouvent tout çà là-haut. Et en plus, ils pourront faire leurs besoins sans boucher le chiottard. Sans compter l'économie de TLM. L'idée, le concept, c'est de transposer nos « Espaces Jardin » en « Jardins de l'Espace ».
Même en curant la fosse septique de Belle-maman, je ne peux m'empêcher de boularder. Je suis le Jules Vernes des potagers.
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