Vous l'avais-je dit ? Avec mon épouse, nous avons retapissé et repeint un bureau pendant les vacances. Bon d'accord, des vacances comme çà, la plupart s'en passeraient. Oui mais au bout de deux heures de vacances, si je ne fais pas quelque chose, je m'ennuie. Je passerais bien 2 heures de vacances à croiser sur la Croisette, pour faire plaisir, mais au bout d'une heure, j'en ai déjà marre. Alors je préfère retapisser et repeindre, la distraction dure au moins trois jours.
Et voilà pas qu'elle se met en tête, mon épouse, de remeubler le bureau de fond en comble. Allons bon ! Quand il suffisait de remettre les anciens meubles en place. Elle va donc chez Casto, où l'on trouve de tout à monter soi-même.
Moi, vous savez, ces petits bricolos, çà ne m'emballe pas vraiment. Je ne suis pas contre, notez bien, mais la plupart du temps les modes d'emploi traduits du chinois en passant par le néerlandais aboutissent à ce que vous vous retrouviez avec une étagère autour du cou sans pouvoir vous en dépêtrer. Il faut vraiment être artiste pour obtenir quelque chose de sensé de ces machins-là.
Elle me dit : « Tu me perces un trou ici, un autre là, et tu visses çà avec çà ».
Un conseil : ne discutez jamais ce que vous dit votre femme. Si vous ne comprenez pas, c'est que vous êtes con. Elle, elle se comprend.
Donc, je perce, je visse. Tout bien comme elle veut. Après çà, je me casse, parce que je ne comprends rien à la manière dont elle veut faire tenir les choses. Sûrement un nouveau procédé dont je n'ai jamais entendu parler. Je m'en vais faire un texticule, tiens...puisque c'est la fin des haricots au jardin.
Et la voilà qui commence à monter ses machins, ses trucs... Et tout d'un coup j'entends crac, boum. Zut, il faut que je lâche mon texticule pour aller aux nouvelles. Des fois qu'elle m'aurait fait tomber une cloison. Je sens que je vais devoir gâcher du plâtre.
Mais non. C'est pire ! Un petit mobilier qu'elle essayait de faire tenir en équilibre – ou alors c'est que je n'ai pas compris sa savante manoeuvre – vient de lui dégringoler sur le pif. Mais sur le pif, vraiment. Cà doit peser à peine deux ou trois kilos, trois fois rien, mais avec des arêtes vives, deux ou trois petits kilos qui vous tombent d'un petit mètre de hauteur sur l'arête du nez et çà y est ! On dirait que vous venez de vous engueuler avec un tramway. Tu m'étonnes, si çà pisse le sang : la bordure de l'étagère, que je viens d'examiner, toujours dans le louable souci de comprendre, porte un lambeau de peau de nez sur sa tranche !
Là, tel que je vous le dis, mon épouse est défigurée pour quinze jours. Elle a le tarin, mon vieux...
Eh bien moi, çà ne me fait pas rigoler du tout. Déjà que je n'y comprenais rien, à ses projets ! De rage, je m'en vais choper ma perceuse, des vis, des boulons, et je te lui fixe ses putains d'étagères à ma façon à moi, dans le mur à la tapisserie toute fraîche, et pif et paf, en trois coups de marteau, tiens, vas-y maintenant, tu peux t'y suspendre, à ton meuble. Tu peux faire du trapèze, sur tes étagères
Et vous savez quoi ? Elle revient, elle me dit : « C'est pas fin ».
Voilà. C'est pas fin. Je manque de finesse. Elle préfèrerait que ç'a ait l'air aérien, comme suspendu dans le vide. Un étagère ! Et son pif, à elle,il est fin ? Que je me dis en mon for intérieur. Mais je le garde pour moi. Parce qu'en plus, les femmes, il ne faut pas trop les chercher. Surtout sur leur pif. On dirait une aubergine qu'on aurait enduite de pommade. Ah non ! Pas question de mettre un pansement dessus. Vous imaginez ? Un pansement sur le pif ? Rôôô, la honte ! Tandis qu'un morceau de pizza, çà passe mieux. Là encore, j'ai intérêt à ne rien dire. Cà manquerait de finesse, vous pensez !
Moi, je manque peut-être de finesse. Mais je ne fais pas dans les situations pourries. Moi, les meubles, ne me tombent pas sur la gueule. Je n'ai pas des doigts de fée, mais quand çà doit tenir en l'air, çà tient. Ou çà dit pourquoi. Si vous écoutiez les femmes, ce n'est pas une toiture que vous auriez au-dessus de la tête, c'est un parasol. Parce que c'est plus fin. Et une pizza sur le nez, c'est fin, peut-être ?
Mais bon voilà. Il faut se résigner : on n'est pas fins. Vous savez, même le plafond de la chapelle Sixtine, si vous le faites tenir sur du n'importe quoi, vous n'allez pas en prifiter longtemps. Il arrive un moment où la finesse, il faut la forcer un peu, quand même.
Enfin bon, c'est notre karma, à nous les visseurs d'étagères. Et on n'a pas intérêt à discuter en plus : on n'est pas fins.
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||