Cellulaire

Publié le par zorba

 



Je ne dirai jamais assez tout le bien que je pense du cellulaire. Jamais je ne chanterai suffisamment ses louanges.

C'est pour cette raison que je m'autorise à en dire du mal. Enfin pas du cellulaire. Mais de certains de ses utilisateurs compulsifs. Il est aussi difficile à quelques spécimen d'homo cellularius de se passer de leur cellulaire qu'à un chameau de traverser le chas d'un aiguille ou à un artiste de faire percoler une pensée à travers un trou de balle. Mon lecteur assidu saura de quoi je parle. Bref, on se comprend.

D'aucuns dont je ne citerai pas le nom viennent me visiter. Par exemple une bande d'amis. La plupart n'éteignent pas leur portable en arrivant bien entendu et jamais je ne leur demanderais de faire une chose pareille vu que Sarkozy ne le fait pas lui-même devant la reine d'Angleterre. Mais voilà : certains attirent les coups de fil comme le paratonnerre la foudre ou le romarin le faux-bourdon, métaphore printanière oblige (vous en avez jusqu'à l'été, avec ma métaphore merdique). Ce qui fait que la soirée, ou l'après-midi, s'achève sans qu'on ait même pu leur dire bonjour et que l'information leur parvienne. Avec une main greffée sur l'oreille et le cerveau sur électrons, ils ont l'air d'autistes de niveau intermédiaire. Ils auraient passé ladite soirée ou après-midi en forêt de Fontainebleau plutôt que chez moi, c'était pareil. Ils repartent comme ils étaient venus sans même avoir réalisé qu'ils étaient passés chez vous.

Et souventefois, ce ne sont pas les gens les plus sollicités par des urgences médicales ou des affaires d'Etat qui vous mènent ce barnum. J'ai même noté que ce sont généralement ceux qui n'ont rien à dire. D'à peu près sensé en tous cas. Mais comment peut-on à ce point attirer les coups de fil ! On peut le comprendre d'un chirurgien, d'un anesthésiste, d'un vétérinaire, dont la présence peut s'avérer vitale. A la rigueur d'un poissonnier, car le poisson a vite tourné de l'oeil.

Mais certains n'ont strictement rien à peindre ou à cirer dans la vie que de s'occuper d'eux-mêmes et cependant, ne s'occupant que d'eux-mêmes, ils trouvent encore le moyen de faire les autres s'occuper d'eux. Et ces autres en effet parviennent à se soucier de ces personnes sans intérêt que d'elles-mêmes. C'est là un insondable mystère. Car vous pensez bien que cette personne partie sans même s'être aperçue qu'elle était passée chez moi, j'ai mille autres choses à faire que de la rappeler pour savoir comment elle va. Ou alors, c'est que ladite personne est injoignable, inabordable, indisponible sauf au téléphone. Bref, pour ma part, je n'ai aucune bonne raison de la joindre en laissant l'huile sur le feu. A supposer que je cuisine un jour. J'ai idée que pour exister, meubler le vide de leur âme, ces gens-là ont besoin de communiquer. Et donc ils appellent des semblables qui ont le même besoin vital, le même vide à combler de riens, le même néant d'existence en eux, qui les rappellent à leur tour et ainsi de suite, de façon compulsionnelle. En somme, le cellulaire serait pour eux une thérapie. Ou un TOC allez savoir...

Mais c'est pour dire tout le bien que je pense dudit cellulaire que je voulais me fendre de la présente. Texticulette.

… Je vais récupérer ma fille à la gare, retour d'un staginet en pharmacie. On s'en claque deux et aussitôt son portable dringueline. C'est une copine. Presque aussitôt surgit un jeune homme de son âge, survolté à l'extrême qui se plante face à elle en lorgnant sur son oreille. Je veux dire son cellulaire. Toi mon copain, si tu veux t'acheter un portable pour pas cher t'es mal tombé que je me dis, va falloir te le gagner. En fait non. Comme elle est toujours en ligne, c'est à moi qu'il s'adresse. Très poli. M'sieur j'ai oublié ma veste dans le train avec mon portable et mes papiers dedans. Si je pouvais passer un coup de fil à la gare de Bordeaux... Il a visiblement le cul dans les ronces, le garçon. Je mime de deux doigts un impérieux signe de ciseaux à ma fille. Elle coupe. Le gars lui explique en deux mots. Elle pige. « Attends !» qu'elle lui intime. Elle compose un numéro et tandis que çà sonne, commente : « J'ai une copine dans le train ». Joint la copine. Qui a un contrôleur juste devant elle. Passe le bignolon au contrôleur. Passe le bignolon au jeune gars. Qui s'explique. Okay, on s'en occupe. Ouf !

Voilà, çà c'est du cellulaire. Bien utile. Comme je les aime. Bien joué, je dis même à ma filliotte.

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Publié dans humour littérature

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R
Je n'avais pas de portable  jusqu'au jour où j'ai compris que ça pouvait être la dernière chance de sauver une vie . Je l'ai toujours sur moi , allumé,  sans pour autant m'en servir  ...c'est juste  au cas où ... Tu l'as dit , le problème n'est pas l'outil  mais l'usage qu'on en fait .
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Z
<br /> Absolument, c'est même l'outil miraculeux par excellence : il réalise carrément la télépathie !<br /> Ne serais-tu pas, en plus, secouriste ? Cà ne m'étonnerait qu'un brin;<br /> <br /> Présenté ainsi, c'est vrai qu'il faudrait avoir un téléphone en permanence sur soi... quitte à ce qu'il ne serve que pour sauver une vie. D'un autre côté, sortant très peu, j'ai peu de chances de<br /> rencontrer une vie à sauver. Mais bon, comme on dit : çà interpelle grave.<br /> <br /> <br />
C
C'est que tu arriverais presque à me faire croire qu'un cellulaire est indispensable en certaines occasions. lolMais c'est vrai que parfois il peut sauver des vies ou dépanner de nombreuses personnes. Le hic, comme tu le soulignes à merveille, se sont ceux, les compulsifs de la parlotte, les toqués du cellulaire (les plus nombreux), qui nous empoisonnent l'existence en nous polluant notre environnement auditif (ça se dit ça ? lol).Je vais te faire une tite confidence à l'oreille, je n'ai pas de portable, n'en n'ai jamais eu, je ne sais même pas comment ça marche !!
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Z
<br /> Confidence pour confidence, moi non plus. Je n'en ai pas mais mes femmes en ont, alors quelquefois on me le passe et je cause dedans. Puis je le rends sans le raccrocher parce que le bouton sur<br /> lequel il faut appuyer est trop petit, j'en écraserais quatre ou cinq à la fois.<br /> <br /> <br />