Bagarre

Publié le par zorba

 

 




Texticulons un sujet qui fait rugir les penseurs. C'est plus fort que moi, je suis un sale con, et provoquer les penseurs me procure une jubilation profonde.

Dès que nous affirmons ceci : « La pensée a pour origine et substance une tension de manque provoquée par la production continue et inconsciente d'objets mentaux induits qui n'existent pas dans le réel », les regards noircissent, les boucliers se lèvent, les calibres se dégainent, les kalachs crachent leurs salves irritées, et moi... j'adore çà ! Si j'avais pour deux sous de bon sens, je courrais aux abris côtiers, et j'éviterais les sujets qui fâchent. Mais non. Il faut que j'aille braver l'orage !

Donc, poursuivons :

La pensée humaine puise son énergie à la seule frustration. Et les philosophes voudraient nous faire croire qu'avec un tel bagage et antécédent compulsionnel, l'homme est appelé à un avenir radieux ! Même Kant, qui pourtant se montre conscient que le conflit permanent (dont il n'a pas vu l'origine) est ce qui nous fait progresser, nous balade avec une rhétorique d'impératif catégorique, même Nietzsche nous fait miroiter son surhomme tandis que nous courons à notre irrémédiable perte en raison de ce seul bagage frustrationnel lequel implique absence de libre-arbitre et pulsion de domination.

Absence de libre-arbitre ? Certes, nous sommes capables de rationaliser et de faire des choix. Mais cette capacité de rationalisation qui est pur formatage et imprégnation culturels est assise sur le volvan de la frustration, sur sa coulée de lave incandescente. C'est elle qui commande à notre arbitre, et non pas une liberté.

Pulsion de domination ? Il n'est qu'un horizon au bout de la frustration : dominer tout élément frustrant qui, collaborant certes à la socialisation (concurrentielle), n'en est pas moins la contrainte universelle à laquelle se heurte la frustration : l'Autre. Qu'il faut donc dominer. A chaque instant de la vie. Compulsionnellement.

L'homme ainsi n'est pas libre, ni de son propre arbitre, géré par la tension de manque qui, elle et elle seule choisit sa cible et appelle à la rescousse tout l'argumentaire rationnel pour la pilonner, ni de sa pulsion de domination sans limite aucune si ce n'est la résistance de l'autre, puisqu'il s'agit d'une pulsion.

Les raisonnements et argumentaires sont les armes de destruction massive de l'Autre, de toute opposition. L'altruisme n'existe pas, l'empathie est le faux nez de la crainte de ce qui peut nous arriver. Quel est donc cet altruisme dont on se gargarise et qui prend pour prétexte cet « autrui » maltraité afin de mieux détruire le « Tiers » qui, lui, est visé en réalité, mis en accusation systématique puisqu'un Autrui est toujours victime d'un Tiers ?

Ah mon philosophe-penseur ! Tes ruses sont éventées par ta frustration même. Tes raisonnements, la raison que tu cherches à imposer sont la marque même de ta volonté de domination intellectuelle, sur les âmes... Mais après toi, penseur aristocrate, il y a la foule, il y a les peuples, qui suivent les même compulsions. A l'identique.

Et l'on voudrait nous faire croire qu'un être ainsi équipé, dont la seule raison d'exister et de penser est la frustration, la tension inextinguible de manque, est appelé à régner sur un avenir de paix ? Où la vois-tu donc, la paix, penseur ? Pas même dans ton esprit tourmenté de manque. Une guerre ne s'arrête ici que pour reprendre ailleurs. Dans les sociétés les plus policées elles-mêmes et les plus pacifiées par la loi et la morale qui ne sont que les moyens de se protéger d'autrui, c'est la guerre de chacun contre chacun, de tous contre tous, lobby contre lobby, d'opinion contre opinion, pour une seule raison une seule : la frustration. Que tu appelles « désir » pour noyer le poisson, te noyer toi-même car le désir est désirable, quand la frustration te frustre.

Ah mon penseur de la paix universelle ! Tu n'as choisi de te faire l'apôtre de la paix que parce que cette posture te fait dominateur, et roi moraliste. Un monarque dominateur sur tous les autres qui te frustrent parce qu'ils te frustrent. Seule et unique raison.

Oui certes, le conflit nous fait progresser. Mais dans la même direction générale : le choc éternel des dominations, y compris intellectuelles, surtout intellectuelles. De la domination pour la domination (des esprits).

...Bon, avec çà, j'espère que çà va péter hein. Ou alors, c'est que le penseur n'aura pas pensé la gravité de son cas.

