Manif.

Publié le par zorba



Manifestation de policiers : selon les manifestants policiers, ils étaient manifestement 8500 personnes. Selon les policiers non-manifestants chargés d'encadrer la manifestation, ils n'étaient que 4000. A tout casser.
Mais comment sommes-nous faits ! Le même événement, exactement le même, et les gens ne voient pas la même chose selon que le policier se mue en manifestant, ou le manifestant en policier, ou le policier en policier.
- Ah mais, me fera-t-on observer non sans un brin de bon sens, il est rare qu'un manifestant se mue en policier !
Mille pardon ! Si je manifeste (ce que vous ne verrez pas avant que les deux pôles aient fondu) c'est que je suis insatisfait de l'ordre des choses. Ma présence manifestante implique par conséquent que j'aie dans l'idée de lui subsituer un autre ordre, qui me convienne. Lequel devra être respecté. Il faudra d'évidence des policiers pour veiller à ce que l'ordre-social-selon-moi, règne. Que le premier manifestant venu n'aille pas foutre en l'air le nouvel ordre social que je veux instaurer. Ce qui fait de moi un maître-policier qui sommeille. Refoulé. Potentiel. Je ferais même un excellent ministre des policiers. Il faudra que je songe à déposer ma candidature tiens. Mais non... je blague. Pour ma candidature. Je vous ai fait peur, hein ? Même à cent pour cent de chances d'être élu, je préfère mon jardin et les tartines de Nutella.
Oh mais, je vous vois venir, avec votre mauvaise foi légendaire, qui n'a d'égale que la mienne : si tout le monde faisait comme toi (ne pas manifester avant le dégel), le monde ne changerait pas. C'est que moi, voyez-vous, mon objectif est plus modeste : je change le monde dans un rayon de 10 mètres autour de moi. Et si ma méthode se répand par cercles concentriques, dans trois ans, le monde est heureux. Ah ? Et celle-là, qu'est-ce que t'en dis Riri ! Pas besoin d'être Kant ou Nietzsche. On appelle çà la méthode Zorba. Et pas besoin de flics, à compter  les manifestants. Pas besoin non plus de manifestants à compter les flics ! Parce que si on demande aux manifestants de compter les flics : oh, des millions ! Et aux flics de se compter eux-mêmes : bah, une poignée. A peine une escouade. Voilà, c'est la mauvaise foi qui mène le monde. Observer le même événement, et le raconter de deux manières opposées, c'est de la mauvaise foi manifeste d'autant qu'un troisième observateur le racontera encore différemment. On définit ce phénomène par le doux euphémisme de subjectivité, en réalité c'est de la triche pure et simple.
- Ah, tu vois bien que tu manifestes, toi aussi, ton dégoût de la mauvaise foi !!!
- Non. Résolument non. Car sans la mauvaise foi, le monde n'existerait pas.
(Hi hi - en aparté - j'ai réponse à tout. Je suis diabolique. Méphistophélique. Surtout quand je fais les questions et les réponses...)
Donc, vous voyez bien que nous sommes bizarrement faits ! La Fontaine s'était déjà aperçu de cette anomalie. Et même Esope, bien avant lui. Nous sommes une anomalie de la nature. Et une anomalie qui a réussi, il suffit de se compter. D'ailleurs le nombre lui-même est une anomalie. Je pense que rien qu'en poids, nous devons être la matière vivante la plus pondéreuse de la planète. On n'a pas intérêt à se regrouper tous au même endroit. C'est que çà fausserait tout de suite les lois de la gravitation ! Déconnez pas les mecs. Restez où vous êtes. Cà, c'est encore une théorie de Zorba : "Plus on est nombreux dans une ville, plus elle s'enfonce dans la mer". Ah mais oui. Une théorie par jour. Cà fume hein ? Mon épouse a ses vapeurs, moi mes fumerolles. On économise le chauffage. C'est bon pour la planète. D'ailleurs c'est bien simple : lorsqu'il neige, la seule toiture du comté sur laquelle la neige ne reste pas, c'est la nôtre. Vous trouverez facilement. Et encore, je n'ai pas fait une terrasse-jardin ! Il y pousserait une palmeraie. Rien qu'avec le jus de tête, je mangerais des dattes toute l'année.
Mais n'empêche, j'en reviens à mes manifs. Cà m'a toujours étonné, cette tradition des concours de kermesses. Peu importe au fond pourquoi on manifeste (en tous cas pour faire un monde à son idée, celle d'autrui ne vaut rien) on pourrait passer une année sabbatique à manifester : un jour pour la journée de la femme, un jour pour l'augmentation des salaires, un jour pour les chiens abandonnés en vacances, un jour pour la paix là où il y a la guerre, ce n'est pas compliqué, on devrait supprimer les saints du calendrier - pour ce qu'on en fait aujourd'hui - et les remplacer par la journée de ceci cela. On en aura vite trouvé 365. Et si vous êtes en panne d'imagination, appelez-moi. Ce qui compte, c'est de se compter et de faire ses comptes, les bons comptes faisant les bons amis : les manifestants se comptant entre eux, les policiers comptant les manifestants, puis les manifestants comptant les policiers, puis les policiers se comptant eux-mêmes, puis les journalistes comptant les manifestants, puis les policiers, puis eux-mêmes, puis les observateurs de l'ONU comptant les lampadaires, les manifestants, les policiers, les journalistes, éventuellement les badauds et les casseurs qui se compteraient eux-même, puis les observateurs de l'ONU... Eh oh, un peu de discipline, que l'on sache qui compte qui sinon on ne s'en sort pas quoi merde ! Le Touareg doit avoir une drôle d'image de notre civilisation tout de même. Il doit penser qu'en Occident, on gagne sa vie à payer pour tout ce qui est payable, consommer tout ce qui est consommable, et manifester pour tout ce qui est manifestable. Pendant que lui, il doit nomadiser comme au temps de Moïse pour faire boire ses troupeaux. Par certains côtés, il doit nous envier le Touareg, mais tout de même, nous sommes bien compliqués avec notre mauvaise foi, et pas de tout repos. Lui, sa manif, c'est de boire le thé tant qu'il est brûlant après une journée harassante lorsque le soleil veut bien atténuer sa fournaise. Cà m'étonnerait qu'il apprécie beaucoup de compter des policiers venus spécialement pour le compter
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Publié dans humour littérature

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F
les compteurs sont tristes et sans amour, c'est bien connu, quand on aime on compte pas !en revanche, la conteuse est trés émue par ton commentaire. merci !
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Z
<br /> Ah mais çà sort du coeur, crois bien !<br /> <br /> <br />
C
@ Michel, Zorba c'est le roi du ni vu ni connu je t'embrouille ! et nous, on adore ça, nous faire balader comme il le fait. Il est comme les chats, il retombe toujours sur ses pattes. Et nous, et bien nous n'avons plus qu'à longuement digérer, puis cogiter, tout ce qu'il vient si gentiment de nous jeter en pature. merci Zorba !
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M
Ce qu'il y a de bien avec toi c'est ta capacité à zigzaguer autour de ton sujet de départ, à prendre tous les raccourcis qui n'en sont pas, toutes les déviations optionnelles, à traiter tous les sujet annexes qui n'ont rien à voir (ou presque) sans finalement jamais te perdre... le lecteur par contre... Allez hop, une manifestation anti zigzag dans les texticules ! Non ? Non ! C'est trop bien comme ça, change rien
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Z
<br /> @ Michel et Claire : Oh merci les enfants, c'est trop gentil... Le problème, c'est qu'il faut que je vous mérite... Alors, à ma plume...<br /> <br /> <br />