Migration

Publié le par zorba

 

 


C'est un garçon, que je ne vois qu'une fois par an, deux fois maximum. Mais l'amitié n'est pas affaire de fréquence. Il vient chaque été, c'est rituel, installer sa famille dans sa maison de vacances, passe trois quatre jours, et repart à ses affaires. Il est dans le commerce « mondialisé ». Un type sérieux, net. Rien à cacher, je le saurais. Et là, il m'annonce, tout aussi net : « Je pars m'installer en Belgique ». Oups. Je subodore une histoire d'impôts. Pourtant, ce n'est pas son genre. Il paie des impôts, pas mal, et en est fier : c'est le signe qu'il gagne bien. Il préfère çà que le contraire, n'est-ce pas...

« Ecoute, là, j'en ai ras la casquette qu'il me dit. Je sais bien qu'il y a nécessairement un peu de gabegie dans la gouvernance. Qu'une partie de l'argent que je verse à l'Etat finance l'Education Nationale, d'accord. Mais qu'il finance le blocage des universités, alors là... Financer la liberté d'étudier, oui, financer l'interdiction d'étudier, non. » Vlam. C'est direct.

Il est un peu au courant de ce qui se passe puisque ses enfants sont en fac, ou en tous cas sur la fin de leurs études. Mais visiblement, il me donne l'impression d'être cocu. Cocu de la République. Et çà ne lui plaît pas du tout.

Ses enfants, à lui, n'ont pas été bloqués. Mais le principe du blocage, çà l'énerve. Cà le rend fou.

Je titille, un peu : « Tu vas quand même faire quelques économies, en quittant la France. Je suis sûr que tu y penses … - Probable, en effet, que je vais en faire, mais je n'en ai encore aucune idée et je m'en fous. Ce n'est pas la raison de mon départ. La vraie raison, c'est celle-là : écoute, on exige de moi que je gère avec rigueur, et que je paie mes impôts de même. Il me semble que je suis en droit d'attendre aussi un minimum de rigueur de la part de ceux qui ont en charge la gestion d'une partie du fruit de mon travail non ? C'est quoi ce machin ! On déverse des sommes colossales pour des universités qui ne fonctionnent pas trois mois par an ! Mais on est où, là... ! Je sais bien que mon geste passera totalement inaperçu, d'accord, mais si tous ceux qui le peuvent font de même, on verra bien, tiens, où ils trouveront les finances pour... - Tu sais bien que le gouvernement ne peut pas faire grand chose d'autre que d'acheter la paix sociale, que je le coupe. (Et après tout, je n'ai pas tout faux). - Ouais, hé bien quand il ne pourra plus se la payer, la paix sociale, peut-être que çà pètera, et on verra, alors, ceux qui profitent de l'achat de paix sociale. Des clous, qu'ils toucheront, à vendre de la paix sociale. De toute façon, je m'en fous, je ne serai plus là pour voir çà. »

Je taquine encore : « Mais dis donc, ta maison de campagne, elle n'est bien ouverte que trois mois par an, maxi... - Eh, oh, faudrait pas confondre, ma maison de campagne c'est pas un service public. D'ailleurs je peux la vendre, si c'est ce qui te gêne ».

Mais c'est qu'il s'énerverait, le con !

