Nécrologie
On vient de m'apprendre que Dieu est mort. Là, il n'y a pas cinq minutes. Ah bon, et depuis quand ? Cà fait un choc quand même. C'est un scoop. Mais en même temps, c'est un peu vite dit. Je ne crois que ce que je vois. Je ne croyais déjà pas en l'existence de Dieu pour ne l'avoir jamais vu, je ne vais pas davantage croire qu'il est mort sans avoir vu le cadavre. Car enfin, il est des questions que tout bon enquêteur se doit de poser : Qui a bien pu faire le coup ? A qui profite le crime ? Y avait-il des témoins ? Quelle est la dernière personne à l'avoir vu en vie ? A-t-on relevé des empreintes ? Des traces d'ADN ? Et comment expliquer l'absence de corps ? Pas d'autopsie possible ! Même la scène du crime n'est pas localisable. Et il faut que je croie que Dieu est mort ? Juste parce qu'on me le dit ? Alors qu'on est incapable de répondre à la moindre de ces questions que soulève la moindre infraction ?
Dès l'annonce de la mort de Dieu, j'ai compris que cette affaire allait partir en sucette. On ne tue pas Dieu comme çà ! Il ne tombe pas dans la première embuscade venue. Pour pouvoir l'approcher d'aussi près, c'est au moins un intime qui a fait le coup. Quelqu'un au courant de ses derniers faits et gestes, ou qui a pris le temps d'observer ses habitudes. Où a-t-il été tué ? Dans la rue ? Chez lui ? Dans ce cas où habite-t-il ? Il faut bien l'avoir localisé. Et d'abord, quelles sont ses habitudes ? A quel hôtel descendait-il ? Venait-il boire son café au bistrot, à heures fixes ? Et quel bistrot ?
Finalement, on n'a pas le moindre indice d'un commencement de piste. Sans compter qu'il doit être ultra-protégé, avec ses légions d'anges exterminateurs. Je vois bien son assassin franchir le cordon, que dis-je le cordon, le rempart sanitaire de la protection dont il est sans cesse entouré. Non, moi je dis que cette affaire pue l'intox. On a beau être au contact de Dieu, le tutoyer, nul n'a suffisamment gardé les vaches avec lui pour pouvoir s'immiscer aussi près, même déguisé en Saint. Une auréole factice, çà se reconnaît tout de même. Même un faux père Noël, je le repère à cent mètres. Alors un faux Saint, pensez donc ! Je ne dis pas qu'un faux sein ne puisse pas me tromper, mais une fausse auréole ! C'est tout de même immatériel une fausse auréole alors qu'un faux sein, çà consiste, çà tient dans la main. Sans compter que Dieu a le temps et l'espace pour lui. Le temps joue en sa faveur, en cas d'embuscade. Pour Dieu, une heure c'est comme un jour, qui est comme un an, qui est comme un siècle...et pour les siècles des siècles... Le meurtrier peut toujours attendre son passage assis sur son cul, il a le temps de choper des émeraudes avant que sa victime se présente. On n'est pas sortis du cabanon si on doit interroger tous ceux ou celles qui ont pu, un jour, se trouver sur son passage, d'autant qu'ils ne le savent pas eux-mêmes, le plus souvent. C'est comme quand on dit : "Tiens, un ange passe". En fait, on ne sait même pas ce qui est passé. Sinon que çà n'a pas fait de bruit. D'autant que je doute que Dieu fasse annoncer son passage par toutes les trompettes du ciel. A-t-il vraiment desoin de pub ? Au risque de tomber sous les balles d'un assassin car quand on est un personnage aussi puissant, on a forcément des ennemis. Tous ceux qui veulent devenir calife à la place du calife. Non décidément, je crois de moins en moins à la version de la mort de Dieu. D'autant que Dieu sonde les coeurs, il sait exactement ce que chacun a dans le calbut. Il le verrait venir de loin, l'assassin, pensez ! Rien qu'une mauvaise intention, avant même le début d'un commencement d'exécution, il la voit arriver comme le nez au milieu de la figure. C'est comme si je voulais piquer quelque chose au supermarché : on ne verrait que moi. Même sans caméra de surveillance. Dieu c'est pareil, c'est la caméra accrochée aux basques de chacun. Attention, ce n'est pas une injure anti-basque !
En revanche, alors là je ne dis pas, il existe peut-être une autre piste à explorer. On ose à peine l'envisager mais comme on dit : aucune piste ne sera négligée. Et si c'était Satan lui-même qui avait fait le coup. Notez bien, je ne suis toujours pas convaincu de la mort de Dieu. Après tout le soleil ne s'est pas éteint, la planète ne s'est pas arrêtée de tourner pendant trois jours pour repartir en sens inverse comme le prédit mon ami "Vorve". Constatez mon ouverture d'esprit, je ne crois pas en la réalité de cette affaire, pourtant j'admets d'en discuter au lieu de la rejeter purement et simplement. C'est pas magnanime de ma part ?
Donc si c'est un coup de Satan : alors là... alors là on passe tout de suite à une autre dimension. Un dimension dans laquelle les moyens d'investigation classiques ne fonctionnent pas au mieux.
Toutes les histoires de : à qui profite le crime - encore que là on voit bien! - Y avait-il des témoins ? Quelle est la dernière personne à l'avoir vu vivant ? Les empreintes, l'ADN, tout çà, çà reste un peu mesquin, çà joue petit pied quoi. Encore que des empreintes... çà pourrait se trouver. L'empreinte de Satan ne passe pas inaperçue. Un cercle de feu par exemple, quelque chose dans ce genre, une trace se sabots de bouc, un bout d'écaille de queue flèchée...
