Chercheurs

Publié le par zorba

 


Il est des chercheurs qui trouvent. Au moins on sait que nos impôts sont bien utilisés. Et puis il y en a d'autres : on se demande. Dans la catégorie des chercheurs dont à raison on se demande, ces deux-là : deux physiciens. Je vous le mets tel que je le lis car après tout nul n'est tenu d'ajouter foi à mes élucubrations : "Un avion dans la mousse ne pourrait pas décoller." C'est net, précis, catégorique. Et savez-vous pourquoi un avion dans la mousse (j'allais écrire dans la mouise à une lettre près, c'est dire l'effet que me procure cette découverte) ne pourrait pas décoller ? "Deux physiciens français ont montré que contrairement à l'air, la mousse exerce sur les ailes une force vers le bas, pas vers le haut". Tirez l'échelle ! Sonnez hautbois , résonnez musettes !
D'abord j'observe qu'ils s'y sont mis à deux, les physiciens, pour trouver l'introuvable. Ils se seraient mis à trente pour répondre à une question que personne n'a jamais eu l'idée de poser, on estimerait la chose quelque peu excessive, mais deux, çà prend tout de suite une allure d'expédition solitaire, d'action commando d'élite. Reste que çà vous a tout de même un petit air de : "J'ai les réponses, avez-vous des questions ?" et ce n'est pas pour dénigrer.
Car enfin ! Comment peut-on avoir l'idée de faire décoller un avion dans la mousse ! Si çà ne tient qu'à moi, pour mon prochain vol, l'avion, je le choisis sans mousse. Si j'ai le choix bien entendu. Je veux bien admettre que plus c'est compliqué, mieux on s'amuse mais on ne va tout de même pas aligner des canons à mousse sur sur l'aéroport de Roissy rien que pour faire décoller des avions dans la mousse, quand bien même çà marcherait mieux.
Enfin quoi... De toutes façons, nos deux physiciens nous tiennent prévenus : çà marche moins bien. Quant à l'atterrissage n'en parlons pas : si la mousse exerce sur les ailes une force vers le bas, l'avion va carrément creuser une tranchée en se posant. On va tous finir entassés dans le cockpit à ce train-là, et les sièges passagers avec vu qu'on y est attachés.
Moi c'est simple : si j'arrive à l'aéroport et si je vois qu'il y a de la mousse sur la piste, j'annule. Je préfère y aller à pieds.
Je ne mettrai même pas en doute leurs calculs, à nos deux physiciens, je dirais que pour moi, c'est tout calculé d'avance : la mousse, c'est peut-être bien sur la bière, ou pour prendre un bain, pas pour faire décoller - ni atterrir- des avions. A mon avis, il va falloir les surveiller ces deux-là. Qu'ils n'aillent pas nous calculer si un avion décolle mieux dans la choucroute. Ou dans la Chantilly. D'autant que si tous ces ingrédients pénètrent dans les réacteurs, on risque de retrouver à la sortie une méchante limonade.
Bon, sur la même page. Si si, la même page, la 32. Cette fois il s'agit d'un théoricien du Cern. A genève. Pas un autre Cerneau à la noix où les gens se calculeraient des bulles en couleur, comme ci-dessus, non, le vrai Cern, celui de Genève. Qu'est-ce qu'il nous annonce, l'illustre ? Je cite. (Toujours en vue de préserver ma crédibilité) : "Il a prouvé, mathématiquement, qu'en tournant toute table carrée à quatre pieds posée sur un sol dont les pentes n'excèdent pas 15°, on peut trouver une position d'équilibre". Et qu'est-ce qui se passe si la pente excède ? La table se casse la gueule.
Vous l'auriez cru, vous ? Bon, vous partez en pique-nique. D'accord. Vous tombez sur un sol bizarre. Ou plutôt un sol normal, qui possède des creux et des bosses comme souvent car on ne vous a pas préparé un sol spécial rien que pour vous en pleine forêt de la Grésigne n'est-ce pas. Je vous le demande: est-ce que vous sortez votre calculette du Cern pour calculer mathématiquement si votre table va trouver une position d'équilibre ? Non bien sûr. Vous chopez cette nom de dieu de table maudite et tu vas voir si je te la fais pas tenir en équilibre moi ! Sans blague. Comme si on avait l'habitude de se laisser emmouscailler par une table de camping ! Même pliante ! Au besoin je te lui creuse un trou à chaque pied et je te lui mets un blocage de cailloux. Tu peux venir au laser tiens, de niveau que je vais te la bloquer.
Et si je me trouve sur un sol rocheux... Mais rien ne m'oblige à me mettre sur un sol rocheux mon petit père, je peux aller plus loin. Et puis d'abord, si c'est pour m'empoisonner le pique-nique, hé bien je ne pars pas en camping, je plie tout et je vais au resto. C'est pas un théoricien du Cern qui va me dire ce que j'ai à faire. Avec sa calculette là...
Bon maintenant que je suis chaud - c'est vrai quoi - çà tombe bien, çà nous amène direct à l'article suivant, même page. Ah mais si, écoutez, page 32 du numéro 1059 de Sciences et Vie que j'ai piqué chez mon ophtalmo, parce qu'il vaut le coup. Le numéro 1059, pas l'ophtalmo. Ecoutez celle-là : " Répondre agressivement à un événement stressant préserverait l'organisme". N'est-ce pas tout juste ce que je viens de faire ? Je viens de me préserver l'organisme en répondant agressivement à l'autre zouave de théoricien du Cern.
