Tomates

Publié le par zorba




-« Dis-moi Zorba, pourquoi est-ce que, quand tu bêches, tu sifflotes ? Comme un pinson. C’est exaspérant tu sais. On croirait que çà t’amuse, que tu y prends du plaisir. On a l’impression, nous autres, d’être anormaux… »

C’est mon copain, qui me dit çà, l’œil qui frise, comme s’il observait un martien un peu dérangé. Car en plus, c’est SON jardin, que je bêche. Comme tous les ans à pareille époque, je me suis tapé 200 bornes, avec ma bêche et mes plants de tomates, de concombres et de courgettes, en voiture, pour lui faire un potager digne de lui.

Non mais laisse-moi t’expliquer, qu’il me continue. Lorsque je vois un type en sueur, prendre de la peine à planter des légumes, je comprends qu’il fasse çà pour avoir le plaisir de les cueillir, ses légumes. Je ne suis pas stupide. Mais toi, là, tu ne vas rien cueillir du tout… Et en plus, tu siffles…

Bougre de con, que je lui réponds, c’est parce que je t’aime, que je te fais un potager.

Moi, vous me connaissez, je ne m’embarrasse pas de périphrases. C’est comme çà, et pas autrement. Tandis que les filles vont faire en voiture leur petit tour à l’océan, moi je bêche. Et je n’irais pas bêcher le jardin de quelqu’un qui me ferait des misères.

J’explique également à mon pote comment il doit enlever les gourmands, sur ses pieds de tomates, afin qu’ils ne produisent pas que du feuillage, mais aussi des tomates puisqu’ils sont plantés pour çà. Il s’en fout, mais alors à 200 à l’heure. Lui, il veut bien arroser, mais le potager, c’est pas son truc. Ce qu’il aime, lui, c’est sortir, voir du monde. Le contact avec les gens. Mais comme je me suis montré particulièrement pédagogue, il a pigé, le coup des gourmands. Parce que bien entendu, il est tout sauf idiot. Mais voilà, il s’en fout. Lui, c’est pas les tomates, c’est les gens. Et c’est très bien, qu’il se désintéresse des tomates, sinon il ferait lui-même son potager et je n’aurais plus de motif sérieux d’aller défoncer son terrain. Or, j’aime bien travailler son terrain : c’est un mélange de terreau et de sable. Peut-on rêver mieux ! En plus, l’eau est partout, la nappe aquifère est à deux mètres de profondeur. Le Pérou quoi. La pampa argentine.

Vous vous souvenez, peut-être, tandis que je bêchais le jardin de mon pote, les filles sont allées faire leur petit tout en voiture sur le front de mer. Elles ont mis leur sac à main dans le coffre et sont allées ramasser de bien jolis galets, sur la plage… De retour à la voiture, elles s’étaient fait taxer les sacs à main. Papiers, chéquiers, cartes bancaires, cellulaires… tout.

Vous comprenez pourquoi j’aime bêcher…?

Tandis que je bêche, sans sortir de chez moi, je peux garder l’illusion que le monde va bien. Je puis siffloter comme un pinson tandis qu’à côté, tout à côté, des sacs à main disparaissent. Ils disparaissent parce que pour des gamins, vingt ou trente euros de tirés dans un sac à main leur fait une bonne prise. Deux, trois fois par jour, on finit par sortir sa petite journée. Sans travailler. Sans se fouler. A peu près sans risque. Il suffit de planquer, au bon endroit, d’avoir l’œil. Si quelqu’un, d’aventure, vous met la main au collet : Oh pardon, je me suis trompé de véhicule. Et puis c’est tout. Un bel avenir, pour des mômes.

Alors voilà. Il suffit de se dire que tout individu que vous pouvez croiser, même un gosse, surtout un gosse, est susceptible de vous dépouiller. Il suffit de ne rien porter sur vous de monnayable, d’utilisable. Il suffit d’être un peu paranoïaque. De considérer votre environnement comme hostile, farci de pièges à cons et de tire-gousset. Votre prochain est très probablement l’aigrefin qui va tenter de vous plumer. C’est réjouissant, comme perspective…. On est tout de suite portés à la confiance, tenez. Un inconnu est en toute certitude l’ami qui vous veut du bien. On est tout prêt à lui confier ses clés pardi. Ben voyons… sans arrière-pensée.

