A table

Publié le par zorba

 

 

Je suis sûr que çà vous est arrivé. Et que sans doute çà vous arrive tous les jours. Vous êtes tranquillement en train de bricoler votre voiture, ou votre aile volante, ou votre je ne sais quoi, moi c’est un truc dans le jardin mais c’est pareil. Vous êtes dans votre monde… Vous avez même perdu toute notion de temps. Il peut même se faire que vous soyez en plein trip, le roi d’Ecosse n’est pas votre cousin et s’il l’est, tant mieux. Vous n’échangeriez pas votre place pour un gisement de méthane. Et soudain :

A  TAAAAABLE … !!!

C’est votre épouse. A  TAAAAABLE….. !!!! Ah elle n’a pas perdu son triple AAA dites-moi. Elle est même en passe d’en gagner quelques uns. Car vous avez alors en tout et pour tout trente secondes, et pas un grain de plus, pour tomber votre cotte, courir vous laver les mains à votre lavabo de campagne, et vous présenter présentable à l’emplacement même de votre couvert.

Et si vous n’avez pas répondu du tac au tac : J’ARRIIIIIVE ! elle croit que vous êtes à trafiquer au fond des combes, que vous n’avez rien entendu (tu parles !) et là, c’est la cloche. Dringuelin, dringuelin, tout dépend de votre modèle de cloche mais le sens est le même : tout de suite. Là. Ici.

Je suis sûr que par vent dominant, c'est-à-dire d’Ouest, tout l’Est de la paroisse est informé que Zorba est requis de se présenter de toute urgence et toutes affaires cessantes devant sa mangeoire et plus vite que çà.

Car bien sûr, si vous n’obtempérez pas immédiatement sur l’instant même par un quelconque moyen magique tel une baguette ou une fusée, à votre arrivée, c’est le soufflon assuré. Cà fait une heure que je t’appelle ! Cà va refroidir !  Une heure… Mais bien sûr.

Les femmes sont bourrées de particularités et notamment celle-ci : elles sont dotées d’une horloge interne qui fait que, dès l’instant que leur tambouille est prête, le temps se met à défiler selon un nouveau théorème de relativité auquel vous ne pouvez rien comprendre. Et pire, elles se retrouvent dans l’impossibilité d’envisager qu’un autre monde soit possible : le vôtre. Et ce n’est pas tout. « Tu pourrais te laver les mains quand même. – Mais je viens de le faire ». A toute vitesse bien sûr. Alors vous vous relavez les mains, et lorsque vous raccrochez l’essuie-mains d’un blanc immaculé à son crochet… la sérénade reprend de plus belle. Vous êtes un gros dégoûtant, regarde-moi çà, on dirait un torchon… ! Et c’est quoi d’autre… ? Est-ce qu’un essuie-mains est fait pour rester propre… ? Hein ? Pouvez-vous me le dire ? Vous tentez mollement de vous défendre, avec un brin de mauvaise foi mais que serait le monde sans mauvaise foi… « Dis donc, je vais juste manger ma soupe avec une cuillère, je ne vais pas opérer une cataracte ou faire un pontage coronarien ». Rien n’y fait : c’est pas une raison.

« C’est pas une raison », c’est la raison des femmes. Bon dieu si elle avait dû se taper son casse-dalle assise sur des sacs de ciment à boire son kilo de rouge dans un verre posé sur la poussière d’une poutarella. Non, c’est le compagnon italo-quelque chose qui prononçait poutrelle : poutarella. Je n’ai jamais eu meilleur appétit…

Ce n’est pas une raison ! Il faudrait presque que je mette la cravate. Pour l’ôter après les agapes. Remarquez, la cravate, çà me garnit bien. Surtout assortie à ma balafre. Mais tout de même… Suis-je là pour faire le beau ?

« C’est pas une raison… Cà va refroidir… Cà fait une heure … » Je les connais toutes. Il est vrai que çà valait le coup de venir, çà je ne dis pas. Mais enfin, quoi, trente secondes quelle que soit la configuration, est-ce humain ? De traiter quelqu’un de la sorte ?