Explication (enfin si c'en est une !) : "Une étude américaine (vous allez voir, çà ne m'étonne pas des américains) suggère (j'aime bien le suggère, c'est que ce n'est pas sûr du tout) que les individus qui répondent à une situation anxiogène (comme par exemple le coup de poser la table de niveau) par une mimique faciale agressive ou indignée, présentent une pression artérielle plus basse (heu non merci, j'ai de bonnes artères et un taux de sédimentation tout à fait convenable) et un taux de sécrétion d'hormones du stress moindre par rapport à ceux qui réagissent par la peur". Re-sonnez hautbois, re-résonnez musettes ! Alors comme si moi je vais avoir peur d'une table ! Même bancale ! C'est pas un grizzli quand même !
N'empêche, j'ai eu la bonne réaction pour mon organisme et ma pression artérielle. Agressif les mecs ! On y croit ! On se motive ! Un truc vous empapaoute ? Agressif ! On réagit, c'est bon pour la santé. Cà fouette le sang.
Bon mais à un moment, il faut se calmer, quand même. Les "mimiques faciales agressives", il ne faut pas non plus en abuser, sinon, personne plus ne vous approche. Ne vous dit bonjour. Alors voilà, on se calme... On respire à fond... parce que le meilleur est à venir, et sur la même page 32. En fin le meilleur... Ou le plus dégoûtant, çà dépend.
Mycologie : "Nous dormons sur un million de champignons". Cà c'est le titre. Plus d'un million de champignons renchérit le texte ! Cette fois c'est un professeur de médecine de l'université de Manchester qui s'y colle. Il les a comptés. Et il les a comptés "dans un panel d'oreillers utilisés régulièrement depuis un à vingt ans". Je vois bien ce qu'est un panel d'oreillers, çà signfie qu'il y en a plus d'un. Et donc il en a compté plusieurs fois un million. Pour bien s'assurer que la première fois ce n'était pas un accident. Qu'on ne lui avait pas refourgué l'oreiller le plus pouilleux de la ville. Dites, çà a quand même le temps les chercheurs n'est-ce pas ? Cà ne cherche pas à la va vite. Réflexion faite, c'était pas un boulot pour moi, çà. Si on me met à compter un million de champignons sur un oreiller, d'abord je vais très vite choper les fumerolles et je vais me retrouver dans le cas qui précède : agressif. Si encore c'étaient des girolles.
De fait, cette affaire-là ne m'étonne qu'à moitié. Il me semblait bien que sur un oreiller, il y avait surtout des acariens. Des espèces de minuscules crabes, qui se nourrissent sans doute de ce million de champignons, juste là, sous nos oreilles, ou dans, tout un monde microscopique et grouillant. Et même une majorité d'"Aspergillus fumigatus" précise l'article. Beuark ! Cà vaut pas l'amanite des césars.
Bien alors voilà :
Entre les chercheurs qui calculent comment décolle un avion dans la mousse, ceux qui cherchent à poser une simple table de camping à peu près de niveau à grand renfort de super calculateurs, ceux qui comptent un million de champignons par oreiller - et ne voient pas les acariens - (là je peux fournir mon propre oreiller quand je rentre de faire les foins, on va découvrir de nouvelles espèces exotiques) et ceux qui nous testent les hormones du stress quand on commence à nous casser les grelots, on se demande si on n'est pas tombés sur la page SBURG de Sciences et Vie (Sornettes et Balivernes à l'Usage Réservé de Gogos). Et pourtant non car voyez-vous, sur la même page 32, un article de physique statistique est consacré à Einstein : l'une de ses équations doit être corrigée, elle concerne les trajectoires de grains de pollen heurtés par les molécules du liquide sur lequel elle flottent. Comme on voit, c'est du sérieux, surtout en application à la biologie cellulaire. Mais quand même, on se demande. Il arrive un moment où, à force d'être intelligent, çà doit porter sur le système. On comprend bien que dans la vie, mieux vaut résoudre les problèmes à la calculette qu'à la batte de base-ball. On comprend aussi qu'il vaut mieux piquer une sainte colère plutôt que d'avoir peur d'un guéridon. Mais quand même, doit-on accepter de financer des recherches aussi poussives en période de stagflation, alors que tant de gens perdent leur boulot ? Car après tout les avions volent très bien sans mousse, les tables se disposent très bien sans superordinateur, et qu'il y ait un million d'Aspergillus fumigatus ou sept cent mille sur un oreiller, cela ne va pas fondamentalement changer nos nuits qui comme chacun sait sont de toute façon plus belles que vos jours.
Il est clair que nous avons besoin de nous assurer que nos chercheurs sont intelligents et que pour cela, deux ou trois annonces décoiffantes ne sont pas mal venues. Mais quatre sur la même page d'un même numéro de Sciences et Vie, cela devient suspect. Nos chercheurs seraient-ils si intelligents qu'ils se passionnassent pour des sujets dont nous n'aurions même pas idée de l'importance ? C'est possible après tout. Et cela justifierait alors la question que parfois je m'adresse à moi-même (en recommandée AR) : Mais t'en as pas marre d'être con ? Si.

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Publié dans humour littérature

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C
Ha ha ha ! et pourtant, n'est pas chercheur qui veut ! quand on voit le nombre d'années d'études qu'il faut pour en arriver là...
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