Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 17:24

 

 

Je suis sûr que çà vous est arrivé. Et que sans doute çà vous arrive tous les jours. Vous êtes tranquillement en train de bricoler votre voiture, ou votre aile volante, ou votre je ne sais quoi, moi c’est un truc dans le jardin mais c’est pareil. Vous êtes dans votre monde… Vous avez même perdu toute notion de temps. Il peut même se faire que vous soyez en plein trip, le roi d’Ecosse n’est pas votre cousin et s’il l’est, tant mieux. Vous n’échangeriez pas votre place pour un gisement de méthane. Et soudain :

A  TAAAAABLE … !!!

C’est votre épouse. A  TAAAAABLE….. !!!! Ah elle n’a pas perdu son triple AAA dites-moi. Elle est même en passe d’en gagner quelques uns. Car vous avez alors en tout et pour tout trente secondes, et pas un grain de plus, pour tomber votre cotte, courir vous laver les mains à votre lavabo de campagne, et vous présenter présentable à l’emplacement même de votre couvert.

Et si vous n’avez pas répondu du tac au tac : J’ARRIIIIIVE ! elle croit que vous êtes à trafiquer au fond des combes, que vous n’avez rien entendu (tu parles !) et là, c’est la cloche. Dringuelin, dringuelin, tout dépend de votre modèle de cloche mais le sens est le même : tout de suite. Là. Ici.

Je suis sûr que par vent dominant, c'est-à-dire d’Ouest, tout l’Est de la paroisse est informé que Zorba est requis de se présenter de toute urgence et toutes affaires cessantes devant sa mangeoire et plus vite que çà.

Car bien sûr, si vous n’obtempérez pas immédiatement sur l’instant même par un quelconque moyen magique tel une baguette ou une fusée, à votre arrivée, c’est le soufflon assuré. Cà fait une heure que je t’appelle ! Cà va refroidir !  Une heure… Mais bien sûr.

Les femmes sont bourrées de particularités et notamment celle-ci : elles sont dotées d’une horloge interne qui fait que, dès l’instant que leur tambouille est prête, le temps se met à défiler selon un nouveau théorème de relativité auquel vous ne pouvez rien comprendre. Et pire, elles se retrouvent dans l’impossibilité d’envisager qu’un autre monde soit possible : le vôtre. Et ce n’est pas tout. « Tu pourrais te laver les mains quand même. – Mais je viens de le faire ». A toute vitesse bien sûr. Alors vous vous relavez les mains, et lorsque vous raccrochez l’essuie-mains d’un blanc immaculé à son crochet… la sérénade reprend de plus belle. Vous êtes un gros dégoûtant, regarde-moi çà, on dirait un torchon… ! Et c’est quoi d’autre… ? Est-ce qu’un essuie-mains est fait pour rester propre… ? Hein ? Pouvez-vous me le dire ? Vous tentez mollement de vous défendre, avec un brin de mauvaise foi mais que serait le monde sans mauvaise foi… « Dis donc, je vais juste manger ma soupe avec une cuillère, je ne vais pas opérer une cataracte ou faire un pontage coronarien ». Rien n’y fait : c’est pas une raison.

« C’est pas une raison », c’est la raison des femmes. Bon dieu si elle avait dû se taper son casse-dalle assise sur des sacs de ciment à boire son kilo de rouge dans un verre posé sur la poussière d’une poutarella. Non, c’est le compagnon italo-quelque chose qui prononçait poutrelle : poutarella. Je n’ai jamais eu meilleur appétit…

Ce n’est pas une raison ! Il faudrait presque que je mette la cravate. Pour l’ôter après les agapes. Remarquez, la cravate, çà me garnit bien. Surtout assortie à ma balafre. Mais tout de même… Suis-je là pour faire le beau ?

« C’est pas une raison… Cà va refroidir… Cà fait une heure … » Je les connais toutes. Il est vrai que çà valait le coup de venir, çà je ne dis pas. Mais enfin, quoi, trente secondes quelle que soit la configuration, est-ce humain ? De traiter quelqu’un de la sorte ?

