Edition

Publié le par zorba

 

 


Sur une même page de magazine, trois publicités. La publicité est un reflet du temps, qui ne trompe pas sur le temps. Le nôtre : le monte-escalier Machin, les gélules pour la vigueur sexuelle, et l'éditeur recherche auteur. Ce n'est pas moi qui les ai réunies sur la même page n'est-ce pas. Vous êtes témoins...!

Le monte-escalier, c'est le vieillissement. Oui ou non ? Nous serons bientôt plus de vieux que de jeunes. Inoui. Et le pire c'est que nous n'y sommes pour rien, ce sont nos technologies qui nous portent... Et qu'en sera-t-il lorsque les jeunes seront devenus vieux... Inutile de prendre les précautions oratoires de la sociologie : plus de confort à nos vieilles carcasses. On n'admet pas de vivre en rez-de-chaussée.

La gélule de l'énergie sexuelle : on veut bien être vieux, puisqu'on ne peut faire autrement, mais pas question de se limiter aux plaisirs et capacités que la nature nous assigne, de prendre du recul, ni le temps d'y penser... No comment. Car si je me mêlais de donner un avis là-dessus, c'est comme si je m'avisais de parler de cécité à la place des aveugles.

Grande misère de nos générations gavées de tout, de confort, de liberté, et qui doivent s'inventer sans cesse pour exister des remèdes à insatisfactions. Bien sûr que l'homme s'invente, mais au prix de quelles turpitudes !

Et c'est encore à cette insatisfaction intime que s'adressent les éditeurs recherchant auteurs. Et des auteurs, ils en trouvent, c'est une évidence statistique puisque je n'ai jamais rencontré d'utilisateur de monte-escalier ou de gélule du plaisir en revanche, j'ai rencontré un auteur. Médiocrité du jet. Ejaculats manuscrits en déshérence. Car irrésistible est aujourd'hui la tentation, où les technologies mettent l'édition à la portée des écrivassiers en mal de cabotinage, de publier in quarto sous jaquette en majesté les immortelles grâces plumitives dont le monde attendait la révélation. Non mais sérieux...!

Nous rêvons tous, surtout à l'état vigile, d'être beaux, riches et célèbres. Quel moyen plus économique – papier-crayon – de passer à l'universelle reconnaissance avec rien, seulement du jus de crâne. Ah ! Faire un livre ! Car en forçant un peu les choses, grâce aux éditeurs recherchant auteurs, notre talent infatué va enfin se révéler au bon peuple.

J'imagine que ces officines éditoriales de la vanité guettent le pigeon qui va se lever chaque matin. Vous écrivez, nous sommes là. Moyennant très peu de thune, nous imprimons, mille ou deux mille pour commencer, attends, pas tout à la fois, vos recueils d'exaltations poétiques et offrons un marchepied à votre réputation d'écrivain. C'est simple, peu coûteux, et un avenir de plateaux télé s'offre à vous, justes témoins de vous-même et de votre humilité de grand lettré. Car plus le lettré est grand, plus il est humble, c'est bien connu.

Enfin voyons voir. Combien peut-on compter d'auteurs de génie par siècle (y compris les écrivains posthumes, ceux que l'édition officielle elle-même peut rater)? Huit ? Dix ? Du reste, c'est bien parce que l'édition en rate quelqu'un que nous avons nos chances d'être par la bande cet auteur de génie que le monde espère.

On peut imaginer qu'avant d'avoir recours à l'édition à compte d'auteur, notre écrivain en mal de gloire a fait le tour des maisons à pignon et s'est vu retoquer sa glose d'un refus poli, mais néanmoins sans appel. Tous des cons, s'est-il probablement dit. A aucun moment l'idée de sa propre insuffisance n'a pu l'effleurer. Et c'est alors que la Providence lui présente, par pub de magazine entre monte-escalier et gélule du désir, l'opportunité de sauter le pas et devenir un érudit dans la cour des grands pour le prix de quelques carambars.

Oubliés les refus polis par compassion et l'ulcération dont parlent même des auteurs pourtant réputés. Un éditeur - inconnu sans doute mais éditeur tout de même – n'attendait justement que vous. Ne misant pas une sardine salée sur votre talent mais vous assurant, à vos frais, détail qui ne saurait arrêter l'essor irrésistible d'un destin, une édition sans coup férir, il suffit d'une minuscule audace en espérant qu'un public peu regardant s'y trompe pour voir un rêve de lauriers se matérialiser. Les caniches parlent aux caniches. Peuple, à genoux, voici le gendelettre.

