Taupe ou campagnol.
Il faut que je règle une bonne fois pour toutes en ces pages une question récurrente et capitale : taupe, ou campagnol ? Parce que j'en ai plus qu' assez qu'on me prenne pour un débile profond. Lorsque je dis taupe, on me répond campagnol. Ou surmulot, pour les plus avertis. Et lorsque je dis campagnol, on me répond taupe. C'est à peu près systématique. J'en ai marre... mais j'en ai marre... à un point que vous n'imaginez pas.
Ce matin. Je vais chez mon grainetier favori. Tout le monde va chez son grainetier en ce moment. Fin Mars début Avril, sauf que la plupart n'achètent pas des graines mais des plants tout faits, ils y laissent des fortunes. Bref, c'est leur affaire et il faut bien que les jardineries vivent. Je suis pour. Moi, c'est autrement : on peut se faire un jardin de star, et il n'y a pas de limite aux dépenses. Mais je conçois différemment l'activité jardinière : il faut s'efforcer de faire en sorte que la terre rende au centuple ce qu'on lui confie, elle en est capable. Sinon, c'est de la triche.
Mais voilà qu'au moment de payer mes achats à la caisse se pointe un gars qui a déjà été servi et qui interpelle le patron : « Les containers de thuyas vides, vous les reprenez ? - Non. » Sec et net. « Alors on les jette ? - Oui. » Aussi sec et aussi net. Le gars parti, je dis au patron : « Il a tort, il devrait utiliser ses containers et ses pots de rebut pour planter ses petites vivaces dedans, et empêcher la taupe de venir les lui niquer ». C'est comme çà que je parle, en tous les jours. D'ailleurs je n'ai pas un langage cravaté, sauf à table.
??????????. (Cà veut dire que le patron ne comprend pas ce que j'essaie de lui expliquer).
Alors, j'éclaircis en deux mots : « Je pratique quelques trous supplémentaires dans les parois des vieux containers pour que les racines s'étendent à tout le sous-sol, je plante mes vivaces dedans, j'enterre le tout, et la taupe ne peut pas passer sous la plante et me la dessécher ».
« Ah, qu'il me répond, mais ce n'est pas les taupes, c'est les campagnols ».
Juste derrière moi, un autre client, un vieux de la vieille, qui semble savoir de quoi il parle, renchérit : « Mais oui, c'est les campagnols ! »
Comme si je ne connaissais pas les campagnols ! Et leurs oeuvres, leurs façons de procéder ! Non mais !
Bon. On ne va pas s'attabler là-dessus n'est-ce pas, et je ne voudrais pas être à l'origine d'une rixe. Je romps. S'ils veulent que ce soient les campagnols, grand bien leur fasse. Moi je sais ce que je sais.
Les campagnols s'attaquent à tout, mais ils ont des préférences et notamment, oignons de tulipes, racines d'artichauts, certaines variétés d'oignons potagers etc... des trucs que nous, humains, on pourrait manger.
D'autre part, si vous tentez de les empoisonner, les produits du commerce sont inopérants car ils les tuent mais très lentement. Or le campagnol se reproduit en 15 jours trois semaines, ce qui lui laisse du temps et fait que vous avez toujours des campagnols lesquels finissent par identifier la substance toxique et l'éviter. Et moi, je n'en ai plus, des campagnols. Pourquoi ? Parce que j'utilise un raticide que j'achète en pharmacie. C'est une poudre orange, que je mélange à de la farine et de l'huile. J'obtiens une pâte dont j'introduis la valeur d'une cuillère à café dans un pot à goulot étroit, ou dans un tube de plastique de deux centimètres de diamètre afin que les oiseaux ou les hérissons n'y aient pas accès. Et je recouvre d'une tuile. Le campagnol clabote pour ainsi dire sur place. Et rien d'autre. Vous pensez bien, je ne vais pas empoisonner mes merles ou mes hérissons. C'est mes copains.
Comme j'ai disséminé mes postes d'appâtage un peu partout autour des fleurs et des légumes, et que je les entretiens toute l'année, je n'ai plus de campagnols. Ou alors ils ne font pas long feu. Ils n'ont pas le temps de se reproduire, ou de se passer le mot.
Tandis que la taupe, c'est tout autre chose. D'abord la taupe ne mange aucune racine, elle se nourrit exclusivement de lombrics ou de limaces. Oui mais alors, en quoi la taupe est-elle gênante dans un jardin ?
C'est bien simple : lorsque vous plantez une petite vivace – destinée à grandir bien sûr – vous l'arrosez à la mise en place, ce qui attire les lombrics et aussitôt la taupe rapplique, qui creuse sa galerie sous la vivace, justement. Au point qu'elle vous la soulève imperceptiblement. Imperceptiblement pour vous, mais dessous, c'est autre chose : la plante se retrouve avec des racines sans terre et lorsque vous arrosez, toute l'eau fout le camp d'un coup dans la galerie. Quand vient l'été, et le calorinal, vous avez beau arroser, à votre grand désespoir votre vivace s'étiole, puis sèche, puis crève. Et vous vous dites : je n'ai pas la main verte. J'abandonne. Et c'est là que mes containers et mes pots de récupération interviennent !
Comme je pratique dans les parois de mes containers des trous de deux centimètres environ pour que les racines passent et s'étendent, la taupe, elle, ne peut pas pénétrer sous la racine. Elle ne manquera pas de faire le tour du pot, çà oui, mais le pot, lui, conserve l'eau, l'humidité. Et comme le tout est enterré, on ne voit rien. Bon je ne dis pas, si vous deviez planter un arbre genre un chêne, le pot pourrait gêner, mais là, aucun risque.
Alors quand je dis que les containers peuvent servir à neutraliser les taupes, je parle bien des taupes bon dieu d'hirondelle, et pas des campagnols. Cà suffit à la fin. D'ailleurs c'est si peu les campagnols que lorsque c'est un campagnol qui opère, vous tirez un peu sur la plante, toute belle, toute verte, et elle vous reste en main : elle n'a plus de racine. Bouffée, la racine. Jusqu'au collet. Que la taupe ne bouffe pas des racines, votre plante desséchée a encore ses bon dieu de racines. Alors, c'est pas une preuve çà ?
Mais moi je vous le dis : des fois, il faut savoir fermer sa bouche et laisser courir. Eviter les histoires.