Nativité

Publié le par zorba

Les fêtes de la nativité ont pour barycentre la basilique du même nom à Bethléem. C’est le ventricule du coeur de l’aventure terrestre qui devait mener le divin enfant à périr sur la croix. Là est né l’enfant-dieu qui réunit autour de son adoration des millions et des millions de fidèles enchristés, il faut tout de même le réaliser. Ce n’est pas rien, de penser à ces masses mystiques, à ces ardeurs dévotes, à ces déferlements de spiritualité sur le monde qui ne s’en remettra jamais. Nul conquérant sur la terre n’aura soumis à son culte autant de croyants assujettis, suscité autant de vénération, autant de fanatiques béatitudes. Inspiré autant de messes, de bâtisseurs et d’idolâtries. Celui qui a établi de royaume de Dieu ici-bas pour les siècles des siècles, amen, méritait une tout autre piété que celle que lui témoignent certains de ses serviteurs. Au moins son berceau devrait-il être voué à la paix aux hommes de bonne volonté…

Misère. Blasphème. Exécration. Désolation de l’abomination. Que leur langue se couvre de poils et leurs yeux de cataracte ! Des prêtres arméniens et grecs orthodoxes chargés de l’entretien et du nettoyage de ces lieux trois fois saints en sont arrivés à se foutre sur la gueule. Mais si mais si. Sur les lieux mêmes de la nativité. Si Jésus, dans sa crèche, entre son bœuf et son âne gris avait pu savoir que 2.00O ans plus tard, des gens se castagneraient à l’emplacement même de ses premiers arreuuh, je doute qu’il eût accepté le sacrifice crucificiel de sa vie pour si peu de respect.

Trois religions de la chrétienté se sont arrogé, en la basilique de la Nativité, un espace de nettoyage. Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas de tout chambouler, déménager, échafauder, rien de tout çà, juste de nettoyer. Chacun sa lessive bénite, son O’Cédar consacré et sa cire apostolique. Mais voilà pas qu’un desservant orthodoxe déborde de son oblative serpillière la limite de sa zone de nettoyage. Ah mon dieu ! The casus belli majuscule ! Vous l’avez vu ! Comme je vous vois ! Il a violé la frontière sacrée, avec sa serpillière !  L’arménien blasphémateur se prend une rebutée et va se répandre au pied du jubé. Emeute ! Rameute ! Contre-meute !  Bientôt deux douzaines d’enfroqués se donnent l’onction au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit ainsi soit-il avec tout ce qui leur tombe sous la main. Et paf, mange-toi l’ostensoir sur ta gueule de faux apôtre.  Viens un peu là que je te scalpe la tonsure d’un coup de patène. Vlan, déchirage de chasuble et que je t’intronise  l’étole d’un coup d’idole chiasmatique. Un augustin vénérable part tout droit se planter les dents dans l’iconostase tandis que le superviseur se prend les burettes en plein dans ses béatitudes. Ah les coups de ciboire sur la tronche tout ce qui tombe du ciel est béni. Une sainte baffe projette un samaritain notoire le cul dans le bénitier. Tout çà volte et virevolte dans ses surplis, étoles et dalmatiques se chignonnent tandis que volent bas les calices et les croix… Noooon pas la croix. Pas la croix sinon on va chercher les missiles ! D’accord, pas la croix, en attendant, déguste un peu ta vulgate, l’augustin, avec le lutrin par-dessus.

Sur ces voies de fait arrivent les policiers palestiniens. Bilan : sept blessés : cinq prêtres et deux  policiers. Paix sur la terre aux âmes pieuses.

Blam ! Shpirf ! Certains bruits de torgnoles me réjouissent au-delà du raisonnable. Surtout chez ceux qui font foi de cultiver paix et amour. Cela en donne long à penser sur la sincérité de leurs options. Comme si précisément leur choix se portait sur la justification des plus viles pulsions par de hautes raisons.

Mais quand même, quelle honte : une basilique bi-millénaire prête à tomber en ruines, et voilà bien que ceux qui se sont accaparé  l’occupation des lieux au simple prétexte d’y passer un coup de serpillière en viennent à s’étriper au lieu de refaire les charpentes et les fresques. Que voulez-vous, ainsi finissent les plus hautes civilisations par la mesquinerie des hommes. Viens mon frère, tu tiens la pelle et moi le balai. Mais non, ce serait trop simple. Vivement que les pierres de la voûte leur tombent sur la gueule, ils sauront peut-être pourquoi ils se battent. Les derniers hommes se battront encore sur des ruines. Qu’y a-t-il de si réjouissant dans ces bagarres de chiens ? Elles mettent en évidence une nature humaine que les grandes consciences s’acharnent à nier. Voilà ce qu’il y a de réjouissant : l’irruption de la réalité dans le monde du rêve. Tu me surveilles, je te surveille, et gare. Tu mets ta serpillière sur mon carreau, je te mets un carreau sur ton mufle de blasphème. Donnant donnant, prenant prenant. Y a pas de raison n’est-ce pas.  Ne reste qu’à se réjouir de cet imbroglio qui nous sert de temps à autre ces scènes d’anthologie. Sinon, je raconterais quoi, moi, avec mes texticules… ?

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D
<br /> Une scène affligeante drôlement bien racontée : on s'y croirait !<br /> <br /> <br /> Il est vrai que, dans cette région, la violence n'est jamais bien loin et qu'il suffit d'un rien pour la réactiver... Une région où je refuse de poser le pied tant que n'y régnera pas la paix...<br /> Autant dire que je risque de ne jamais la connaître ! <br />
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<br /> <br /> En effet, Danalyia. Pourtant tous ces pays sont d'une grande beauté, et tellement habités d'histoire. Tant pis, toi ni moi n'y pouvons pas grand-chose.<br /> <br /> <br /> <br />