Il faut une singulière inconscience de sa turpitude pour se prêter à ce petit jeu de l'écrivain. En même temps qu'une incroyable boursouflure et n'avoir jamais lu le véritable poète qui vous désespère à jamais de lui arriver à la cheville. Ou alors... se mentir à soi-même au point de ne pas voir que l'on fait affront à des oeuvres auxquelles on prétend ne pas prétendre se mesurer. Ce n'est pas tant qu'ils soient mauvais, nos prosateurs de la onzième heure, tout le monde en est là, c'est qu'ils soient animés de cette rage de faire subir à autrui leur médiocrité. Prions pour que leurs bouquins soient aussi biodégradables que leur dérisoire talent .

Et c'est ainsi que l'on rencontre dans des expositions plus ou moins culturelles, le mien était à une Semaine du Livre, le gratte-papier de sous-préfecture étalant sur son tréteau les exemplaires de son épanchement lyrique qui attendent la demande de dédicace. Oh mon dieu... Combien celui-là en aura-t-il vendues ce soir, de ces prétentieuses reliures avec son nom dessus et peut-être sa photo, emplies d'autant de vide que de vanité ? Une ? Trois ? Cà ne fait rien : on se sera assis enfin au même banquet gratifiant que le grand Hugo, lorsqu'on s'est bombardé écrivain. Cà valait le coup.

Voilà où l'insatisfaction nous jette : sur un tréteau de bateleur, en attendant le monte-escalier et la gélule du désir.

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Publié dans humour littérature

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M
C'est le lecteur qui décide!!
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Z
<br /> Cela va de soi.<br /> Et moi, je décide de ne pas versifier, sinon vous allez tous partir au galop.<br /> <br /> <br />
M
Très belle réflexion et très bons échanges.Pour ajouter à la discussion, voici la définition de l'éditeur."Un grand écrivain, c'est comme un grand footballeur. c'est celui qui remplit les stades.". DSelon moi, on est écrivain dès qu'on a envie d'être lu. Tout simplement. Un seul lecteur peut suffire. Comme d'être aimé. Le reste lui échappe: c'est le lecteur qui décide.
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Z
<br /> Tiens, oui au fait. On pourrait dire aussi : on est comique dès qu'on est... (ici mettre le nom de votre comique le plus désatreux).<br /> Et lorsqu'on écrit comme un arrache-clou Michel, on est quoi...? (Je sais, Céline écrit comme un arrache-clou, et<br /> pourtant...)<br /> <br /> <br />
C
Et si ! il emmerde sa femme parce qu'il ronfle !! ou parce qu'il s'écroule lamentablement tellement il est épuisé...
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Z
<br /> <br /> Eh éh... çà la repose....<br /> <br /> <br /> <br />
C
Il y a toujours une part de monstre qui sommeille en nous, ça c'est le mien mis à l'état pur, exacerbé. Et de l'autre côté il y a le saint bernard avec son tonneau de rhum et sa force personnelle pour sauver les âmes égarées dans les montagnes de l'absurde. Finalement, ça fait un bon équilibre ! lolLes personnes qui viennent dire "Oh ! vous vous êtes la bonté incarnée, je le vois, vous êtes tout amour, ne vous cachez pas !" ne font qu'exprimer ce qu'elles aimeraient trouver et qui n'existe pas. Et bien voilà, tu vois ! je suis encore en train de donner des leçons, je ne fais que ça...
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P
<br /> <br /> Pourquoi crois-tu Claire, que je sois toujours en train de faire des ponts et des jardins...? Pour fatiguer mes démons. Yes. Un homme crevé le soir n'a envie d'emmerder personne.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Warf ! j'adore donner des leçons, je me vois très bien en gourou (et en me léchant les pieds, merci, c'est un minimum quand même, pour après avoir l'immense plaisir d'envoyer promener celui ou celle qui vient de lécher, non mais faut pas abuser tout de même), alors pour ce qui est d'être un écrivain je te laisse deviner... A moi les petits z'enfants. Nous sommes ici en présence d'un ogre avec un ego démesuré, il ne faut jamais l'oublier.
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Z
<br /> <br /> Brrr.... tu me fais peur...<br /> <br /> <br /> <br />