J'ai décidé de monter un parti politique. J'ai toutes les qualités requises : je tuerais père et mère pour un carambar, mon cynisme est impénétrable à la charge creuse et ma mauvaise foi ne se dilue même pas au white spirit. Je crois que j'ai tout dit. Seulement voilà : pour monter un parti politique, un vrai, il faut des idées. Et des solides. Il faut y avoir réflechi à deux fois. Hé bien c'est fait : j'y ai réfléchi. Quand je réfléchis, çà se voit. Et çà s'entend. Le vitres vibrent. Les meubles aussi. La température monte. Le réchauffement climatique ? C'est moi. Les pendules avancent et les céramiques se déforment. Les migrateurs qui passent au-desssus sont désorientés. Les ordinateurs paniquent, c'est à dire qu'ils tombent en panne, et la grippe A mute.
Pour créer un parti politique, il faut commencer par s'être posé les bonnes questions : Que veulent les gens ?
Eh oui, c'est la question à 29,95 Euros. Pas 30.
Parce que si vous promettez aux gens le contraire de ce qu'ils veulent vous avez autant de chances d'être élu qu'un chameau de passer par le chas d'une aiguille. Quoique. Avec la probabilité quantique. Donc, que veulent les gens?
Du pognon. Pas besoin de télescope. Oh je vous vois venir : Pas tous. Et pas moi. D'accord. Mais çà ne fait pas une majorité. Et pour être élu il faut quoi? Une majorité. CQFD, pas la peine d'ergoter.
Ensuite que veulent-ils ? Ou plutôt, que ne veulent-ils pas ? Bosser. Là encore, CQFD, pas la peine d'ergoter. Donc il faut leur promettre....? Des vacances. Beaucoup de vacances. Un maximum de vacances. La semaine de 2 heures. Ce n'est pas crédible ? Et Dieu, il est crédible ?
Déjà, je tiens là les deux piliers de mon édifice politique. Bien entendu, deux piliers seulement, c'est instable. Il faut au moins une triangulation. Je vous vois venir... Vous allez me dire : Et que voudraient les gens pour agrémenter leur bonheur tout neuf ? Pognon, vacances, et puis quoi encore...? Des femmes ! Alors laissez-moi vous dire : les femmes d'accord, mais avant, pour pouvoir profiter des femmes il faut quoi...? La santé ! Vous l'aviez oublié, celle-là ! Pour dépenser son pognon et partir en vacances voir des poulettes, si vous êtes grabataire... Hein ? On va même dire que c'est primordial, la santé. Cà passe avant tout le reste.
Nous avons déjà le meilleur service de santé publique du monde. Et çà, c'est très embêtant pour mon programme politique. En effet, on pourrait m'objecter : « De quoi tu te plains ? ». Mais je ne me plains pas, je veux juste monter un parti. Pour les autres... Pour les gens... Voyez l'étendue de mon altruisme ! Seulement il faut reconnaître que d'être les meilleurs en santé publique ne donne pas de grain à moudre aux mécontentements. Il faut toujours appuyer là où çà fait mal : sur les frustrations. Alors on va dire ceci : on va supprimer les maladies. Ah oui...? Et comment…? - Les toubibs sont là pour çà non ? Alors, troisième point du programme : Maladie.
Et voilà, je tiens ma Trinité, l'essence de mon programme : Vacances, Pognon, Maladie. Le parti s'appellera le VPM : Votez Pour Moi.
Là, je crois que j'ai bien travaillé. J'ai réussi à évacuer tous les faux-semblants jésuitiques, les altérations et adultérations, escamotages et perversions qui tentent de donner le change, j'ai isolé les trois grandes nécessités de l'homme en les désignant par leur nom, et pas un autre, je ne vois subsister qu'un seul vrai problème : je n'ai pas envie d'être élu. Comment voulez-vous être tranquille, dès lors que vous vous présentez à un suffrage ? Et vous ne pouvez pas non plus vous présenter incognito à la tête d'un parti intitulé : « Peinarditude ». Qui voterait pour être peinard ? Personne. Dégun. Les gens ont besoin d'histoires. D'Histoire avec un grand stoire. Ils ont déjà besoin de se comparer aux autres. Donc de se confronter. C'est une vie, çà ? Oui, une vie, mais humaine. Qu'on le veuille ou pas, bon gré mal gré, on est dans la course, pris dans les convexions des intérêts particuliers. Ou même catégoriels. Donc il faut des partis. Ce qui n'a guère de logique. Si je fais partie d'une catégorie, je suis en tort puisque si le sort m'avait conduit à appartenir à une catégorie opposée, je me donnerais tort à moi-même. C'est pas un peu con, çà ? La vie humaine, si intelligente en apparence, est d'une stupidité sans équivalent dans le monde animé. Un loup est un loup : il fait le loup. Point. L'homme veut être tout à la fois, juge, partie, omniscient, omniprésent, omnipotent, et pour finir il est quoi...? Rien de bon, puisqu'il n'arrive pas seulement à voter pour le seul parti qui vaille : « Peinarditude ». D'ailleurs, il s'ennuierait très vite. Et deviendrait encore plus stupide.
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