Politesse

Publié le par zorba

Politesse.

 

 

La crise de l’euro aura donc permis que certaines pendules électroniques à bougnazal panoramique intégré fussent remises à l’heure d’un élémentaire bon sens qui consisterait à ne pas dépenser plus que l’on ne gagne, sauf à pratiquer l’arnaque ou le vol à l’arraché. Et pour commencer, à l’heure du respect d’autrui dont on sait bien que plus on en parle, moins il existe, la politesse de la forme s’est définitivement éteinte si celle du cœur ne s’exprime plus guère que sous la forme sincère et spontanée d’une dictature des sentiments. La preuve… ?

Avez-vous déjà vu un escarpe des temps nouveaux s’introduire dans une station-service pour demander chapeau bas au tenancier :

-Adviendrait-il de votre bienveillance acharnée que vous me remissiez le contenu de votre tiroir-caisse sans autre forme de résistance… ?

-Mais je vous en prie, Monsieur le truand de haute truanderie, et daignerez-vous sans doute aussi me délester de ces quelques cartes bancaires, oh peu de chose, dont la fortune voulut me doter afin de satisfaire à vos menus dépens…

-Je ne voudrais pas vous gêner en quoi que ce soit Monsieur mais s’il dépendait de votre bonté de n’appuyer pas sur le bouton d’alarme si judicieusement apposé à votre sénestre, je serais dans l’éternité votre obligé pour m’avoir épargné la douloureuse besogne de vous loger l’once de plomb que j’ai en culasse dans la tête, que par ailleurs vous avez si avenante.

-Loin de moi la sotte pensée du vil stratagème dont vous caressez l’idée Monsieur, l’honneur du pompiste de galante pompisterie s’honorant de devoir satisfaire à la requête d’un client à la mine aussi altière. Cependant, et dans le souci extrême où je suis de ne point gâter votre digestion, oserai-je attirer votre attention sur le fait que les archers du roi sont déjà en route, prévenus par la station de vigiles à laquelle mon humble gargote se trouve reliée par le truchement de l’indiscrète caméra qui en ce moment même épie chacun de vos exploits – ah, la vilaine époque que nous vivons – et que votre ardente inclination à me soulager des quelques deniers qui encombraient ma caisse risque de probablement de vous coûter une vie qui m’est si chère.

-Je vous sais infiniment gré, Monsieur, de votre souci oblatif aussi, épris comme je le suis de votre aimable personne, me résoudrai à prendre votre excellence en otage afin de prolonger ces chers instants de vos bons offices et m’assurer la protection dévouée de votre estimable cousinage. Si vous vouliez accepter de passer devant afin de nous escorter jusqu’à notre monture, vous me rendriez le plus estimé service qui soit et croyez bien que je ne vous oublierai pas en mes prières si d’aventure il advenait que vous périssiez dans la fâcheuse affaire que nos valeureux centurions s’apprêtent à nous diligenter.

-Noble escoffier, dont j’affectionne les noeuds de la fraternité, c’est d’abord pour votre sauvegarde que mon cœur s’émeut et je tremble de votre témérité à vouloir hasarder des jours qui me sont chers pour quelques ducats qui ne vous conduiraient, et dans le destin le plus clément, qu’à être mis en bastille pour s’y voir faner la fleur des années de votre gentille existence et croyez m’en, alors que le temps égrène encore vos secondes de liberté, renoncez à ce contrat mortel par lequel votre présence vint honorer ces lieux. Remettez-moi vos armes et vos couleurs, je me porte garant de votre personne et assumerai l’honneur d’intercéder auprès du prince et d’y louer les qualités de modération et d’humanisme dont vous fîtes foi en cette ténébreuse occurrence.

-Hélas Monsieur, jamais je n’oublierai votre tendre sollicitude mais céans je ne vins pour n’emporter que peau de balle. Ainsi si m’en croyez, cédez à ma requête et dirigez vos pas vers la sortie…

-Trop tard, ami des mauvais jours, votre compte est fait si dans la seconde même vous ne déposez vos arbalètes. Je vois déjà la mort à vos aguets dans la mire du tireur posté à l’échauguette. Ah, désarmez je vous prie le tromblon plastifié dont vous crûtes m’imposer la fallacieuse menace car si je sais en mon cœur que jamais vous ne conjecturâtes d’attenter à mes jours, l’autre là-bas ne le sait point et vous logera aussi sûr que je vous parle son projectile entre les yeux.

-Diable Monsieur, vous m’obligeriez en me révélant par quel prodige minutieux vous devinâtes la supercherie du procédé car par ma foi, l’imitation en est parfaite.

-La perfection n’étant pas de ce monde, notre courtoise et édifiante conversation ma laissa tout loisir d’observer le cran de sûreté de votre artillerie et ma foi Monsieur, je veux bien parier tout ce dont vous me délestâtes que vous seriez très en peine de l’actionner attendu qu’il est coulé dans la masse ainsi que vous pouvez le voir… permettez-moi Monsieur… à cette jointure qui n’en est pas une. Ainsi serai-je à mon tour votre éternel débiteur lorsque vous aurez consenti à déposer sur ce comptoir même les quelques pistoles dont vous soulageâtes avec une élégance toute aristocratique mon tiroir-caisse.

-Ah çà Monsieur votre sagacité me laisse éperdu d’admiration. Quoi… ! Comment… ! Est-il possible…

-Noble ami, je fus instruit dans ma période militaire à démonter et remonter, un bandeau sur les yeux, et en moins de temps qu’il n’en faut à un éjaculateur précoce pour opérer, toutes sortes de calibres aussi n’allez pas croire que je sois magicien, cependant je dois céder au devoir que l’amitié m’impose et vous remettre entre les mains des agents de la force publique dans le souci unique, croyez-le bien, de ne vous point revoir en si fâcheuse posture dans laquelle vous récidiveriez au péril de votre vie. Et soyez certain Monsieur que je garderai à jamais le souvenir ému de votre haute figure désencagoulée. Permettez fier captif que j’entrave vos pas et sans vous exposer vous-même à des dégâts que nous mettions ainsi un terme à nos débats.

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