C’est ainsi que les caméras de vidéo-surveillance se multiplieront. Que les systèmes de sécurité se feront de plus en plus sophistiqués, dissuasifs. Ainsi va le monde, c’est bien normal.

Enfin moi je bêche. Et ces lointains bruits du monde n’entameront jamais ma bonne humeur. Au contraire : tout çà fait marcher les assurances, c’est bon pour le commerce. A ce régime-là, la crise ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

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Publié dans humour littérature

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M
Pourquoi croyez-vous qu'Adame et Evec aient été chassés d'un JARDIN et non d'un paking d'autoroute. Tout simplement, parce que le jardin est le symbole de la sagesse! Et la bêche, tonton Michel?La bêche est le symbole du jardinier.
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Z
<br /> Ah, tu pouvais pas me faire plus plaisir... Je ne me déplace jamais sans ma bêche, je t'assure ! Et dans les rares réunions mondaines où je me rends, je l'ai encore en tête. Cà m'ancre dans le<br /> réel.<br /> <br /> <br />
R
Moi aussi  je regrette l'époque où , de Biarritz à Lacanau  , on pouvait laisser ses affaires sur la plage pendant qu'on allait se baigner , l'époque où  il ne venait pas en même temps que les touristes  les  charognards  en quête de bonnes poires à qui  gâcher les vacances .Le copain de ma fille a coursé sur le sable un de ces individus et lui a  fait rendre  leurs affaires  . Quand il est allé signaler  l'incident au poste de police ,il s'est fait engueuler  parce qu'il aurait pris le risque de se faire casser la gueule ou pire ...Quant à envoyer  une  brigade   patrouiller  siur la plage ...soupirs et yeux au ciel .
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Z
<br /> ... c'est peut-être le voleur qui courait un gros risque non ?...<br /> <br /> <br />
C
Des texticules de Zorba insipides !? ça existe ça ??? je n'ai pas encore vu. Les commentaires, c'est la cerise sur le gâteau, hors sans gâteau...
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Z
<br /> Oui mais sans cerise...<br /> <br /> <br />
C
Et ce regard là, mon cher Zorba, est un changement pour beaucoup ! à mon avis, et là je ne parle pas pour moi. Garde précieusement ce regard sur la vie, c'est un trésor de chaque instant. C'est ce qui nous permet de trouver le bonheur. @ Osiris, alors si en plus de s'instructionner en riant avec les texticules de Zorba, les lecteurs peuvent se sentir touchés par les commentaires, et même rire en les lisant ! mais c'est le Paradis sur terre !!!
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Z
<br /> <br /> Mais ma chère Claire, les commentaires sont le grain de sel du blog. Qui autrement serait insipide.<br /> <br /> <br /> <br />
O
Vous ne le saviez pas, mais Zorba le Grand vit dans le jardin d'Eden. C'est vrai qu'il ne change pas le monde et s'en garde bien mais simplement il tente de nous donner une autre vision de ce monde, une conversion du regard que, pour ma part, j'apprécie bien. Il me semble que sa vision drôle, grave parfois, réaliste des "choses" de la vie en font un de ces êtres non pas mytiques - hé non il a même mal au dos, comme tout un chacun !  mais une personne que je qualifie "d'habitée", bref ce que j'entends parfois : "une belle âme" ! A présent tu peux repartir dans tes plans de tomates, de courges et je ne sais quoi........ ça suffit pour ce soir !Sympas tes texticulateuses, touchantes... rigolotes et sincères, il me semble. Quelle équipe !!!A extrêmement très bientôtosiris 
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Z
<br /> <br /> Tiens, ma réponse s'est perdue dans les sables électroniques...?<br /> Oui, je disais que... tu as décidé Ôdivinsiris, de me noyer sous les compliments ? ?En fait j'expliquais juste à<br /> Claire que loin de changer le monde, j'accommodais ses couleurs. Y a-t-il un autre moyen de se supporter que de tendre vers une belle âme... Tendre vers... Sans jamais y parvenir bien entendu.<br /> <br /> <br /> <br />