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Publié dans humour littérature

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R
Autre exemple, autre façon d'agir qui me vient:Je ne sais rien, je ne suis rien, juste une tension de manque, et les choix que je fais par rapport à cette tension, me sont dictés par le milieu et la façon dont j'ai été élevée, je n'ai donc même pas de libre arbitre contrairement à ce que je pensais...Après cette confession dégoulinante, reconnaitrez vous ma bonne foi et mon désir d'apprendre? Et voilà, une façon d'assouvir mon désir de domination par la séduction qui éveille chez autrui le désir d'enseigner... C'est le serpent qui se mord la queue ce truc, où qu'on se tourne, on est coincé par ce rapport de force..
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Z
<br /> <br /> Qui percera jamais à jour les arcanes du comportement humain...? il est de surcroît tellement conduit par l'imposture... que nous nous trompons nous-mêmes de la meilleure foi du monde sur nos<br /> motivations. Mais ce n'est pas grave, puisque c'est notre nature. Est-ce grave d'être un chien mordeur...? Non, il suffit de le savoir.<br /> <br /> <br /> <br />
R
"L'altruisme n'existe pas, l'empathie est le faux nez de la crainte de ce qui peut nous arriver."Sais-tu que les éthologues expliquent qu'à la base  , le sourire est  un signal  extrêmement agressif ? Chez les  singes , il signifie qu'il ne vaut mieux pas approcher  ; montrer ses dents   , une partie visible de son squelette  , c'est  une bombe atomique relationnelle. Nous pensons encore  que notre sourire est une ouverture vers l'autre . Zorba , à l'éclairage de ton analyse , je peux confirmer (avec la psychanalyse  aussi !) que  c'est bien l'inverse . J'avoue  m'être un peu acharnée  à te répéter que  ce que tu dis  , d'autres  l'ont dit avant toi  mais  au vu des réactions  de ceux  qui "semblent  tomber des nues"  à te lire ...je dirai que  ta maïeutique  est plus que nécessaire . Ta modestie  dût-elle  en souffrir  , tu aurais fait un prof de philo  exceptionnel . ( Ben  voui , gourou , c'est un peu kitsch  quand même!)
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Z
<br /> <br /> Roussote, ai-je dit quelque part que j'étais le premier à avoit dit quoi que ce soit ? Tout a déja été dit, sous une forme ou une autre. Par dessus le marché, nul n'invente rien, pas même<br /> Einstein, il se contente de ressentir et prendre les choses dans l'air du temps.<br /> En revanche, ce que je fais, oui, c'est tenter d'établir un chaînage logique entre les phénomènes (ou plutôt les "effets", pour moi, les phénomènes sont des effets), ce qui donne une théorie<br /> intégrée qui considère les choses d'un bout à l'autre. Voilà, sans plus.<br /> Mais dans ce que tu dis, je vois en revanche un pépin : l'homme n'est pas un animal : le sourire qu'il tient de son ancêtre pongidé est passé au malaxeur culturel ce qui fait que chez l'homme,<br /> moins que chez tout autre animal, l'innéité ne peut jamais être isolée de l'acquis, ils forment une consubstanciation monolithique (par les interactions neuronales richissimes). D'où les réserves<br /> avec lesquelles j'accueille toujours les expérimentations psychiques sur les animaux considérées par la force des choses d'une manière anthropocentrée.<br /> Sinon, prof de philo, je me serais prodigieusement ennuyé... Pas toi ?<br /> <br /> <br /> <br />
C
Mais comme tu le dis si bien au commentaire précédent : "Mais lorsqu'on a pris conscience de sa vraie nature, que l'on a négocié avec sa frustration, on vit en paix relative avec soi-même, les autres, et surtout moins bêtement..." C'est toujours pareil, oser se regarder en face sans se leurrer, sans leurrer cette même face qui nous fait face et qui nous renvoie à nos déviances intrinsèques, tout comme à nos qualités lorsque nous arrivons à les percevoir au milieu de tout ce fatra.   
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Z
<br /> En effet je crois que tout ce que nous pouvons espérer, c'est vivre moins bêtement. C'est déjà beaucoup, même si c'est au prix du manque..<br /> <br /> <br />
C
Bon alors, quoique l'on dise, quoique l'on fasse nous place toujours en concurrence avec l'autre, en recherche de domination de l'autre, que l'on cherche à dire la vérité ou pas ! que tu cherches à donner la vérité sur nos comportements ou pas... comme en ce moment avec ce délicieux texticule, ou lorsque je te mets ce commentaires. Mais moi je trouve tout cela savoureux, parce que sans être passée par toutes tes argumentations - dont j'aurais été parfaitement incapable, pas les connaissances pour -, mes conclusions personnelles sur l'humain revenaient au même, à tes conclusions. Curieuse de voir, de lire la suite des réactions !
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Z
<br /> Evidemment Claire, toutes nos conduites sont guidées par le manque, et il fallait bien quelque chose pour nous animer sinon nous n'aurions pas pensé. La pensée est le cadeau empoisonné de la<br /> frustration, nul ne peut s'en défaire, surtout le militant ou le penseur engagé bien sûr.<br /> <br /> <br />
R
Je comprends pourquoi il fallait lire le sujet et ses commentaires sur le forum avant... Je vais installer ma tente ici, et attendre Zorba (entre autres j'espère), ça va donner...  
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Z
<br /> <br /> En principe, çà devrait chier des pointes car certains ne supportent pas que l'on donne à l'homme son vrai visage de frustré. Mais lorsqu'on a pris conscience de sa vraie nature, que l'on a<br /> négocié avec sa frustration, on vit en paix relative avec soi-même, les autres, et surtout moins bêtement...<br /> <br /> <br /> <br />