Vendredi.
Par quel mystère un lecteur devient-il désireux de faire partager un plaisir de lecture ? Il y a là-dedans quelque chose, comme une générosité pas simple à expliquer, et qui ne tient pas seulement au fait que ce partage ne coûte rien car en effet il peut coûter – ne serait-ce qu'en temps mais parfois aussi en thune – ce qui rend troublante cette forme rarissime d'altruisme dans laquelle il n'est pas possible d'interpréter le moindre espoir de réciprocité.
Je reçois un mail aussi laconique que spartiate. Il se décline ainsi, très exactement :
Vous
Achetez
Vendredi.
Et c'est signé Guy B.....
Moi, acheter quoi... Vendredi ? Perplexité. Sûrement un message codé. Je suis un peu dans le cirage car je ne dispose pas de la clé de déchiffrement. Quel Vendredi : En huit ? En quinze ? Ou Vendredi dernier ? Peut-être me propose-t-on d'acheter des actions qui montent, vont monter, ou sont montées Vendredi, en essayant d'éviter de tomber sous le coup de la loi sur le délit d'initié... ?
Toutefois j'ai une piste : le signataire ne m'est pas familier, mais pas totalement inconnu non plus. Il est journaliste et j'ai lu sous sa plume des articles pointus et bien torchés dans « Le Post » web. Me signale-t-il que je dois acheter « Le Post » Vendredi ? « Le Post » existerait-il en version papier ? Comme je n'appartiens ni de près, ni de loin, ni à portée de canon, à la médiasphère, je suis un peu planté. M'aurait-il par erreur pris pour Bond, James Bond ?
Eh bien je n'y suis pas du tout. Renseignement pris auprès de lui par la fenêtre « Réponse » (ce qu'il y a de bien avec le web, c'est qu'on peut s'envoyer des réponses par la fenêtre), il me confirme simplement de vouloir bien acheter le journal « Vendredi ». Qui est un journal papier. Vendu en kiosques. Ouf, je respire : je ne suis peut-être pas embringué dans une sombre affaire d'espionnage.
« Vendredi » n'est pas en l'occurrence le compagnon de Robinson mais un journal très spécialisé ainsi que je vais le découvrir. « Vendredi » est surtout le journal de la blogosphère. Paraissant le Vendredi même si çà vous étonne. C'est à dire qu'il explore pour vous tous les blogs, grands et petits, sur lesquels vous pourriez passer un temps fou avant d'avoir trouvé celui qui vous interpelle, comme on dit : « Hep, toi là-bas ! Oui, je suis là, planqué parmi les millions de blogs. Tu ne risquais pas de me trouver même en cliquetant comme un malade jour et nuit, au milieu de toute cette blogaille ». Car il ne faut pas se raconter d'histoires, la majorité des blogs, dont le mien, ne vaut pas tripette. Il faut bien se faire à la dure réalité. Le mien par exemple est assurément nul en regard des splendides photos qu'il est donné d'admirer sur certains, ou à leur contenu informatif. Le Blog de Zorba est au mieux doté d'une coquetterie d'écriture mais des millions de gens savent écrire.
Mais bon, en même temps, haut les coeurs, c'est le mien, je ne vais pas non plus me le débiner de trop. Et surtout, ce sont mes lecteurs. Les miens, je tiens au possessif, tout relatif soit-il. Qui m'ont précisément distingué dans la blogaillerie. Et mes lecteurs ne peuvent pas avoir mauvais goût à mon goût. Logique.
Et pourquoi me dit-il d'acheter « Vendredi » ? Exactement, vous avez deviné ! Vous voyez bien que je ne vous pose pas que des colles pégueuses. Parce que lui aussi, journaliste à « Vendredi », a repéré mon blog, qu'il semble suivre depuis un bout de temps. Autrement dit, le blog de Zorba, que vous affectionnez, est distingué très distinctement par Guy B...., spécialiste de la blogosphère, parmi la blogaille. J'espère que vous en êtes tout fiérots. Il fallait que je vous le dise, quand même !
Alors d'une part, « Vendredi » est une nouveauté. Une innovation pourrait-on dire. Car il existe les baveux classiques, qui auront toujours leur clientèle rassurons-nous, et les baveux consacrés aux internautes. Et une nouveauté, moi, je lui souhaite plein succès car j'ai moi-même bâti ma carrière sur une innovation et je sais l'audace que cela requiert. Non, je ne parle pas du blog de Zorba, le concept est vieux comme l'art de la chronique. Je parle de l'innovation qui, comme son nom l'indique, marche avec son temps. Longue vie donc, à « Vendredi », le journal qui fait gagner un temps fou. Tiens, c'est presque un slogan, çà. Ou encore : « Vendredi, le journal du dégourdi ». Oui oh çà va, je ne suis pas sloganiste, non plus.
Et d'autre part, que fait Guy B..... dans « Vendredi, le journal du dégourdi » ? Il se fend d'un entrefilet pour signaler l'existence du blog de Zorba. Comme çà. Gratos. Compliments à l'appui.
Alors je vais vous dire tout net : je ne connais pas, là, tout de suite, l'impact que peut avoir un entrefilet dans « Vendredi, le journal du dégourdi » sur le lectorat, mais ce que sais, c'est que j'ai gagné un ami. Inconnu, mais ami. Car quelqu'un qui prend plaisir à suivre votre babil de défoncé doit forcément vous apprécier. Sinon, il éviterait de venir s'embourber dans votre cour. Et çà, un ami, çà vaut tout l'or du monde. Car comme je l'introduisais plus haut, il y a une générosité pas simple à expliquer, au fait qu'un inconnu vous offre des fleurs...pardon je me trompe, souhaite faire partager son plaisir de lecture sans espoir de réciprocité.
Salut Guy B.....