Le débile
Vous avez vu … ? Hier… ? Comment que j’ai pas fait mon Zemmour, dites ? Ah il y va pas par quatre chemins le Zorba ! Il vous l’envoie pas dire par le voisin ! Et paf ! Colle-toi çà dans le fusil ! Et c’était même pas préparé, même pas préméditée la zemmourade ! Comme çà, au débotté. Le matin il entend que les fromageries du Calvados sont bloquées ? Paf, c’est parti, sans recul ! Balance la sauce au jugé ! Cà tombe sur qui çà tombe ! Pas d’humanisme ici. Les baisés comptez-vous.
…Bon, c’est bien joli çà, mais çà m’a même pas fait du bien. Je préfère mes fromages. Que voulez-vous, je ne suis pas de la race des donneurs de leçons, des moralistes, des éthiciens. Alors ceux-là, plus ils gueulent, moins je peux les encadrer. Et vous… Vous marchez, vous… ? Dans les combines de leurs ambitions flétries ? « Tous pourris sauf moi », qu’ils gueulent. Cà vous rappelle quelque chose ? Attention, je n’apprécie pas qu’on marche au pas, non plus : çà détruit toute inventivité. Mais l’excès inverse, çà rime à quoi ? « Ya que moi qu’il est beau ? Ya que moi qui sais ? Et si vous me suivez, vous êtes beaux aussi ? » Parce que çà se résume à çà. Non… ?
Quoi, qu’est-ce qu’il çui-là… Ah tiens, c’est mon lecteur débile qui se réveille. (Je sais il est con, hi hi). Bon vas-y, vide ton sac. Alors comme çà, t’es bien obligé de me suivre… ? Ah ben oui, bien sûr, puisque tu es dans ma tête. Tu échangerais bien ? Avec ceux qui sont beaux et suaves ? Et qui savent ? Ah c’est sûr, c’est plus confortable. Quoi…? Je t’oblige à faire des fromages ? A descendre dans le puits ? Et tu en passes ? Et des meilleures ? Non mais dis donc, je fais ce que je veux hein ! Mais c’est qu’il serait rancunier le mec ! Bougre de con va, dis-toi que je te fabrique des souvenirs, pour quand je serai mort ! Mais bien sûr, que tu seras vivant, toi ! Comment çà, pourquoi moi je mourirais et pas toi… ! Mais parce que ! Moi je suis moi, et toi tu es une idée. Et les idées ne meurent pas. Faut tout t’apprendre hein …
Ben non, les idées ne meurent pas pardi. Cà évolue même. Si si, toi aussi, tu risques d’évoluer. Si tu passes pas ton temps à rouspéter et à faire des remarques désobligeantes. Ben oui, parfaitement, tu me désobliges. En préférant passer dans le camp des gueulards imbéciles qui savent tout mieux que les autres. Mais qui sont pas foutus de faire un fromage. Un vrai... Quoi, tu veux changer le monde, toi aussi ? Tu t’en fous, du monde ? Eh ben alors, t’es pas bien, ici ? Moi aussi, je m’en tamponne du monde. D’abord, c’est pas moi qui l’ai fait, et toc. Et de toute façon, il était là avant moi, il y sera après, et le monde, il a juste ce qu’il mérite, ni plus, ni moins. Ah tu vas pas t’y mettre toi aussi ! Le monde, de toute façon, il a toujours eu faim, et comme il est de plus en plus nombreux, il risque d’avoir de plus en plus faim. Surtout si les gueulards continuent à gueuler sans faire de vrais fromages. D’ailleurs je me demande dans quelle mesure çà ne les arrange pas, les gueulards, que le monde ait faim. Qu’est-ce qu’ils feraient, sinon ! Et puis hé ho, t’as eu faim, toi ? Avec moi ? Non…pas depuis longtemps ! Bon alors… Ah si, en ce moment t’as faim ? Eh bien écoute, tu attends que j’aie fini de pailler les tomates ! Tu veux bouffer des tomates, cet été, des bonnes, n’est-ce pas ? Bon alors les tomates, çà se paille. Au lieu de gueuler. Quand on trouve que le travail fatigue, on gueule, çà détourne l’attention... Dans ce cas, si tu le sais, que les tomates çà se paille, donne-moi un coup de main, au lieu de me faire des raisonnements... Ah oui, c’est vrai, les idées, çà ne paille pas les tomates. Tu apprends vite, toi. Surtout ce qui t’arrange.
Putain il m’épuise dites. Comme si je pouvais tout faire à la fois, pailler les tomates et répondre à mon lecteur débile. Ah ben, si… Je peux… A condition de ne pas trop m’éparpiller, sinon je vais écraser un pied de pâtissons. Ah c’est commode d’être une idée… rien d’autre à glander que faire déféquer ceux qui travaillent. Tiens, et qui c’est qui fait les texticules ? Toi, peut-être… Oh oui, tu pourrais, çà je te crois, rien qu’à raconter des conneries sur moi… Toi tu te contentes de lire par-dessus mon épaule, oui ! Tu parles d’un boulot ! Toi, t’es une idée, parmi d’autres. Juste une parmi d’autres. T’es pas tout seul là-dedans, qu’est-ce que tu crois… Alors quand même, tu pourrais me remercier de te donner le droit de t’exprimer. La preuve, tu es là… sur l’écran. En plus, les lecteurs, les autres, les pas débiles, sont témoins - ils te lisent en ce moment même – que dans ma tête, c’est la vraie démocratie. Ah mais tu t’exprimes quand tu veux mon gars ! A condition de ne pas prendre toute la place. Il faut que je raconte des trucs, à mes lecteurs. Nous on pense des trucs sérieux, pas comme toi.
Bon, voilà un texticule niqué. Excusez-le hein, il n’est pas fini, lui non plus.