Alcool

Publié le par zorba

 


Soirée télé, une émission sur les méfaits de l'alcool. Plutôt contre-productive, il faut dire, mais je suis de mauvaise foi. Des sommités d'horizons divers ont été réunies pour une palabre destinée à nous expliquer que l'alcool nuit gravement à la santé.
Je ferai remarquer d'une observation liminaire, avant d'entrer dans le vif du sujet, que la mort aussi nuit gravement à la santé. Est-ce que cela dissuade les gens de mourir ? Pas que je sache. Donc leur discours me semble ne devoir dissuader personne de s'enfiler un petit coup de rosé bien frais accompagné d'anchois olives. (C'est mon péché mignon çà, le petit coup de rosé bien frais, quand il fait chaud, que j'ai bien trimé au jardin et que je me dessèche, accompagné d'anchois olives, ah c'est divin. Pour ceux qui n'aimeraient pas les anchois, je préconise n'importe quoi d'autre, pourvu que çà leur fasse bien plaisir).
Donc voilà nos sommités au boulot, plan rapproché sur chacun des visages pour les présentations. Et là, je remarque tout de suite que tous, mais tous, sauf le présentateur qui est dans l'obligation de bien présenter sinon son audimat va se faire aussi plat qu'une galette bretonne - çà n'empêche pas que j'adore les galettes bretonnes bien sûr, avec une bonn' bolée d'cid') - tous ces visages, disais-je, sont d'une tristesse infinie. C'est rare, hein, de réunir autant de visages tristes pour parler des méfaits de l'alcool. Je ne sais pas s'ils les ont triés pour nous impressionner, style citoyens l'heure est grave, mais ils ont la peau jaune parchemin, les pommettes saillantes et les lèvres inexistantes, enfin voyez si çà vous rappelle quelque chose. D'entrée, si vous coupez le son, sans même savoir de quoi il est question, rien que de les voir, vous sentez monter en vous le besoin irrépressible et impérieux d'aller vous pendre de toute urgence. Cà jette une glaciation terrible. On dirait que les détraqueurs d'Harry Potter ont squatté chaque recoin de votre salon. Si vous êtes dans votre salon bien sûr. Et aussitôt, pour réchauffer un peu l'atmosphère, vous éprouvez la nécessité tout aussi pressante de vous jeter un bon coup de rhum des îles derrière la cravate. Brrrr... çà réchauffe hein, je ne me voyais pas suivre le colloque avec une congère dans l'estomac. Surtout qu'un coup de froid sur la digestion, cela peut très vite vous bloquer toutes les fonctions vitales. Une pareille collection de sinistres, cela peut vous bousiller le foie en moins de deux. Don Quichotte, le chevalier à la triste figure, à côté, est d'un comique irrésistible avec son plat à barbe. On dirait que ces vampires sous-alimentés viennent vous annoncer votre exécution.
Je vais quand même vous épargner, mesdames et messieurs, le contenu sans nul doute très argumenté, documenté, démontré graphes, schémas et courbes à l'appui,qui prouve très nettement et sans conteste possible que l'alcool nuit gravement à la santé. Mais nom d'un chanoine, il n'y a pas que l'alcool, qui nuise à la santé. Le camembert aussi si vous en abusez. Je pense que cette soirée-là a déjà amputé mes jours d'une bonne semaine à mon corps défendant.
Moi, je ne vois qu'un seul moyen de rendre crédible cette idée que l'alcool nuit gravement à la santé : c'est de s'enfiler avant l'émission - et même pendant - quelques godets de Glennfiddish. Pas pour moi, merci, je ne tourne qu'au jus de la vigne. C'est mon régime forme et santé. Même en apéro, cinq ou six fois par an. Et bien sûr un verre de rouge à chaque repas, c'est la condition sine qua non pour pouvoir participer à un colloque sur les méfaits de l'alcool de façon décente. Au moins, on sait de quoi l'on parle sans se mettre torchon.
Croyez-moi, lorsqu'on veut parler des ravages de l'alcool, il faut commencer par ne pas faire peur au public en arborant des têtes de déterrés. De morts-vivants. Car le public n'est pas fou. Faute de quoi, il éprouve le besoin immédiat et instinctif, genre de sauve-qui-peut généralisé, d'ingurgiter une quantité significative d'antigel. Et pour finir, bien que convaincu de la validité de la théorie morbide de l'alcool, il préfèrera s'imbiber que mourir de peur ou de dépression.
Boire ou avoir peur, il faut choisir. Le pinard ou la déprime.
Tiens, rien que d'y penser, à ces tronches d'anti-alcool, il faut que je me rassérène d'un bon armagnac hors d'âge, le rosé bien frais n'y suffirait pas. Le rosé c'est pour la soif, l'armagnac pour les émotions fortes. Ou alors l'eau de mélisse mêlée d'absinthe. Certains y font macérer du piment d'espelette et de la boule de pétanque en fusion. Faut voir. C'est vrai que cela doit arracher une grimace, mais à côté de nos malencontreux, plutôt que de se mettre la rate en court-bouillon de désespoir...

