Bien
La mort, c'est pas bien.
En fait je dis çà parce que je n'ai rien à dire d'autre pour le moment, et si je ne dis rien, je n'en pense pas moins. Je dis par conséquent que la mort c'est pas bien pour montrer que je suis vivant et que je trouve que de n'être pas vivant, c'est pas bien. Dans la vie, il faut penser à autre chose qu'au chichon et aux meufs. Et puis aussi pour montrer que je sais penser, que j'ai un cerveau et que je m'en sers. Je reconnais que c'est un peu court, de dire : la mort, c'est pas bien. Je ne suis pas un lettré, comme ces gens qui vous tiennent tout un discours, auquel d'ailleurs je ne comprends rien parce qu'ils font exprès de se la jouer, pendant des heures, et que je ne me suis pas trop cassé la nénette à lire pour apprendre des mots. Mais dire : la mort, c'est pas bien, çà suffit pour faire comprendre qu'on pense à autre chose que les autres pensent pas. L'injustice non plus, c'est pas bien. On peut être illettré, et avoir de la morale, savoir de quoi l'on cause. D'ailleurs je suis contre tout ce qui n'est pas bien. Et pour tout ce qui est bien. Pour tout ce qui est juste, et contre tout ce qui est injuste.
Tiens, prenons un exemple tout récent : le séquestrage des patrons voyous. Je suis pour. Parce que les patrons, c'est pas bien et c'est pas juste : ils vous obligent à travailler même quand vous n'avez pas envie. Et quand vous avez envie – moi çà m'arrive pas trop souvent parce que le boulot, c'est pas bien – ils disent qu'ils n'en ont pas, du boulot. C'est pas bien, et c'est pas juste. C'est juste pour emm......
L'autre qui me dit : Oui, mais si tu prends trop l'habitude de séquestrer les patrons, ils vont foutre le camp et s'installer ailleurs. Et qu'est-ce que tu feras, alors ?
Ce qui serait bien, c'est que je sois fonctionnaire, çà c'est bien. Ils peuvent partir, les patrons, je serais payé quand même. Et toc. Et d'ailleurs, même si je ne serais pas fonctionnaire, séquestrer les patrons, c'est bien. Le reste on s'en fout. Ce qui est bien est bien, ce qui est mal est mal, un point c'est tout. Y a pas à transiger. Tiens, transiger. Un mot que je ne connaissais pas, et qui me vient tout seul. Comme quoi, pas besoin d'aller à l'école. D'ailleurs l'école, c'est bien, et c'est pas bien. C'est bien parce qu'il faut s'instruire, mais c'est pas bien parce qu'on nous empêche de faire ce qu'on veut. Ben oui, y a des choses qui sont en même temps bien, et pas bien. Cà dépend de comment on les prend. Il y a des degrés. Moi je sais faire les degrés. On apprend tout seul, à faire des degrés. Il suffit d'écouter sa conscience. La conscience, c'est quelque chose qui ne trompe pas. Elle dit tout de suite quand c'est bien et quand c'est pas bien. Moi, je n'écoute que ma conscience. Elle me parle. Tout le temps. C'est pour çà que j'ai un avis sur tout, sans avoir besoin de passer par les écoles. D'ailleurs l'école, c'est pas bien parce que c'est fait pour les riches. Et les riches, c'est pas bien non plus. C'est pas bien, et c'est pas juste. Sauf si j'étais riche, là, je rigole bien sûr. Je préfèrerais être riche, là ce serait bien. Vous pensez ! Etre riche, c'est bien, quand c'est soi-même qu'on est riche. Et çà peut être juste. Mais pas quand c'est les autres, c'est pas bien. C'est ma conscience qui dit çà. Et la conscience, çà se trompe jamais. D'ailleurs, il faut se conscientiser. Cà, c'est un mot que j'aime bien. On le dit souvent, au pac. Il faut se conscientiser parce que ne pas se conscientiser, c'est pas bien. Celui qui ne se conscientise pas vit comme une bête. Avant, j'étais bête. Je n'étais pas conscientisé. Depuis que je participe à la vie des idées, tous les Vendredis soirs à la salle polyvalente, je me suis suffisamment conscientisé pour savoir ce qui est bien, et pas bien.
Voler dans un supermarché, même si celui du pac (moi je m'en fous de la politique) qui organise les réunions n'est pas tout à fait d'accord, enfin si, presque, c'est bien, car c'est être conscientisé qu'on se fout de nous. Il y a plein de gens qui crèvent la dalle sur la planète, alors qu'on se serve un peu ne fait de mal à personne. Si on pouvait se servir dans les supermarchés, sans payer, plus personne n'aurait faim. En tous cas chez nous, là où il y a des supermarchés. Et quand personne n'a faim, c'est bien. Ah oui, le logement, aussi. Une fois qu'on a mangé et bu, des canettes, qu'est-ce qui manque ? Un toit bien sûr. Et des toits, c'est pas non plus ce qui manque, chez nous. Il suffirait de donner les toits inoccupés à ceux qui n'ont pas de toit, et tout le monde serait logé. Voilà, çà, ce serait bien. Seulement tout le monde n'est pas conscientisé de ce qui est bien. Il y en a qui ne pensent qu'à leur gueule. Moi ? Un toit, de la bouffe à volonté, et tout va bien. Une bagnole aussi. Parce qu'il faut bien se déplacer pour chercher du boulot quand on a envie de bosser. Bon, je comprends bien qu'il faut payer l'essence, sinon, si on ne la payait pas, ceux qui en produisent ne nous en donneraient pas. C'est bien normal. Mais on peut toujours siphonner dans le réservoir du voisin. Parce que le voisin est un con. Il n'est pas conscientisé qu'il pollue la planète avec son essence et sa bagnole. Et puis hé ho, si on roulait à l'énergie pas polluante, hein ? Seulement il y en a qui s'en mettent plein les fouilles. Alors ceux-là, les riches, pendus par les pieds. On se démerdera bien sans eux allez. Voilà, çà ce serait bien.
Ce qui n'a pas été bien, pour moi, c'est mon vieux qui voulait que je bosse. Alors j'ai préféré me tirer. Heureusement j'ai mon pote Mouloud qui me corrige la syntaxe comme il dit. Le problème, c'est que Mouloud veut se mettre avec sa meuf et se tirer d'ici. Et quand les mecs se mettent avec leur meuf, on ne les voit plus, on se retrouve comme un con. Et çà, c'est pas bien. Pas bien du tout même.