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Publié le par zorba

 


Souvent on se demande comment les gens peuvent être ce qu'ils sont. Pierre naquit dans une famille évangélique très pratiquante, alléluiha. Tout bébé donc il poussa dans ce monde naïf qui baigne dans la Gloire de l'Eternel notre Dieu, béni soit son nom pour les siècles des siècles. La famille au complet se rendait "au culte" à la salle choupot tous les dimanches matin et, pour faire bonne mesure, les enfants allaient l'après-midi à l'école dite "du Dimanche". Là ils étaient initiés, par un adulte quasiment illéttré à la foi de charbonnier, aux grands mystères de la fondation du peuple hébreu, la traversée de la mer rouge, les plaies d'Egypte, Pharaon et Moïse dans son berceau d'osier... On avouera, pour frapper l'imagination de gamins on trouve difficilement mieux. Enorme... Diluvien... Prodigieux... Inégalable. Et Dieu manifestait ainsi sa toute-puissance à des bouts de chou qui se remettaient entre ses mains miséricordieuses, amen. Le petit chaperon rouge à côté dites-moi...
Plus tard, et par chronologie, on en vint aux miracles accomplis par Jésus notre sauveur. Mais tout cela se mélangeait un peu dans les petites têtes : David terrassant le Goliath immense d'un coup de fronde, çà parle. Samson aux yeux crevés trahi par sa propre femme, Dalila, Ah la traîtresse, que sa langue se couvre de poils et ses yeux de cataracte, dixit le prêcheur, sa propre femme, on se demande bien pourquoi, ou plutôt on ne se demande rien à cet âge crédule : attentif sur sa chaise, on balance avec un brin de nervosité ses petites jambes dans le vide et on écoute bouche bée. Et pour corser le tout, Jésus chassant à lui tout seul tous les marchands du Temple, çà devait déménager cul par dessus-tête, un tas de marchands et leurs tréteaux au bas des marches...
Mais pierre avait déjà sept ans au moment de la multiplication des pains et des poissons. Alors là... quand même... quand il suffisait d'aller chez le boulanger. Sans le savoir, Pierre venait de réinventer le principe de raison suffisante. Il voulait bien croire, c'était pas la question, d'ailleurs le monde entier croyait et c'était comme çà, mais un miracle tout de même, on ne fait pas un miracle juste pour s'amuser. Rendre la vue à un aveugle ou ressuciter Lazare, bon, on n'a pas le choix, on sait faire ou on sait pas. Mais le coup de multiplier les pains... enfin si c'est écrit, c'est écrit mais bon, y a quand même matière à douter un peu quoi : mettre en branle tout le saint frusquin miraculeux alors qu'il suffit de prévoir pour tant de personnes...
Sauf que Pierre ne fit pas comme font les enfants d'habitude : Et pourquoi...? Et pourquoi il a pas envoyé quelqu'un à la boulange. Pierre sentait bien qu'on l'aurait alors regardé comme un homme de peu de foi. Et surtout un adulte aurait pu lui répondre : mais parce que la boulangerie était fermée ce jour-là, voilà pourquoi... et lui autait expliqué le shabbat. Et Pierre aurait été convaincu. Seulement le petit Pierrot ne dit rien, et resta avec ses doutes. Or voilà que le doute çà se propage. Prenez quelqu'un en qui vous avez pleine confiance. Et puis un jour, hop, un petit détail de rien du tout vous fait tiquer. Douter de cette personne. C'est alors "tout" que vous remettez en cause à propos de cette personne, même ce dont vous n'avez pas la moindre idée. De sorte que le petit Pierrot, sans même qu'il s'en rendît compte, se trouva dès lors sur la réticence, avec ces affaires de culte et de miracles et de Père célestial. Bon, il restait convaincu, c'est pas non plus un séisme dans sa personnalité, mais il laissait plutôt les alléluihas aux autres. C'était pas la peine d'en rajouter. Au cas où... Enfin non, même pas au cas où mais il n'avait plus envie, voilà. Depuis l'affaire des pains. Puis à l'école, bien sûr, les connaissances plus contemporaines, la théorie de Darwin, bref c'était une toute autre limonade pour expliquer le tout du tout. L'un n'empêchait pas l'autre si on veut aller par là. Rien n'empêchait qu'il existât un Dieu Créateur qui ait si bien organisé tout çà au point de ne même plus paraître en sous-main. Et bien sûr, malgré tout, toujours le culte du dimanche et l'après-midi,, non plus l'école du dimanche pour bébés mais l'école du dimanche pour adolescents où les jeunes gens tout frais, proprets en leur âme et conscience, répliquaient à l'identique et par automatismes d'adultes alléluihas et chantaient des cantiques d'un coeur si pur et tranquille. Nul ne songeait, ni fille ni garçon, à la moindre luxure, tout était si clair et rien dans la cuisse d'une demoiselle en short n'appelait si ce n'est au moindre regard. Tant mieux se disait Pierre, en sa dix septième année, qui commençait à en voir d'autres, ailleurs, et de plus suggestives, et de plus permissives. Amen.