Je le comprends. Moi je ne ferais pas çà mais je le comprends. En fait je ne ferais pas çà, parce que je m'en tape, que les universités soient bloquées. Lui, il se sent concerné. C'est un bon citoyen. Perso, je m'arrangerais toujours pour tirer mon épingle du jeu, blocage ou pas blocage. Comme beaucoup. Mais lui, il veut de la bonne gestion. Or, la bonne gestion s'accommode mal des frustrations et des peuples. Nous sommes encore dans un monde de passions. Heureusement. Et les passions, c'est tout bon ou tout mauvais. Il semble bien que nous soyons, nous en France en tous cas, dans une mauvaise passe pour faire de la bonne gestion des deniers publics. Public signifie tout le monde, pas que les bloqueurs. Comment cela finira-t-il, blocage pour ci après blocage pour çà ? Pas très bien je suppose. D'autres, dans le monde, ont une meilleure discipline. Jusques à quand ? En tous cas je ne peux pas lui donner tort. C'est sa façon à lui de sanctionner. C'est son vote-sanction. Il sanctionne par la thune. C'est sûr que si beaucoup font comme lui, la sanction est lourde de menace sur l'économie. Mais aussi, cette idée, de plus en plus répandue, de tout bloquer... Un jour, tout le pays se tiendra mutuellement bloqué à la gorge. Et là, la France sera à vendre pour quelques bouchées de pain. Et qui achètera ? Ceux qui auront la thune au bout des doigts tiens pardi. Toujours pareil.
- Alors... on risque de ne plus se revoir... ? Tout çà pour quelques blocages d'universités...?
- T'inquiète pas, on viendra toujours pour les vacances. D'ailleurs rien qu'à toi tout seul, tu vaux le détour...

Il est quand même intelligent mon copain, vous ne trouvez pas ?

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Publié dans humour littérature

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C
Je le trouve très logique ton copain ! en plus d'être intelligent. ;)Payer pour bloquer, c'est vrai que je n'avais pas vu ça sous cet angle... c'est fou.
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Z
<br /> On est entrés dans un système bloqué : d'un côté l'Etat doit acheter la paix sociale, de l'autre chaque fois qu'il l'achète, il se prive des moyens financiers d'une politique volontaire. Par<br /> exemple lorsque les uns manifestent leur mécontentement, il faut leur lâcher du lest, c'est à dire des crédits, mal utilisés le plus souvent car être mécontent n'est pas un gage de cohérence. Et<br /> ces gaspillages manquent ensuite pour les investissements productifs, qui eux profiteraient à l'ensemble de la communauté en entraînant l'activité économique.<br /> Il y a en effet de quoi décourager les plus entreprenants...<br /> <br /> <br />
R
Légal mais injuste ...Un martiniquais qui fait toute sa carrière en métropole et rentre chez lui pour la retraite  ne touchera pas cette prime  , comme il n'aura rien touché  pour s'être éloigné vers la métropole . Alors qu'un "métro" qui  part travailler  pour l'Etat outre mer , touchera cette prime  , comme un retraité "métro" qui pourtant , lui , aura fait toute sa carrière en France . Dingue , non ?Et ce n'est qu'un minuscule exemple de toutes  les  petites choses   dont  ceux qui savent profiter des béances de l'administration  française  font leur beurre  sur le dos  du contribuable .
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Z
<br /> Tu sais bien que les français détestent tous les privilèges, mais tous, absolument tous, sauf ceux dont ils bénéficient eux-mêmes. Auxquels ils sont même très attachés. Attachés jusqu'au bout, à en<br /> crever...<br /> Franchement, moi, ce genre d'"inégalité de traitement" ne me dérange absolument pas dans la mesure où elle crée justement de la différence, éventuellement de l'émulation... Alors que le reste<br /> (blocage, manif...) tend à uniformiser et paralyser. Ma hantise...  Mais je suis spécial <br /> <br /> <br />
R
Et on ne parlera pas des retraités de la fonction publique qui vont  finir leurs jours  à la Réunion ou  autre  territoire ultramarin afin de toucher  la surprime d'éloignement ...parce que si on savait tout  ce que nos impôts paient comme niches dorées  , ce serait la guerre civile !
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Z
<br /> Bien sûr Roussote mais au moins, c'est légal (et j'imagine que c'est destiné à injecter du pouvoir d'achat dans ces lieux). Tandis que les blocages et autres "indélicatesses" sont illégaux et<br /> font au contraire perdre du pouvoir d'achat. Alors "d'une main" on gueule pour accroître le pouvoir d'achat et de l'autre on le détruit... J'aimerais comprendre la logique, et surtout la<br /> justice qu'il y a là-dedans.<br /> <br /> <br />