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Publié dans humour littérature

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Commenter cet article
M
T'excuses pas, tu me fais hurler de rire (comme hier, mais aussi aujourd'hui) ou réfléchir (comme avec "Stef"), j'adore les moments passés à te lire :-) Mes réponses ne sont pas des critiques... pas besoin de te justifier.
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M
d'un autre côté, quelqu'un qui viendrait en rigolant dire "héhé bande d'ivrognes vous allez tous crever, vous aurez été prévenu haha je me marre" ça ne marcherait pas non plus, si tu vois ce que je veux dire ;-)
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Z
<br /> Tout à fait exact Michel, quant à moi, je raconte juste ce qui me fait marrer, et qui ne fait pas nécessairement marrer les autres... Mais j'ai prévenu en page d'accueil : je suis un grand cinglé<br /> !<br /> <br /> <br />
L
Je suis d'accord avec Claire Ogie, tout est une question d'équilibre, et de modération en ce qui concerne l'alcool ; il faut aussi savoir se faire plaisir. Par contre, l'alcoolisme, le vrai, celui qui n'est plus un plaisir mais une maladie, est un vrai problème : j'ai une amie très proche qui porte à bout de bras son père qui a sombré dans l'alcoolisme après son divorce, et je t'assure qu'elle souffre beaucoup de voir son père sombrer tous les quatre matins, qui devient souvent violent ; quand il devient une maladie, l'alcoolisme ne concerne pas seulement la personne qui boit, il fait du mal aussi à toute une famille. Beaucoup de jeunes boivent pour se prendre une cuite, en témoigne cette mode ridicule du "binge drinking", qui consiste à boire énormément en peu de temps, pour être le plus bourré possible, jusqu'à frôler le coma éthylique, voire même à ne pas l'éviter. C'est pour parler de ces dangers-là qu'il y a des émissions, et non pour dire que l'alcool est mal en soi. Boire à l'apéro un rosé bien frais, un verre de rouge, ou passer un moment agréable entre amis autour d'un verre n'a rien à voir avec ces "bitures express" où la notion de plaisir et de convivialité est complètement absente. C'est vrai qu'on nous infantilise totalement avec toutes sortes de mises en garde : "bouger plus", "faire du sport", "manger des fruits et des légumes" ...  mais certaines de ces mises en garde collent quand même très bien à la réalité, et notamment celle concernant l'alcool : à consommer avec modération...
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C
M'enfin, que n'avaient-ils invité Zorba à cette sinistre émission ! pour redonner quelques couleurs à leurs sombres aspects.<br /> C'est toujours pareil, pour tout, le camenbert comme l'alcool, entre passer son temps à être soul et ne jamais rien boire, au grand jamais, il y a un équilibre à trouver pour être bien dans sa peau, pour se faire plaisir.<br /> C'est quoi le Glennfiddish ???
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Z
<br /> <br /> Le Glennfiddish est un wisky, peut-être pas le meilleur selon les connaisseurs (je n'en suis pas) mais très bon...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />