Tous pourris

Publié le par zorba




Tous pourris ! Sauf moi bien sûr. A commencer par le gouvernement, tous pourris. Sauf moi. Parce que je n'y suis pas, au gouvernement. Car si j'y étais, au gouvernement, vous verriez un peu !

Tous, c'est qui ? C'est les autres, qui ne pensent pas comme moi. Donc : tous pourris, sauf ceux qui pensent comme moi. Cela rappelle la religion, non ? Une religion enténébrée. Cela fait penser à l'inquisition ou quelque chose comme. Mais plutôt à une schizophrénie acquise, environnementale, culturelle dirons-nous. Hé hé, voilà que la schizophrénie guette notre belle société française. "Tous pourris sauf moi". Nous sommes tout de même de grands malades, mine de rien. Que voulez-vous, j'entends seulement les bruits du monde : tous pourris, voilà ce que j'entends comme une rumeur dominante. Et je l'entends depuis longtemps. Ce n'est pas seulement un effet de crise.

Ne parlons pas ici de l'habileté de ceux qui jouent les généreux en chef (on leur règlera leur compte en une autre occasion), ceux qui manoeuvrent ces bataillons de schizophrènes : des chefs, des sous-chefs, des gardes des seaux et de toute la hiérarchie y compris le militant de base de la schizophrénie ordinaire du tous pourris qui ne rêve que de monter en grade.

La schizophrénie ce n'est pas simple et on impute en général ce monstrueux dérangement à tort et à travers. Les symptomes en sont parfois diamétralement opposés. Vous avez la schizophrénie de type désorganisé qui se traduit par une incohérence de la pensée, un retranchement dans un univers morbide, une affectivité émoussée, inappropriée ou niaise. Vous avez encore le type catatonique qui lui au contraire est signé d'un repli sur soi, un mutisme, un négativisme, le maintien volontaire d'une posture et ce dernier trait pourrait déjà s'appliquer au type "tous pourris sauf moi". Mais en dépit de notre maladresse à poser une symtomatique claire, on devine que ce dont je parle s'apparente davantage à une schizophrénie de type paranoïde. Dans ce cas-là, on inclut les idées délirantes de persécution, de grandeur ou de jalousie : "tous pourris sauf moi". Cà résume bien, non ?

D'ailleurs, je me soupçonnerais volontiers d'incliner moi-même vers ce dernier type paranoïde mais ce qui me sauve, c'est que j'ai autre chose à glander de bien plus urgent. Comme profiter de la vie. Il paraîtrait même que cette maladie, cette malédiction plutôt, qui écourte la vie, pourrait avoir un rapport avec l'influence castratrice d'une mère abusive. Sauf que je n'en crois rien. On peut échapper à tous les traumatismes sauf si l'on présente à la maladie un terrain déjà propice et en ce cas, toute autre formation traumatique ferait l'affaire. Je crois que lorsqu'on en est rendu à ce point du "tous pourris sauf moi", c'est que l'on est parvenu au fin fond du dégoût de soi et surtout de l'impuissance. On sent n'avoir aucune prise sur le monde. Lequel du coup ne peut être que pourri. Parce que le monde ne fait pas ce que l'on veut.

Le problème, c'est que les schizophrènes paranoïdes du "tous pourris sauf moi" mènent un tel raffut, trouvent tellement d'amplificateurs tendus à leurs fragilités mentales, qu'ils finiraient par vous foutre la culpabilité. A force de répéter "tous pourris sauf moi" sur tous les tons, toutes les gammes et variations, vous finissez par croire que le monde c'est vous, puisque ce sont toujours les mêmes qui hurlent au tous pourris, sauf vous. Je veux dire : il n'y a plus que vous à ne pas hurler au tous pourris. Parce que quand même, vous trouvez cela un peu facile. Et puis, ce n'est pas une maladie qui tombe du ciel, comme çà. Quelque chose doit aider, tout de même.