Si si, on risque de trouver car Satan ne va même pas prendre la peine d'effacer ses traces, sûr de son impunité qu'il doit être ! Qu'est-ce qu'il en a à secouer les branches qu'on sache si c'est lui qui a fait le coup ou pas ! Même si on le chope, qu'est-ce qu'on va lui faire ? Lui couper les cornes ? Elles repoussent aussi sec. Le foutre en taule ? Cà encore, peut-être... Se retrouver avec des paroissiens qui tueraient père et mère, et même des petits enfants pour certains, çà doit être flippant même pour le plus endurci. Risquer un coup de surin entre les côtes pendant son sommeil, merci ! Ou même un coup de poinçon à biopsie de 6 mm, çà fait chier quand même.
Mais bon en même temps, Satan, ce n'est pas un petit barreaudage de rien du tout qui va l'arrêter. Il n'a qu'à souffler dessus de son haleine à la soudure autogène et tout se liquéfie. Non tout çà je n'en crois que tchi. On ne prendra pas Satan à ce petit jeu de l'enquête. Il peut escamoter les pistes comme le temps se brouille (ne cherchez pas, y a pas de contrepet). Et puis, on n'élimine pas son meilleur ennemi, çà on ne me l'ôtera pas de l'idée. Un meilleur ennemi, c'est très utile, çà permet de l'instrumentaliser et de faire passer les pires mesures pour des oeuvres de salubrité publique. Je ne vois pas Méphitophéles assez sot pour éliminer d'un coup ce qui fait son fonds de commerce depuis que le monde est monde. C'est à dire au moins depuis qu'il y a des gens dessus. Car enfin, la lutte de Dieu contre Satan, du bien contre le mal, c'est le plus grand trip de tous les temps. On a un peu changé de formule ces derniers temps, c'est les pauvres contre les riches, le collectivisme contre l'ultralibéralisme, mais c'est la même limonade. Le bon contre le mauvais. Si l'un ou l'autre triomphe définitivement, qu'est-ce qu'on fait ? On tape la belote ? Je ne vois pas Satan être aussi pépiot. Dieu non plus d'ailleurs. A mon avis, ces deux-là ont partie liée. Ils n'existent pas l'un sans l'autre, et le savent. Donc, premier résultat logique, ce n'est pas Satan qui a fait le coup. Et j'irai même plus loin : si quelqu'un, par on ne sait quel mystère inconcevable, a réussi à liquider Dieu, Satan est capable de le ressuciter, tellement il va manquer à son dessein diabolique. Il est même capable au besoin de se déguiser en Dieu le Père pour assurer l'intérim, le temps que Dieu le Père reprenne des forces. Et si Dieu reprend des forces, après que Satan lui ait sauvé la mise, je prends les paris : ils vont devenir copains comme cochons. Hé salut, Stan ! Et sur le dos de qui ? Suivez mon regard ... Sur le dos de nous autres, pauvres pécheurs, que ton règne arrive, que ta volonté soit faite et lycée Condorcet...
Non, il faut mettre cette piste du Diable en sommeil - je ne dis pas de la classer sans suite - et nous intéresser à quelque chose de plus formidable encore : ceux qui ont lancé la rumeur. Car ce n'est pas tout à fait innocent tout çà. La question n'est plus "Dieu est-il mort ?" ou "Qui a tué Dieu ?" mais "Qui a intérêt à faire croire que Dieu est mort ?".
Non ? Cà ne vous dit rien ? Ne me dites pas que vous n'avez pas idée de l'être machiavélique, du cerveau malade, qui a pu avoir intérêt à faire circuler cette formidable intox !
C'est Bush, évidemment ! Toujours lui, toujours de tous les mauvais coups !
Suivez mon raisonnement : connaissez-vous un type qui renoncerait à devenir l'homme le plus puissant de la planère en refusant de dire "Je crois en Dieu", même si c'est faux ? Moi pas.
On peut très raisonnablement spéculer que Bush soit un simulateur. Il ne serait pas le premier dans cette branche ! Et donc, si Debleyou, en sous-main, par le truchement de l'une de ses officines de renseignement, fait lancer le bruit que Dieu est mort après avoir été élu, qui est-ce qui va directement être affecté par l'info ? Qui va suffoquer ? Pas moi, qui ne suis pas croyant, mais les plus croyants d'entre les croyants : les intégristes. Démoralisés les gonzes, qu'ils vont se retrouver ! Le moral dans la babouche ! Accablés sous la djellaba, les fous de Dieu ! Quoi ? Le patron est mort ? Alors il est mort ou il est pas mort? De quoi refroidir les troupes ! La cata des catas ! L'abomination de la désolation ! Voilà pourquoi le Debleyou ne se donne même pas la peine de rechercher et pourchasser Oussamuche ! C'est pas une preuve çà ?
Pour conclure provisoirement, et guerre des nerfs mise à part : Dieu n'est pas mort, c'est une intox, un procédé classique d'action promotionnelle lorsqu'on veut faire parler de soi - on ne tardera pas à apprendre qui a lancé la rumeur. Et puis, plus la population mondiale augmente, plus le nombre de croyants augmente. Vous n'imaginez tout de même pas qu'autant de gens puissent se planter non ? Un peut-être, mais pas tous.