Amygdale
« Plus le sujet est optimiste quant à son avenir, plus sont activées deux zones cérébrales : d'une part l'amygdale droite, qui régule habituellement la façon dont l'émotion affecte la mémoire et les décisions, de l'autre le cortex cingulaire antérieur (rACC) qui aurait un rôle de contrôle de l'amygdale ».
Et qui contrôle le cortex cingulaire antérieur (rACC) ? Mystère et chewingomme. De toute façon, je vous prie de noter le conditionnel « aurait » affectant le rôle de contrôle dudit cortex cingulaire antérieur (rACC) sur l'amygdale droite.
Et qui affirme cela ? Tali Sharot, de l'Université de New-York. Tali Sharot est une dame. Ce qui n'ôte rien au caractère péremptoire de l'affirmation. N'y ajoute non plus.
Mesdames et sieurs des neurosciences, nous vous serions reconnaissants à l'avenir de bien être sûrs de ce que vous avancez car étant donné que pour mon compte personnel, même plongé dans une fosse septique jusqu'au cou, je conserverais mon indestructible et inoxydable optimisme quant à mon avenir (j'ai déjà été plongé dans un bain d'huile de vidange au fond d'un puits sans que cela altère le moins du monde mon sourire idiot, vous pouvez vérifier), sans donc que mon optimisme en soit terni, j'aimerais tout de même être bien certain que c'est mon amygdale droite, régulant habituellement la façon dont mes émotions affectent ma mémoire et mes décisions, elle-même contrôlée par mon cortex cingulaire antérieur (rACC), qui est responsable - l'amygdale droite – de mon état d'optimisme béat. Et qu'arriverait-il si c'était l'amygdale gauche ! Est-ce l'amygdale du suicide par pendaison ?
Et Tali Sharot de préciser : « de nouvelles techniques de stimulation intra-cranienne profonde du rACC seraient bénéfiques dans le traitement de la dépression ou de l'anxiété ». Sauf que si vous n'êtes pas certains du rôle qu' »aurait » ledit rACC, méfiez-vous tout de même, vous risquez de définitivement dégoûter vos patients.
Et à supposer qu'un patient voie objectivement son avenir en noir parce qu'il vient de perdre son boulot, que sa femme est partie avec le facteur, que sa voiture le lâche d'un coup, que sa carte de crédit vient de lui être mangée par son distributeur et qu'enfin, last but not least, son digicode ne le reconnaît pas, en quoi pourriez-vous l'aider avec votre technique de stimulation intracranienne profonde du rACC qui lui ferait bêtement voir la vie en rose avec tout plein de bisounours autour alors qu'en effet, sa vie vient de prendre une réelle et sérieuse option pour s'engager sur la voie d'un avenir parfaitement pourri ?
Si je comprends bien, votre traitement ne serait valide que pour garantir la paix sociale dans les prisons. Car qui remplacera, dans l'amygdale droite, les conditions objectives d'un bon boulot, d'une femme aimante, d'une voiture qui fonctionne etc... même sans être trop regardant sur la qualité !
Ce que je vois, moi, dans votre projet de contrôle des émotions, car c'est bien de cela qu'il s'agit, c'est un mode de gestion à la Big Brother des populations angoissées. Un frisson d'insatisfaction vient-il à parcourir une catégorie sociale ? Hop ! Stimulation intracranienne profonde.
Et si moi je ne veux pas être stimulé craniennement ! Ni autrement d'ailleurs ! Si je veux vivre mes deuils et déconvenues comme il se doit ! Debout. Et pas couché sous un IRM ! Et si je veux qu'on respecte mon crane, qui est à moi, à nul autre pareil, avec ses défauts, et qualités éventuelles. Si je refuse que l'on touche à mon amygdale droite, pas plus qu'à la gauche du reste, et si je tiens farouchement à ce que mon cortex cingulaire antérieur, alias rACC, se conduise comme tout cortex cingulaire digne de ce nom, c'est à dire fasse ce qu'il peut pour moi, quitte à donner des signes momentanés de découragement, qu'est-ce que vous allez faire, me mettre la camisole ?
Dans ce cas je vous préviens, je prends le maquis. Pas question que vous fassiez joujou avec ma manière de vivre mes émotions. Demain je vais au concert avec mon amygdale intacte et mon cortex cingulaire singulier et non trafiqué. Il ferait beau voir que j'abdiquasse tout esprit critique propre à apprécier à sa juste valeur un spectacle musical rien que pour vous faire rigoler.
Citoyennes, citoyens, j'appelle à la vigilance anti-stimulation intracranienne car qui vole un oeuf vole un boeuf, heu...c'est pas ce que je voulais dire. Si vous acceptez un début de commencement de stimulation, vous finirez par y passer. Je le sais, çà m'arrive à chaque fois. Dame, on n'est pas de bois non plus et de fait ce n'est pas pour me déplaire, à condition que ce ne soit pas Tali Sharot. Celle-là alors, je m'en méfie comme de la peste, mon optimisme n'allant pas jusque là.