L'art de cochon.
Je me fiche d'Orelsan comme d'un cure-dents. Sauf s'il est taillé dans un morceau de la vraie croix bien sûr. Le cure-dents, pas Orelsan.
Orelsan chante – ou plutôt râpe – quelque chose du genre : « Sale pute je vais t'engrosser et t'accoucher à la machette ». On ne me tiendra pas rigueur des à-peu-près, je ne connais pas par coeur. Et si l'on me tient rigueur, je m'en tape.
Les uns disent : c'est une saloperie, il faut l'interdire. On peut tout de même produire l'effort de les comprendre. Sans forcément interdire.
Les autres disent : « Viens là sale pute que je t'engrosse et que je t'accouche à la machette », c'est de l'art, et l'art est libre.
Le problème évidemment, c'est que l'art n'a pas de statut, et ne peut en avoir. L'art est en effet libre.
Mais je ne connais rien au monde qui soit libre sans limites, à part l'imaginaire. Et l'art étant imagination, connaît-il la même absence de limites ? Cà c'est une bonne question et je me félicite de me l'être posée.
Examinons de plus près :
Si le matin je me mets à brailler sous la douche (imaginez sur scène !) : « Sale Juif, je vais te cramer », est-ce de l'art ? Dans les conditions précitées, c'est en effet de l'art. Et même doublement de l'art car nul ne pourra me soupçonner d'antisémitisme étant donné que je considère le peuple juif comme le plus précieux du monde, au vu du nombre de génies qu'il a donnés à l'humanité. Je tiens le pari, un bottin n'y suffirait pas. Et encore en a-t-on soigneusement génocidé six millions, sinon, qu'est-ce que çà serait !
Donc, doublement de l'art, à côté de « casse-toi sale pute ou je t'engrosse et je t'accouche au coutelas » vu qu'en plus je n'en pense pas un mot, de « sale Juif je vais te cramer ». Si brailler sous la douche ou même dans un micro « sale Juif je vais te cramer » c'est de l'art, alors tout têtard. Pardon, tout est art. Tenez, voyez, çà c'est encore de l'art. Autrement dit, tout ce que vous faites, tout ce que vous dites, oui vous, c'est de l'art. N'importe qui fait de l'art même si c'est du cochon. Tiens, encore de l'art ! Piteux, mais art quand même. Décidément, je ne puis ouvrir ma gueule sans faire de l'art. De cochon ha ha. C'est de l'art, désolé.
Si donc tout têtard, l'art n'est rien. Que dalle. L'art n'existe pas. Tout simplement. Si tout un chacun, à tout moment, peut éructer n'importe quoi, et que c'est de l'art, alors il n'y a d'art nulle part.
Si je dis « j'éventre mon père, je viole ma mère et je sodomise ma soeur », c'est de l'art. On est bien d'accord ! Et si je passe à l'acte, c'est quoi, un chef d'oeuvre ?
Si tout têtard, l'art n'est rien, on l'a finement dit. Donc si l'art est quelque chose, tout n'est pas art. Et : « accroche-toi salope, je te pends au crochet du boucher et je t'enceinte » n'est pas de l'art. En tous cas pas plus que n'importe quelle insanité.
J'imagine... Eh oh, on peut imaginer sans faire de l'art, non ? Vous n'allez pas me faire un procès en imagination artistique tout de même ! J'imagine ce que Brassens ou Brel, ou d'autres, auraient pu faire de ce thème : « sale pute etc... ». Ils auraient dit la même chose et même cent fois plus, sans donner la gerbe. La preuve, Brassens se moque des flics et des juges, et même les flics et les juges adorent. C'est de l'art. Et Orelsan c'est pas de l'art, c'est du vomi. C'est répugnant. Je n'irais nettoyer çà pour rien au monde. Qu'il se nettoie ses affaires lui-même. C'est repoussant dans n'importe quelle civilisation et en n'importe quelle langue.
Si ce que fait Orelsan n'est pas de l'art, alors il n'est pas plus libre que n'importe qui. Pas libre d'emmerder les gens avec ses pathologies. Dire « sale juif je vais te cramer » ou « sale pute je vais t'éventrer », ce n'est pas de l'art, çà relève de la loi. Et la loi doit s'appliquer avec vigilance sinon on peut dire n'importe quoi, et surtout le faire.
J'ai toujours cru – excusez-moi hein, je suis très très con – que l'art c'était aussi du travail. Un effort. 80% de transpiration. Que l'art nous obligeait à nous surpasser. En tous cas à nous dépasser. A rendre visible ce qui n'est pas apparent. Je croyais que l'art c'était çà, quelque chose comme une profondeur de champ, de vision. Hé bien non. Nos nouveaux critiques d'art (de cochon) estiment eux, que l'art c'est le contraire : se vautrer à éructer n'importe quoi qui vous pollue d'évidence le cerveau, et de préference des saloperies sans même prendre la peine de remettre cent fois sur le métier son ouvrage, sans même essayer de discerner le dessous caché des choses: « Sale pute viens que je t'engrosse et que je t'éventre à la machette ». Direct et sans le moindre recul. Sans la moindre idée qui sous-tende l'affaire. Prenez un étron moulé en spirale et tenez ce discours : « cet étron mesdames et messieurs, moulé en spirale dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, symbolise la rotation terrestre et le temps qui passe : car tandis que l'artiste le posait, la Terre tournait, c'est pourquoi il est spiralé. » On va dire que c'est de l'art. Pour certains, tout étron est art. Ben mon salaud. Moi, pour faire de l'art, il faudrait que je m'entraînasse dix ans à texticuler et encore... Je n'ai pas la grâce.
Si Orelsan, et quelques autres, sont des artristes, moi je suis le primat des gaules.