Le sens des priorités d’une femme m’étonnera toujours. Ne me dites pas que cinq minutes leur foutraient leur repas en l’air. Ce n’est pas possible. Alors une minute, qu’est-ce que c’est… Tandis que si je laisse une brouette à moitié pleine de mortier à sécher… bon, çà se rattrape mais quand même, c’est couillon quoi. Rien à faire. Pas savoir. « T’as qu’à regarder l’heure et remettre ton mortier à plus tard. – J’ai pas d’heure et j’en veux pas ». Non mais ! J’ai couru toute ma vie après l’heure et maintenant que je puis m’offrir ce luxe inouï de vivre hors du temps, il faudrait que je m’accroche une pendule au poignet ! Cà va pas non ?

Les femmes sont dures avec nous, je trouve. Elles ne nous reconnaissent que des circonstances exténuantes et dépendantes de notre mauvaise volonté.

J’ai cependant mis au point un stratagème aussi rusé qu’efficient : si votre retard excède trois minutes, tandis qu’elle entonne sa malagueña, vous entrez et vous lui attrapez les seins. Une chance sur deux : « C’est pas le moment », çà, vous y avez droit, d’accord. Mais c’est l’intonation, qui compte : si elle vous rembarre en réprimant un sourire en coin, c’est bon, la malagueña s’éteint d’elle-même. Vous pouvez même vous permettre d’insister : Ooooh…. Toi !  et faire mine de la choper sur le lave-vaisselle. En revanche, si elle brandit sa louche… là c’est sérieux. C’est même pas bon du tout. Vous avez tout faux. Comment savoir d’avance ? Alors là c’est une question qu’elle est bonne et que je n’ai pas encore résolue. Mais qui ne tente rien n’a rien. Ou plutôt si : un soufflon.

Ou alors, il y a autre chose : tandis que vous accrochez votre chapeau à la patère,  celui que vous deviez bouffer suite à un pari stupide avec les copains, vous vous écriez, assez fort pour être entendu car quand elle répotèque, elle n’entend plus qu’elle-même tellement elle a les bronches dégagées : « Huuuum… çà sent bon ! Oh Tu m’entends ? Cà sent bon ! »

Oui et un peu plus tu allais sentir le cramé… Rien à faire, il faut qu’elle ait le dernier mot. Mais çà dure moins longtemps.

 

Par zorba - Communauté : papierlibre
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 00:38

Bio

Bio

 

A l’époque où Dieu chassa Adam et Eve du jardin d’Eden, cela fait maintenant un bail, je n’étais même pas né puisque c’était avant la guerre de 14, tous les fruits et légumes étaient bio. Le jardin d’Eden était un jardin singulier : même sans aucun traitement, les fruits et légumes étaient épargnés par toutes les saloperies que nous avons sur terre. C’est pourquoi Dieu n’avait pas de jardinier. Vu qu’Adam était la première personne qui ait existé et qu’il n’était pas formé pour jardinier. Logique. D’ailleurs Adam n’a jamais eu de métier au paradis. C’est après, seulement. Au paradis, Adam était juste naturiste mais naturiste c’est pas un métier         . Du moins que l’on sache. En fait on ne sait rien d’autre de lui, s’il était poilu ou couvert de plumes. Disons qu’avec Eve, ils se contentaient de se goberger comme des merles des fruits bio du paradis et puis c’est tout. Que voulez-vous faire d’autre puisqu’il n’y a même pas d’outils ni de vaisselle au paradis. Attention, je ne critique pas, je ne dis pas que le paradis doit être barbant, mais c’est spécial quand même. J’imagine que pour distraire Adam, Eve devait faire le French cancan.

Alors donc, il y avait de tout dans ce foutu jardin d’Eden. Mais de tout. Rien que pour le verger bio – je ne vais pas vous faire tout le potager, il faudrait un catalogue Baumaux – on trouvait à volonté des nectarines Honey Kist, des abricots-pêches de Nancy, des abricots tardifs aussi, pour avoir le fruit de saison, des poires Williams, des pêches plates – çà c’est bon les pêches plates – des quetsches, des groseilles à maquereaux, des framboises hâtives, des figues négronnes, des kiwis auto-fertiles, et même du raisin : du chasselas doré, de l’Italia, du muscat de Beyrouth, du centenial sans pépins, sauf que personne ne savait faire du pinard. A part Dieu, peut-être, ce qui expliquerait bien des choses.

D’ailleurs c’est même pour cette raison – une telle profusion de fruits et légumes bio – que Dieu eut l’idée de créer Adam pour qu’au moins quelqu’un de plus évolué qu’un merle puisse goûter à toutes ces merveilles. Cà se comprend. Sauf que là, Dieu mit le doigt dans son propre engrenage infernal : à force de voir ce pauvre Adam se tirer tout seulet sur le poireau, il se dit qu’il vaudrait mieux lui donner une starlette tout de même, car il en perdait jusqu’à l’appétit, l’Adam. Ce qui fut fait. Fastoche.  Un bout de côte flottante et hop. Dieu a souvent des idées farfelues mais bon, on ne va pas tout lui critiquer non plus.

Autre idée bizarre, celle d’interdire à Adam de goûter à une variété de pomme Pink Lady qu’il avait greffée naguère sur porte-greffe Reine des Reinettes ; Franchement, voilà bien une idée de cavon. Pas d’avoir greffé, d’interdire. Lui aurait-il interdit de bouffer des gratte-cul on comprendrait. Mais des pommes…

Alors là… Tiens, trois secondes. Trois secondes pas plus. Le temps pour la starlette de minauder à Adam comme quoi que s’il mangeait une pomme ils pourraient ensuite aller piner dans la pinède, il en avait déjà clapé trois kilos. Voilà comment çà s’est passé, Mesdames et Messieurs. Et encore heureux qu’Adam n’ait eu ni poches ni gibecière ni brouette sinon il en emportait un chargement dans la pinède, des Pink Lady, étant donné qu’Eve semblait apprécier.

Ce que Dieu fit en cette occasion montre bien sa pingrerie : il vira Adam, ou plutôt notre couple people, du jardin d’Eden ! Vous le croyez, çà !  Avec toutes les malédictions par-dessus le mercat.  Non mais il est malade ! Que diriez-vous si vous appreniez que Zorba a viré quelqu’un de son verger pour lui avoir tortoré trois pommes Mondial Gala. Hein ? Qu’est-ce que vous diriez… ? Oui hé bien je ne vous le fais pas dire ! Ah non mais vraiment ! J’en blêmis encore de rage contenue. Un Dieu, çà ? Et de miséricorde ? Un salaud, oui ! Sans compter que c’est lui-même, Dieu en personne, ou en quoi que ce soit du même métal qui l’avait créé, Adam, sans même lui demander son avis. Ah mais si j’avais été Adam j’aurais eu la vindicte à sa place, et comment que je lui disais ses quatre vérités à Dieu. Bon okay, je me casse. Mais ne viens pas me demander une pomme. Okay je vais faire ma vie ailleurs, mais viens pas me faire chiaver hein. C’est toujours pareil avec les patrons, sous prétexte que tout est à eux, ils vous font l’aumône et salut. Un peu, que je vais me la gagner ma vie, à la sueur de mon front. On n’est pas des fainéants. Et je boufferai des pommes, tiens, et je me ferai même du calva, si çà peut te faire tartir, vieux con.

Et c’est sûrement la raison pour laquelle sur terre, les fruits bio ont sale gueule. On dira que ce n’est pas un motif suffisant pour les traiter avec des produits plus dégueulasses encore que le botrytis, çà c’est vrai, mais c’est encore un coup de Dieu qui envoie régulièrement à Adam toutes les calamités agricoles qu’il peut inventer. Ah on est bien campés, avec un Dieu pareil je vous jure. Avec un tel Dieu, on n’a pas besoin d’ennemis. Faut-il que nous ayons le caractère bien trempé pour trouver goût à la vie ! D’ailleurs j’estime que c’est très bien ainsi : au moins, on n’a pas besoin de lui dire merci de nous avoir créés, tellement il nous la pourrit, la création. Cà équilibre. Dieu a voulu se faire plaisir en créant sa création bon d’accord, mais on est quittes puisqu’on est là pour en baver. Tu crois pas qu’en plus je vais me prosterner et lui rendre grâces : « Merci mon Dieu pour cette épreuve que vous m’envoyez pour me tester ». Non mais oh ! Il n’a qu’à aller faire ses tests ailleurs, y a de la place. Ainsi parlait Adam sur le chemin de l’exil, son baluchon sur le dos.

Quand j’ai compris le coup de la Pink Lady, je me suis tout de suite dit : ce Dieu-là, c’est un drôle de paroissien. Il te tend un traquenard imparable, et il te chasse du paradis. En réalité, Adam a plus de mérite (je me suis dit un autre mot mais pas ici) que Dieu. Il s’est fait piéger, d’accord, mais il n’a pas baissé les bras, il s’est mis tout de suite au boulot, dans les pires conditions, sans outils. Voilà ce que j’appelle un homme, Adam.

Par zorba - Communauté : Le champ du monde
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 22:24

Possible

 

 

Un autre monde est-il possible ? De toutes les questions intéressantes, c’est celle-là que je préfère. Un autre monde est-il possible ? C’est à la fois la question la plus intéressante, la plus saugrenue et la plus duplice que je connaisse. Intéressante car cette question, c’est tout l’homme. Lorsqu’un lapin  la pose, il répond carotte ce con. Intéressante car elle ouvre toute grande la fenêtre des songes, et saugrenue parce que notre monde est déjà un autre monde possible. Ceux qui posent cette question semblent ignorer avec entêtement qu’avec des si… on scierait. Que si tout le monde freinait en même temps, le temps passerait moins vite. Que si Christophe Colomb n’avait rien découvert, Kennedy trinquerait encore avec nous. Et puis… ah, si j’étais riche… vous verriez un peu… Sans compter que pour qu’un autre monde fût possible, il suffirait que je le visse avec d’autres yeux. Ceux de Chimène, par exemple.

On pose cette question lorsqu’on veut faire son intéressant. Lorsqu’on veut montrer qu’on en a sous le capot. Mais où va-t-il chercher des questions pareilles… Et çà marche ! On trouve toujours une foule de gens pour se dire : Tien, au fait, c’est vrai çà, un autre monde est-il possible ? Enfin une question originale, qu’on ne se pose pas en allant chercher ses croissants. Au lieu de nous poser toujours des questions idiotes, posons-nous pour une fois une question intéressante. Je connais un directeur de journal, J.F Kahn qui, secondé par une kyrielle d’universitaires es quelque chose, a fait pendant des mois et des mois un tour de France de colloques où des gens venaient par centaines écouter des réponses ébouriffantes à cette question précise : un autre monde est-il possible ?

Vous avez une question intéressante de cette eau ? Faites le tour de France avec. Les clients vont se précipiter. Par exemple : les pauvres peuvent-ils devenir riches ? Mais pensez tout de même à emporter avec vous une bonne provision de si… Indispensable. Si vous n’avez pas un paquet de si… dans votre musette, vous allez faire un bide, je vous préviens. Alors que si vous déversez sur les foules avides des tombereaux de si… votre succès est assuré. La preuve, si je commence mes phrases par si… tout de suite çà vous a une autre gueule possible. D’ailleurs quand je me rase la gueule je me pose la question : une autre gueule est-elle possible ? Ou bien : et si la gueule que je rase n’était pas la mienne ? Car sans les si… plus rien d’autre n’est possible. J’y insiste.  Munissez-vous également de si… de secours, autant que possible. En cas de crevaison, ce n’est plus le moment de se dire merde j’ai oublié mes si… à la maison, vous auriez bonne mine. Et puis pensez aussi à affûter vos scies. Noter qu’en route vous pouvez trouver des si… de récupération. C’est moins cher et ils peuvent vous faire néanmoins pas mal de kilomètres.

De toute façon le monde des si… - cet autre monde possible -  est sans limite. Inépuisable. Tous les commerces de si… en regorgent. C’est pourquoi on en trouve à bon prix. Car il y a des professionnels du commerce des si… Tels celui dont je citais le nom plus haut. Ils sont assimilés dans la nomenclature des Arts et Métiers à l’activité « Croisiéristes ».  Et en effet, avec quelques si… bien ajustés, ils vous embarquent pour la croisière de vos rêves. Que vous paierez d’ailleurs plus tard. Vous en connaissez beaucoup, vous, des vendeurs de croisières à crédit ? La crédulité se paie toujours, mais plus tard.

