Record
Chaque matin, j'ouvre tout grands mes volets sur le monde. "Terre, me voici ! Nous allons passer une belle journée ensemble!" Je sais, je ne manque pas d'air. Respire à pleins poumons. Et c'est là qu'il crachine. Un crachin dont on se lasse vite, mais qui est une vraie bénédiction pour notre jardin des Hespérides que même les dieux nous envient. Un crachin qui prépare la saison prochaine. Dont la terre, les arbres, les racines ont besoin pour préparer leur régénérescence.
De fait non, je charrie, ce n'est pas tout à fait çà : les fenêtres sur le monde, c'est mon épouse qui les ouvre vu qu'elle est plus matinale que moi. La seule fenêtre sur le monde qu'il me reste à ouvrir asteure, c'est overblog. Et là, d'entrée, sur la page de garde, les statistiques. Alors moi, un rien m'impressionne. Des tableaux, des courbes d'audience, me voilà intimidé par un Audimat qui me dépasse un peu, beaucoup. Qu'est-ce que je pourrais bien faire de cette pléthore d'infos, qui devraient me parler, me dire la vérité des choses, mais qui me font croire que je suis l'auteur le plus lu en V.O. Vous allez voir vous-mêmes. Des courbes astronomiques, dont on se demande ce qu'elles font lorsqu'elles touchent le plafond. Ah bon, il y a plus célèbre que célèbre ? Devrai-je sortir demain avec des lunettes de soleil sous le crachin afin de demeurer incognito ? Ne pas exciter les foules admiratrices ? Eh...t'as vu, c'est Zorba, le texticulateur !
Mais la première ivresse passée, je commence à escornufler dans tous les recoins de mon overblog. Pardon...? Escornufler...? Ah mais il faut tout vous expliquer ! Non, ce n'est pas un terme de technique blogatoire. Vous savez ce que c'est que flairer ? Eh bien vous y êtes presque. Nous, humains, nous flairons. Le chien en revanche escornufle.
Vous n'allez pas me dire que lorsqu'un humain et un chien flairent, c'est la même chose voyons soyons sérieux deux minutes. Sinon les chasseurs auraient la truffe au sol. Lorsque l'homme flaire une odeur de gaz dans la cuisine c'est qu'elle est prête à péter à la moindre étincelle. Il faut que l'air soit saturé de remugles pour que l'homme sente que çà sent l'odeur. Que fait le chien, au contraire, lorsqu'il explore son jardin, ou sa niche, ou quoi que ce soit d'autre qui s'avère pour lui du plus haut intérêt ? Il colle sa truffe à l'effluve, pour en extraire les deux ou trois molécules odoriférantes et identifiables de lui seul signalant le passage, hier ou avant-hier, de la taupe, du lapin de garenne, du surmulot, du raton laveur, ou de toute autre créature qui laisse après soi la moindre fragrance. Puis il effectue deux ou trois exercices sternutatoires pour évacuer de ses capteurs les deux ou trois molécules passionnantes qu'il a pu relever et renouvelle à neuf l'opération juste un peu plus loin, ne rien laisser au hasard, des fois qu'un hérisson aurait croisé la piste. Il explore ainsi les lieux avec méthode et minutie, l'air pénétré, on croirait qu'il réfléchit sur les causes premières, pour détecter les infimes traces olfactives par lesquelles il reconstitue l'événement le plus ténu ayant marqué l'emplacement en son absence. Et vous appelez çà flairer ? Chez nous, on appelle çà escornufler. On a le sens des proportions. Des nuances. Le chien, lui, établit des syllogismes parfumiers.
Voilà pourquoi j'escornufle chaque recoin de mon overblog. On ne dit pas d'un philosophe qu'il lit un texte, ou même un texticule de Zorba, on dit qu'il l'escornufle. Dans tous les sens, sous toutes les coutures, le philosophe escornufle pour tirer d'un texticule les deux ou trois molécules de sens (faut pas non plus en exiger trop) qui d'ordinaire échappent au lecteur machinal, au sens commun. Donc, lorsque je dis que j'escornufle chaque recoin de mon overblog, je sais de quoi je parle, hin hin gros malin ! Et là, que découvreu-je ? Que mon overblog favori me signale deux records, moi qui n'ai plus rien remporté comme épreuve depuis un bail. Vous voyez, quand je vous disais ! Deux records au moins. Car je n'ai pas l'oeil à tout : la journée record, et le mois record ! Peut-être de France allez savoir ! Alors que mon bloguinet n'a pas trois semaines ! Bon, je garde les chiffres pour moi afin de ne faire ni envieux, ni condescendants. Si, çà s'écrit bien comme çà condescendant. En un seul mot. Quant au blogrank, alors là c'est simple, un décollage vertigineux. Vous laissez les godasses par terre. Oh je sens bien, allez, que les ingénieurs bloguiciens s'ingénient à me mettre la pression. Vas-y Zorba, au taquet, fais péter les compteurs. Eh oh, les djeun's, allez-y vous-mêmes, aux records, moi c'est le record de sieste, que je vise. Même le record de sieste pineuse ne me tente plus, alors...enfin...pas le record quoi. Je risque l'élongation. Faut pas se fier aux intitulés : Zorba, le grand texticulateur, c'est juste le hasard des phonèmes. Alors on se calme, avec les records. De toute manière, ma coquetterie, à moi, c'est plutôt la petite bande de lecteurs fidèles, qui me suivent, qui s'intéressent, qui se laissent séduire par mon univers loufoque, que le consommateur pressé qui m'aura oublié au tournant. Plus on est de fous, plus on rit certes, mais moins on se souvient. Et puis, savourer une friandise comme "escornufler", çà se fait entre connaisseurs. C'est pas un tube de l'été, c'est un objet de collection.