Jusqu'au jour où un nouveau pasteur se pointa, copie conforme pourtant de ceux qui l'avaient précédé.
Lors d'une séance de prière, le pasteur inaugura de faire prier de force quasiment les jeunes gens chacun à son tour, à haute voix. Et chacun donc, surtout ceux qui avaient la prière facile, de montrer son éloquence apprise à la fréquentation des psaumes, des contritions oblatives et des patenôtres enflammées des plus fervents catéchumènes. Il faut dire que dans cette branche honorable du christianisme, chacun s'adresse à Dieu en ligne directe, au lieu de répéter en chapelets et à l'étourdie des je-vous-salue et des notre-Père, chacun demande pour soi-même comme pour les faméliques, les podagres et les grabataires tous les bienfaits du ciel ô père des cieux, dont tu voudras bien nous combler et dont nous te sommes reconnaissants en brebis fidèles de ton troupeau et vas-y coco que je t'emperlouze la rogation sans la moindre pudeur ni retenue de toute façon c'est de bon coeur.
Son tour arrive, à Pierrot. Et le Pierrot ne parvient pas à en décrocher une. Mais ce qui s'appelle pas une. Pas le premier mot. Il ne peut pas parler à quelque chose dont on raconte des trucs si manifestement faux. Ce n'est pas qu'il soit rebelle, il veut bien tout ce qu'on voudra. Mais pas lui. Pas à quelqu'un dont il ne sait même pas s'il existe vraiment. Et le malaise s'installe, mastoc. Chacun a compris qu'il se passe quelque chose avec Pierrot. A mesure que les minutes passent le malaise devient plus compact. Le pasteur a compris, lui aussi, et ne tend évidemment pas la main secourable. ...c'est pas grave Pierrot, tu n'es pas en paix aujourd'hui, ton coeur est lourd, demain le seigneur t'inspirera de sa grâce...au suivant, à toi Joelle... Non, il attend l'enfoiré pasteur. Il laisse Pierrot macérer dans son jus, agoniser dans son pus, devant tout le monde, il vient de mettre au jour au milieu du troupeau l'homme de peu de foi, que tout le monde voie à quoi ressemble un envoyé du malin. Il est coincé, parmi nous, et Dieu nous le désigne. Car aucune prière ne peut sortir de lui et s'il tentait de donner le change, il se consumerait sur place, il s'auto-détruirait. A l'extrême du supportable, le pasteur insiste, le ton mielleux : Pierrot, c'est à toi...
Et Pierrot se tétanise. S'l avait pris le moindre élan, peut-être... mais là, il a donné la mesure de son incroyance, et laisse courir le temps. Cà finira bien... demain, ou après demain. Nul ne bronche. Nul ne fait diversion, pas même une mouche. Tout s'est figé soudain sur cette évidence qu'il y avait là, dissimulée entre les agneaux de Dieu, la bête immonde, la méphistophélique créature, que nul n'avait repérée voyez l'habileté du diable que le pasteur se complaît à laisser agoniser car nul ne peut tromper Dieu, nul n'échappe à son regard irait-il se cacher dans le corps possédé de Pierrot. Elle est là, la répugnante succube qui faisait son nid parmi nous. Et moi, le pasteur de cette assemblée, je l'ai désignée à tous, moi le berger, serviteur de Dieu je vous montre sa face inique et libidineuse. Ah Dieu, merci de m'avoir rendu clairvoyant et de m'avoir permis de percer à jour l'infernal stratagème...
Il se passa bien un bon quart d'heure, comme çà, à vue de pif, avant que le pasteur consentît, à défaut de voir s'échapper du corps de Pierre une sangsue monstrueuse, à mettre un terme à ce qui de toute façon, devenait lourd et sans intérêt. Rester là, à écouter le silence fût-il celui du diable n'avait guère de sens. La preuve était administrée, et largement, que Pierre n'avait pas grand chose d'un bon chrétien, d'un fils de Dieu.