Ecoutons le discours "tous pourris" d'un peu plus près : les hôpitaux et le système de santé : pourri, il faut mettre plus de moyens. L'enseignement : pourri, il faut mettre plus de moyens. Le système pénitentiaire : pourri, il faut mettre plus de moyens. La magistrature : pourrie, il faut mettre plus de moyens. Vous voulez que je continue...? Il faut mettre plus de moyens partout, et en même temps. Et l'Etat, qui ne met pas ces moyens, est tous pourris, bien entendu. Le "tous pourris" réclame une chose et une seule : des moyens. Pas une réorganisation, non, des moyens. Ils pourraient demander les deux, par exemple, çà semble plus logique. Non, surtout pas de réorganisation, seulement des moyens. C'est signé, non ? Ne changez surtout rien, ne mettez pas fin à une gabegie éventuelle, donnez seulement des moyens. Et des moyens c'est quoi ? Du pognon. Les schizophrènes paranoïdes du tous pourris réclament en réalité du pognon. Et ceux qui ne mettent pas ce pognon à la caisse sont tous pourris, c'est clair. On ne réclame pas de la thune pour soi, ce serait un peu gros comme ficelle, et puis on garde encore suffisamment de lucidité pour savoir qu'on ne distribue pas de l'oseille comme çà, à tort et à travers, à n'importe qui, sauf corruption ce qui finit d'ailleurs par se savoir. La thune, il faut quand même se la gagner. Un peu. Non, mais si on ne peut pas obtenir de blé pour soi, il faut au moins faire cracher au bassinet ceux qui le détiennent. C'est juste. Et surtout çà compenserait un peu, un peu, la douleur paranoïde du tous pourris.

Et donc le gouvernement, qui devrait faire cracher au bassinet mais ne le fait pas suffisamment, est "tous pourris". On voit donc que cette schizophrénie paranoïdale s'alimente au fric pur. Et non à la morale et l'altruisme comme on veut le faire croire. Ah ils sont rusés les mecs. Paranos mais pas cons. Eh oui ! Ils sont comme tout le monde, mais paranos. Le fric, c'est le moteur. Y compris de la schizophrénie paranoïdique du "tous pourris sauf moi". Et lorsque le fric vient à n'être plus le moteur de la schizophrénie paranoïtudinale, hé bien on en trouve un autre, de moteur. Mais c'est rare, parce que le fric, c'est le fric. Par exemple tous pourris si je ne passe pas à la télé malgré mon immense talent de texticulateur que le monde entier nous envie. Non mais c'est une blague oh oh. Si on ne peut plus déconner alors. Bref, le schizophrène paranoïde du "tous pourris sauf moi" est un malade, certes présentant un terrain propice, mais bien alimenté d'une rage impuissante à choper du pognon. Qu'est-ce que vous croyez.

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Publié dans humour littérature

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C
Je vais finir par donner l'impression que je fais de la lèche  mais  bon ...j'adore tout simplement .( j'ai le douloureux souvenir d'un sujet  identique sur lequel  nous nous sommes fâchés  au fil des arguments  entre forumeurs pourtant  de bonne éducation...)Monsieur  Zorba ...révérence!
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Z
<br /> Comme quoi, la bonne éducation n'empêche pas la passion Christine...<br /> <br /> <br />
C
C'est quoi encore cet ordi tout pourris !!! tsss...
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Z
<br /> Ah ben oui tiens...même l'ordi confirme...<br /> <br /> <br />
V
ça t'a fait du bien ? ça soulage ? Alors maintenant n'oublie pas de tirer la chasse !!!!
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Z
<br /> <br /> Argument tiré au cordeau !<br /> Ah çà fait mal...<br /> <br /> <br /> <br />
C
Ah bah voilà, j'ai toujours su que j'étais claire dans ma tête. Merci Zorba!
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C
Heu et quand on se dit tous pourris moi y compris, c'est grave docteur ?
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Z
<br /> Au contraire, c'est ce que l'on doit appeler sans doute une impitoyable lucidité<br /> <br /> <br />