Foi
Croire ou ne pas croire ? Foi ou athéisme ? Question bateau, à jamais insoluble, puisque les canons de l'argumentaire se résument à : « Vous ne pouvez prouver que dieu existe », et « Vous ne pouvez prouver qu'il n'existe pas ». Ce qui confère au débat son aspect étroitement autistique, dialogue de sourds éternellement poursuivi en boucle.
On peut en revanche prouver l'existence de deux phénomènes très adventices (je n'ai pas dit « Adventistes du Septième Jour », ne détournez pas la conversation je vous prie). Deux phénomènes, donc, parfaitement démontrables :
1) La faculté de l'homme à produire des images mentales qui ne peuvent exister dans le réel.
2) Sa propension à se les rendre crédibles.
Auquel cas, dieu, et avec lui tant d'autres choses et n'importe quoi, s'expliqueraient par ce seul phénomène unifié.
Nous allons voir cela, et en beauté.
1) Je puis imaginer par exemple que la boîte de sardines dont je viens de faire l'emplette au supermarché du coin, contient une licorne. Et même la boîte ouverte, rien ne m'empêche de poursuivre ma chimère si je veux : la boîte de conserves contient toujours, ou pourrait contenir contre toute évidence au réel, non pas des sardines dont je viens de festoyer avec un oignon et un petit coup de rosé bien frais, mais une licorne. La preuve, je l'écris : c'est donc que je puis l'imaginer. Evidemment, que je n'y crois pas ! Zorba n'est pas caduc à ce point. Mais l'image mentale, l'objet mental aussi insolite soit-il, résiste à toute enquête de réalité. C'est un point incontestable.
2) Le second point s'illustre ici : http://texticules.over-blog.fr/article-24726680.html
Comme on le voit, j'ai convaincu sans le moindre effort de persuasion et même contre toute attente mon ami Vorves que je l'avais placé en lévitation. Autant dire en orbite géostationnaire. Bien sûr, il s'agit de Vorves, et tout le monde n'est pas Vorves. Vorves est un cas d'école, sans doute. Mais Vorves est un homme, tout à fait normal et sympathique sous tous rapports. Sauf celui de la crédulité, on va dire. Vorves est même persuadé, ce sont ses propres termes, que je suis, moi Zorba, pas un autre, un « être de lumière ». Non mais, un « être de lumière « , vous entendez çà ? Et Vorves est tout à fait capable d'en convaincre à son tour des tas de gens, ne serait l'interdiction formelle que je lui en fis naguère. (Je n'ai pas envie de voir défiler à ma porte une foule d'adorateurs rameutés par mon prophète ! Cà va, oui !). Il suffirait à Vorves de témoigner de ce qu'il a cru voir, des images mentales que par jeu – et, il faut le dire, pour lui montrer justement que l'on ne peut pas tout croire - je lui ai un jour suggérées, c'est à dire des conneries plus grosses que moi.
Preuve est donc apportée que l'homme peut croire, avoir une foi de charbonnier, en de simples objets mentaux très délirants qui n'ont aucun forme d'existence dans le réel. Si j'avais ajouté à mes sornettes une boîte de sardines contenant une licorne, Vorves l'eût gobée avec tout le reste !
Soyons clairs : il existe des réalités non réelles. Un objet mental qui n'existe pas dans le réel est une réalité (d'objet mental) non réelle : une réalité imaginée. Que l'on peut d'ailleurs faire advenir au réel en la réalisant. Ce qui n'est pas le cas de dieu, et de quelques autres détails. Et de fait, je ne connais pas d'autre réalité non réelle que l'imaginaire. Mais on ne peut pas jouer sur les mots en les vidant de leur contenu.
Alors, sauf à n'admettre dieu que dans la catégorie des objets mentaux, c'est à dire n'existant pas dans le réel, et à laquelle – fausse réalité – on a envie de croire, de laquelle on est poussé à faire un objet de foi, je n'imagine pas que la discussion sur dieu puisse aller plus loin tant il est vrai qu'aussi bien on ne prêche pas un converti, on ne le convainc pas non plus du contraire.
Sauf que la seule question qui pourrait se poser encore est : « Pourquoi a-t-on envie de croire ? » Et plus exactement pourquoi cet irrépressible besoin de croire ? La réponse est toute faite : à cause de la tension de manque. Pour que le monde fût parfait selon mes voeux, il faudrait (donc il faut, comme à Vorves) un dieu selon mes voeux. ( Il faut à Vorves un copain « être de lumière » par lequel il puisse attester de son monde à lui. Capable de le placer en orbite géostationnaire. A la lettre). La fiction ne soulageant la tension du manque qu'en devenant « réalité », qu'elle soit donc réalité ! Le glissement est délicat pour certains qui s'y refusent, qui ne comblent pas leur manque et leur frustration à si bon marché, mais très aisé pour d'autres. La preuve.
Autrement dit, croire ou ne pas croire, est moins une question de réflexion et de logique argumentaire qu'un simple effet de mode de satisfaction de ses manques. Que l'on peut aussi traduire par la formule vieille comme le monde et qui fait cliché : Prendre ses désirs pour des réalités. Chacun son truc. Chacun son chemin. Chacun sa croix. Ou son croissant.
J'ai redit depuis, avec insistance, à mon ami Vorves, que je lui avais raconté des sornettes. Vous savez ce qu'il croit ? Que je suis un « être de lumière » qui ne veut pas que la chose s'ébruite. Qu'est-ce qu'on peut faire, hein ? Ou alors, il est bien plus malin que je ne le crois : il fait mine de croire pour me retourner le piège. Mais Vorves croit tant d'autres choses, bien plus incroyables.