Zemmour
Zemmour. Vous voyez de qui je veux parler ? Eric, le Zemmour, le compère à l'autre Eric, Naulleau, chez Ruquier. On aime, ou on n'aime pas... C'est la démocratie.
Je vous faisais la démonstration, l'autre jour, de ma mauvaise foi. J'adore étaler ma mauvaise foi. Comme la confiture du matin. (Heu, oui... j'ai pris des habitudes de chochotte, ces derniers temps. Avant, mon p'tit déj, c'était la soupe, le steack saignant, le gorgeon de rouge... du roboratif quoi. Maintenant, çà me pèserait un peu, alors je suis passé à la confiote sur biscottes beurrées, bon). Alors j'étale. Ma confiote et ma mauvaise foi.
Zemmour, donc, Eric de son prénom, se voit gratifié d'un contrat sur sa tête par un râpeur, du nom de Youssoupha. Pourquoi ? Parce que Zemmour n'aime pas le rap et ose le dire. Moi non plus, sauf rarissimes exceptions, je n'aime pas le rap, mais je ne le dis pas. Car j'ai bien intégré les règles de la démocratie. Pas Zemmour, il n'a rien compris à la démocratie. Et en plus, mes goûts musicaux, tiens, on s'en tape et on a bien raison.
Youssoupha chante (enfin râpe) :
« J'mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemmour ». Bon, c'est assez mal dit, on ne comprend rien : le billet, il est sur la tête de qui, finalement, de Zemmour, ou de celui qui le fera taire ? Enfin, faisons confiance, quelqu'un comprendra bien. Ce n'est pas un contrat...? Sans doute, mais vu ma mauvaise foi, c'est un contrat. Et d'autres, d'aussi mauvaise foi, y verront aussi un contrat. Boum, t'es mort.
Bien. Après tout, on est en démocratie. Eric Zemmour a le droit de dire (mais pas trop quand même) qu'il n'aime pas le rap, et les râpeurs celui de lui mettre un contrat sur sa tête. Après tout...
Mais quelque chose me siphonne. Moi, je l'aime bien Zemmour. Cà prouve ma mauvaise foi. Vous savez pourquoi j'aime bien Zemmour ? Parce qu'il est la lucidité sur pattes. Ce type est d'une lucidité parfois effrayante. C'est pourquoi il ne faut pas l'écouter. C'est vrai quoi, il fait peur, à force de voir clair. On peut lui reprocher d'être gringalet, d'être vilain, d'être maigrichon, d'être juif...non, pas juif, les juifs ont donné à l'humanité un nombre impressionnant de génies, il est difficile de le leur reprocher. Enfin si, on peut, si on veut. On est en démocratie. Mais on peut lui reprocher, de surcroît et par-dessus tout, d'être lucide. Vous prenez une lucidité, vous lui mettez des pattes, c'est Zemmour. Ou si vous lui mettez des chenillettes, c'est Zemmour sur chenillettes.
Ce garçon a des analyses dont la logique vous renverse. Enfin moi. Me renverse. Et c'est là que çà me siphonne, justement : comment un type aussi clairvoyant, plus lucide que toutes les pythies de l'antiquité réunies, n'a pas vu venir qu'il allait récolter un contrat sur sa tête ? Parce que, sans me vanter, cela me paraissait tout à fait évident qu'un jour ou l'autre... Cà lui pendait au nez voyons. Ou alors, Zemmour n'a rien compris à la démocratie, c'est bien ce que je disais.
Quand on n'aime pas le rap – ou quelque autre chose – on ferme sa gueule ! Allons...! Voyons...! Sinon, on sait bien ce qui nous attend. Boum, t'es mort. C'est la démocratie. Normal. Une démocratie auto-régulatrice même, la meilleure de toutes. Je crois que j'ai suffisamment intégré les règles de la démocratie pour savoir qu'elle consiste à faire ce que l'on veut : dire qu'on n'aime pas le rap, si on le veut, et en retour, auto-régulation oblige, se ramasser un contrat. Car il faudrait tout de même savoir : la démocratie n'est pas à sens unique et si l'on veut éviter le contrat sur la tête, c'est facile, il suffit d'éviter de trop l'ouvrir. Car cela porte toujours préjudice à quelqu'un. Surtout lorsqu'on a de l'audience. Moi çà va, je n'ai pas d'audience, je peux dire ce que je veux. Mais du jour où j'aurais de l'audience, je saurais qu'il faut que je commence à la fermer. Sinon, règle n°1 de la démocratie auto-régulatrice : le contrat.
La démocratie consiste à dire tout ce que l'on veut, mais en bien. Et là, tout le monde est content. Car c'est bien entendu la seule chose qui compte en démocratie : que tout le monde soit content. Mais la démocratie consiste aussi, à l'encontre de quelqu'un qui dit ce qu'il pense, mais en mal, à envoyer des tueurs. Normal. C'est le jeu normal de la démocratie auto-régulatrice. Et çà, si on ne l'a pas compris, alors autant aller vivre sous une dictature où on n'aurait même pas le droit de se faire justice soi-même. Sans blague. Ou est-ce qu'on a vu çà. Et le Zemmour, qui n'a rien compris à la démocratie, le voilà qui se fait piéger, le con. Lucide çà oui, mais pas assez pour voir ce qu'est la démocratie.
Je crois qu'il faut que nous fassions encore de gros efforts de pédagogie en direction des gens lucides, en tous cas de ceux qui le sont trop, et qui devraient fermer les yeux. Leur gueule aussi, par la même occasion. La démocratie, encore une fois, et il ne faut pas se lasser de le répéter, que çà rentre bien dans la calbombe des récalcitrants et réfractaires de tout acabit, çà consiste à dire du bien de tout le monde. Sauf les patrons, excusez-moi, j'allais oublier qu'il y a toujours une exception à la règle, c'est la seule espèce, les patrons, qui soit ontologiquement hors-la-loi démocratique. Irrécupérables. Des tachons définitifs. D'ailleurs, on les séquestre, en attendant la solution finale. Ils ne perdent rien pour attendre. Mais pour le reste de la population, dire du bien de tout le monde pour ne fâcher personne, c'est le b a ba démocratique. D'ailleurs la sanction, bien naturelle, auto-régulatrice, tombe tout de suite, en comparution immédiate : le contrat.
Il me semblait qu'il fallait ici, à l'attention toute particulière de Zemmour, rappeler quelques règles simples. Voilà, c'est fait. Je vais pouvoir dormir comme un angelot.