Le sens des priorités d’une femme m’étonnera toujours. Ne me dites pas que cinq minutes leur foutraient leur repas en l’air. Ce n’est pas possible. Alors une minute, qu’est-ce que c’est… Tandis que si je laisse une brouette à moitié pleine de mortier à sécher… bon, çà se rattrape mais quand même, c’est couillon quoi. Rien à faire. Pas savoir. « T’as qu’à regarder l’heure et remettre ton mortier à plus tard. – J’ai pas d’heure et j’en veux pas ». Non mais ! J’ai couru toute ma vie après l’heure et maintenant que je puis m’offrir ce luxe inouï de vivre hors du temps, il faudrait que je m’accroche une pendule au poignet ! Cà va pas non ?

Les femmes sont dures avec nous, je trouve. Elles ne nous reconnaissent que des circonstances exténuantes et dépendantes de notre mauvaise volonté.

J’ai cependant mis au point un stratagème aussi rusé qu’efficient : si votre retard excède trois minutes, tandis qu’elle entonne sa malagueña, vous entrez et vous lui attrapez les seins. Une chance sur deux : « C’est pas le moment », çà, vous y avez droit, d’accord. Mais c’est l’intonation, qui compte : si elle vous rembarre en réprimant un sourire en coin, c’est bon, la malagueña s’éteint d’elle-même. Vous pouvez même vous permettre d’insister : Ooooh…. Toi !  et faire mine de la choper sur le lave-vaisselle. En revanche, si elle brandit sa louche… là c’est sérieux. C’est même pas bon du tout. Vous avez tout faux. Comment savoir d’avance ? Alors là c’est une question qu’elle est bonne et que je n’ai pas encore résolue. Mais qui ne tente rien n’a rien. Ou plutôt si : un soufflon.

Ou alors, il y a autre chose : tandis que vous accrochez votre chapeau à la patère,  celui que vous deviez bouffer suite à un pari stupide avec les copains, vous vous écriez, assez fort pour être entendu car quand elle répotèque, elle n’entend plus qu’elle-même tellement elle a les bronches dégagées : « Huuuum… çà sent bon ! Oh Tu m’entends ? Cà sent bon ! »

Oui et un peu plus tu allais sentir le cramé… Rien à faire, il faut qu’elle ait le dernier mot. Mais çà dure moins longtemps.

 

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O
<br /> Et c'est à c't'heure là qu't'arrive !!! crénoudidiou... (je découvre non sans stupeur le retour du gars Zorba, ben oui, moi aussi je ne suis pas en avance pour l'heure du repas - signé : feu<br /> Claire Ogie)<br /> <br /> <br /> Délicieux, du miel sur la tartine, ce billet. <br />
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R
<br /> <br /> <br /> <br /> Quand  rien  ne va  , quand tout  lasse  , quand j'ai besoin de retrouver   le sourire  et  croire  encore  que  l'intelligence <br /> n'est  pas morte  ...je  prends  une  dose  de  ZORBA ...<br />
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D
<br /> Toujours aussi drôles et magnifiquement racontées, vos histoires... Moi, maintenant, quand mon époux se fait attendre, je commence à manger seule et lorsqu'il arrive enfin, je ne lui fais<br /> aucun reproche. Il en est tout étonné ! Par contre, pour l'essuie-main, je râle encore, c'est plus fort que moi...<br />
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M
<br /> alors voilà, aujourd'hui, saint valentin, patron n'est pas là, dossiers boucles, je me dis affalée<br /> mollement derrière mon ordi " tiens, et si j'allais faire un petit tour texticulesque", j'y vais, mollement aussi ( les 32 degrés du bureau me font fondre les neurones, enfin le peu que j'ai) et<br /> là!!!! ZORBA EST DE RETOUR. petit mari pourra éventuellement ne pas avoir fait de cadeau, je pense que je m'en fout... bon retour l'ami, ta décision de nous abandonner n'était pas juste car on<br /> n'avait pas notre mot à dire, mais la décision de revenir m'a certainement éclairé cette  journée morose.<br />
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G
<br /> vous êtes comme moi alors,<br /> <br /> <br /> vous n'avez pas l'heure, puisque vous avez le temps.....<br />
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