C'était le résultat d'une dégringolade qui avait commencé ce jour lointain à Choupot où le petit Pierrot eut un doute sur la multiplication des pains. Un doute si léger pourtant, qui se fût dissipé d'un rien, sans guère plus d'importance qu'un nuage d'enfance, et qui aboutissait aujourd'hui à son excommunication implicite. Voilà un long chemin en vérité je vous le dis.

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Publié dans philosophie

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C
Arfff... sans passer son temps à gémir sur soi, m'enfin ! lol<br /> Et pis c'est bien de panacher un peu : un peu de problèmes concrets, un peu de problème psychologiques, il faut toujours trouver un équilibre dans tout. ;-)<br /> Parce qu'une personne qui me dit qu'elle se fréquente sans déplaisir exagéré... ce n'est pas ce que j'appelle une relation à soi idyllique.<br /> Mais je ne voudrais pas que tu t'empépines sur des questions qui ne te touchent pas, alors je vais en rester là.<br /> <br /> Et vive la vie ! <br />
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Z
<br /> <br /> De fait je ne suis pas très psychologue, faut reconnaître. Relation à soi idyllique...? Mais alors je serais idiot. Non... c'est tout simplement qu'il n'y a pas de quoi faire un fromage sur ma<br /> personne, voilà tout... D'ailleurs des fromages, j'en fais ! Cà fera certainement l'objet d'un texticule pas ennuyeux !<br /> <br /> <br /> <br />
C
Je vais jouer à la vilaine sorcière, j'adore ça. <br /> Oui mais, le fait de pratiquer uniquement la dérision à son sujet est une façon d'échapper à soi. Parler de soi n'étant pas forcément faire dans le nombrilisme, d'autant plus s'il y a des choses à résoudre... car si l'on tourne systématiquement tout en dérision dès qu'il est question de soi, c'est bien qu'il y a des choses à résoudre.<br /> Voilà, c'était ma minute la psy de service vous parle, ça fera 30 euros. <br /> Non mais de quoi elle se mêle celle-là !
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Z
<br /> <br /> Mais c'est très bien d'échapper à soi, au moins on ne passe pas son temps à gémir sur son sort. Quant à ce qu'il y aurait à résoudre, de toute façons notre psychisme est exclusivement émotionnel,<br /> la rationalité n'est qu'un formatage de cet émotionnel, donc tout ce qui nous constitue donnerait matière à psychanalyse. Et j'ai plutôt passé ma vie à la résolution de problèmes concrets<br /> qu'intimes. D'autre part, comme je ne souffre de rien, pourquoi irais-je m'empépiner sur des questions qui n'existent pas pour moi...?<br /> <br /> <br /> Cà fait deux thunes.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Oui, c'est effrayant. Je pense aussi que des personnes veillent toujours à ce que le pire n'arrive pas, le point de non retour, et ce même si des espèces disparaissent. Illusion ou réalité ? l'avenir nous le dira.<br /> <br /> L'art et la manière de changer de sujet...  
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C
Mais sans réel plaisir non plus si je comprends bien...
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Z
<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Tiens j'ai vu hier la vidéo sur les animaux génétiquement modifiés. Bon, çà fait peur, mais j'ai confiance en l'homme après qu'il ait commis toutes les erreurs. Il finit toujours par opter pour<br /> la bonne solution après avoir essayé toutes les conneries.<br /> <br /> <br /> En fait, je n'ai pas changé de sujet, j'ai juste voulu ajouter le commentaire ci-dessus et vu mon incompétence notoire j'ai effacé ce qui précédait. J'y disais en substance que je ne faisais pas<br /> dans le nombrilisme, que je ne m'intéressais pas beaucoup, mais que je parlais de moi sur le mode de la dérision.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Je sais que personnellement pour rien au monde je ne redeviendrais la petite fille que j'ai été, me farcir à nouveau tout mon passé, non merci sans façon. Et même si je sais pertinement que j'agirais exactement de la même façon.<br /> Aurais-tu, ou t'arrive-t-il parfois d'avoir envie de redevenir ce petit garçon que tu as été ?
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Z
<br /> Pas vraiment. Mais en même temps je ne regrette rien ni ne me plains, c'est ce qui m'a fait ce que je suis, bien ou mal mais c'est mésigue et je me fréquente sans déplaisir exagéré.<br /> <br /> <br />