Rhéteurs.
Aujourd'hui, pluie. La pluie est toujours bienvenue, ce sont les réserves pour l'an prochain. Mais que voulez-vous faire au jardin lorsqu'il pleut, hormis tout fangouiller ? Vous me direz, il y a toujours à faire, à l'abri : aiguiser les sécateurs, aiguiser les sécateurs... Mais lorsque vous avez aiguisé dix paires de sécateurs, vous êtes paré pour cinq ans. Bon, alors, vous les désinfectez. Comment çà, pourquoi ! Mais pour ne pas coller la pestouille partout tiens. Les plantes, c'est comme nous, c'est sensible aux épidémies.
Bref, après avoir désinfecté les sécateurs, vous vous baladez sur les bloguinets des potes. On trouve de belles surprises, là aussi. Des tranches de vie même. Bien, je peux vous dire tout de suite que ce n'est pas le genre d'endroits où la méchanceté le dispute à la vacherie. On n'est pas là pour çà et les mauvais coucheurs n'ont qu'à aller sur des sites de débats. Parce qu'alors là...!
J'y suis allé, voir, sur un site de débats. De débats philosophiques. Mon dieu mon dieu. Philosophiques, çà s'appelle dites ! Non, je ne donnerai pas d'adresse. Par charité chrétienne et musulmane. En tous cas, je puis vous dire qu'il ne s'agit pas de Philoforum. Là, c'est différent, il y a des pointures. Il est encore inaccessible pour l'instant. On en reparlera. Mais parlons de cet autre, que je viens de visiter.
Alors carrément, sur ce site philosophique que je viens de visiter, j'ai pu lire, sur un sujet que je connais à peu près bien, au moins vingt âneries sur trois pages. Mais des âneries type contre-vérités assénées avec aplomb quoi. Alors soyons juste, équitable, mesuré et magnanime : il ne s'agit pas de philosophes confirmés, encore que ces derniers ne répugnent pas à la castagne le cas échéant. La preuve, j'ai déjà vu BHL excommunier Régis Debré. C'est pas rien ! Mais revenons à nos moutons. Un philosophe confirmé çà se reconnaît en première lecture. Sur ce site que j'ai visité, c'est plutôt un squat pour étudiants de terminale, voire un peu au-dessus.Quel malheur ! Ou plutôt quelle rigolade ! Et laissez-moi vous dire ceci d'entrée : sur overblog, où nul ne se pique de philopher, on n'en voit jamais autant ! D'âneries. Ce n'est pas pour vous passer la pommade, ou le gant de crin (si, c'est agréable aussi le gant de crin quand on est cheval). D'aucuns m'objecteront : pardi, avec des photos, on ne risque pas d'écrire des âneries. Mille pardon, les photos sont en général légendées, ou accompagnées d'une petite poésie. Je ne dis pas que c'est génial 24 sur 24, ce serait difficile, mais au moins, il ne s'agit pas d'âneries caractérisées. Là ? Sur ce site de philosophie ? Où l'on devrait rencontrer je ne sais pas moi, un minimum de bon sens ! Ah çà tombe dru ! Comme d'ailleurs sur tout blog d'opinion, soyons juste. On est tous comme çà remarquez : dès que l'on veut asséner son opinion, c'est à dire une vérité, on devient con. Comme par miracle. Ah vous l'aviez noté, vous aussi...
Alors j'ai bien relevé une chose (parce qu'on peut suivre tout un débat, c'est écrit !) sur ces sites de philosophie. Suivez-moi : soit un sujet. Un fil de discussion. (Je prends l'exemple d'un sujet nécessitant tout de même quelques connaissances éprouvées car sinon, sur un sujet bateau et non délimité, c'est un vrai carnage). Déjà, tous les jeunots se précipitent, et même de moins jeunes, chacun martelant sa vérité, une vraie foire d'empoigne, çà part dans tous les sens, en deux répliques on retrouve en sms sur une thématique cheveu sur la soupe, heureusement qu'ils sont obligés d'écrire (un peu) sinon on n'entendrait plus rien dans ce brouhaha. T'as rien compris et moi je sais tout et les profs nous conditionnent... Et puis soudain se pointe sur ce fil une pointure. Le propre d'une pointure c'est de se pointer. Quelqu'un qui sait de quoi il parle, qui apporte des lumières, découpeuses de contours précis. Le contraire d'un bricoleur quoi. Alors vous assitez à ce phénomène stupéfiant : au moment même où le sujet deviendrait intéressant, où vous pourriez apprendre des choses... le fil se coupe. Il est abandonné... Tout ce beau monde d'apprentis rhéteurs, aux opinions bien tranchées et transcendantales, déserte, pour s'en aller sévir sur un autre fil. Sur lequel ils ne se montrent pas plus renseignés bien sûr. Même pas peur, sur le fil ! Ah si c'était un fil de rasoir ils feraient moins le kékés. Seulement voilà : au moment précis où ils pourraient amender un peu leur connerie, c'est là qu'ils décrochent, çà ne les intéresse plus, puisque leurs arguments sont aussitôt carbonisés.
Alors, qu'est-ce que çà veut dire, tout çà...?
Eh bien çà veut dire que notre mouvement premier, et je m'inclus dans la critique car ce que sont ces apprentis, nous le fûmes aussi, nous porte à imposer notre point de vue davantage qu'à nous instruire. Tous. Nous sommes tous comme çà, ne cherchez pas. Il arrive que certains d'entre nous finissent pas s'en apercevoir, et se réforment, ou prennent un certain recul, mais en gros, dès qu'on se lâche, tout le monde est soumis à cette pulsion. C'est quand même con... non ? Certains n'essaient même pas de se former, à l'écoute de ceux qui savent, puisqu'ils ont leur opinion, à eux. Non, ils n'existent qu'en fonction du tonnage de stupidités qu'ils sont capables de proférer au mètre carré. Et bien sûr, c'est sur les sites de philosophie que cette tare devient la plus apparente.
On devrait se dire, quand même, que si l'on philosophe depuis plus de 2500 ans, le monde est toujours aussi merdique. De plus en plus même. Les incontestables progrès et améliorations ne nous rendent pas plus heureux. Plus confortables, certes. Mais plus heureux... Ah ? C'est pas un sujet qu'il est bon çà ? Si on accumule toutes les connaissances philosophiques de tous les temps censées nous guider vers les lendemains qui chantent, comment se fait-il qu'ils ne chantent toujours pas...? Pour une majorité, je veux dire. Moi çà va. Je serais mal venu de me plaindre. Vous avez vu mes analyses d'urine ? Tout neuf, que je suis ! Alors... hein ? Qui est-ce qui s'y colle, pour nous expliquer çà ? Hop, hop, attendez, avant de vous lancer, tous à la fois, dites-vous bien que tout ce que vous pourrez dire (mais non, ne sera pas retenu contre vous !) tout ce que vous pourrez dire a déjà été dit. Par la philosophie. Et çà ne marche pas ! Alors...? Quoi... moi... Mais j'en sais rien, moi. J'étais juste allé faire un tour sur un site de philosophie, et je pensais vous en faire profiter...
Ah non non non ! Mais lâchez-moi enfin... moi ma spécialité, c'est le rayon de dix mètres. Au-delà, je ne sais pas faire... Et puis, tiens, j'entends l'appel du jardin !