Ah oui, décidément, la question « un autre monde est-il possible ? » est une question que je trouve qu’elle est bonne. Comme une drogue. Elle inaugure une croisière où l’on vous sert du chichon sans désemparer et que vous paierez plus tard. A l’atterrissage.  Comment résister !

Evidemment, une croisière peut tourner au cauchemar selon la qualité des si… que l’on utilise : si chacun avait une bombe atomique on serait beaucoup moins nombreux et si les hommes accouchaient nous aurions la tête en sifflet.

Heureusement, d’autres catégories de si… sont plus anodines : si au lieu de compter depuis Jésus-Christ on comptait depuis Michael Jackson le monde serait moins vieux et si la gazelle était un lion elle finirait par se bouffer.

Un autre monde ? Il est non seulement possible mais certain. Il se construit collectivement depuis la nuit des temps et demain sera un autre jour possible pour un autre monde certain.

Mais en même temps, cette question – qu’elle est excellente, répétons-le – est d’une duplicité extraordinaire par ce qu’elle évite soigneusement de formuler. Car la question tout entière est : « Un autre monde à mon idée est-il possible ? »  En effet, pourquoi vouloir un autre monde qui soit autrement qu’à mon idée… C’est idiot, autant garder celui-ci qui ne l’est pas non plus, à mon idée. Et alors là… Alors là, mes amis, vous voyez se profiler l’oreille du totalitarisme sur le fond noir de mes pulsions.  Oulà ! Attention, marécages. Heureusement, lorsqu’on se pose cette question d’un autre monde possible, on sait bien que c’est pour de rire. Sinon on se foutrait illico sur le mufle.

Bref. Si La Mecque était à l’Ouest, le hadji irait pèleriner en Amérique, ah la tuile. Le seul si… cependant auquel je prête quelque crédit serait plutôt celui-ci : « Si nous savions où nous allons, nous serions moins pressés ». Même pour un autre monde possible.

Par zorba - Communauté : papierlibre
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 14:33

Les fêtes de la nativité ont pour barycentre la basilique du même nom à Bethléem. C’est le ventricule du coeur de l’aventure terrestre qui devait mener le divin enfant à périr sur la croix. Là est né l’enfant-dieu qui réunit autour de son adoration des millions et des millions de fidèles enchristés, il faut tout de même le réaliser. Ce n’est pas rien, de penser à ces masses mystiques, à ces ardeurs dévotes, à ces déferlements de spiritualité sur le monde qui ne s’en remettra jamais. Nul conquérant sur la terre n’aura soumis à son culte autant de croyants assujettis, suscité autant de vénération, autant de fanatiques béatitudes. Inspiré autant de messes, de bâtisseurs et d’idolâtries. Celui qui a établi de royaume de Dieu ici-bas pour les siècles des siècles, amen, méritait une tout autre piété que celle que lui témoignent certains de ses serviteurs. Au moins son berceau devrait-il être voué à la paix aux hommes de bonne volonté…

Misère. Blasphème. Exécration. Désolation de l’abomination. Que leur langue se couvre de poils et leurs yeux de cataracte ! Des prêtres arméniens et grecs orthodoxes chargés de l’entretien et du nettoyage de ces lieux trois fois saints en sont arrivés à se foutre sur la gueule. Mais si mais si. Sur les lieux mêmes de la nativité. Si Jésus, dans sa crèche, entre son bœuf et son âne gris avait pu savoir que 2.00O ans plus tard, des gens se castagneraient à l’emplacement même de ses premiers arreuuh, je doute qu’il eût accepté le sacrifice crucificiel de sa vie pour si peu de respect.

Trois religions de la chrétienté se sont arrogé, en la basilique de la Nativité, un espace de nettoyage. Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas de tout chambouler, déménager, échafauder, rien de tout çà, juste de nettoyer. Chacun sa lessive bénite, son O’Cédar consacré et sa cire apostolique. Mais voilà pas qu’un desservant orthodoxe déborde de son oblative serpillière la limite de sa zone de nettoyage. Ah mon dieu ! The casus belli majuscule ! Vous l’avez vu ! Comme je vous vois ! Il a violé la frontière sacrée, avec sa serpillière !  L’arménien blasphémateur se prend une rebutée et va se répandre au pied du jubé. Emeute ! Rameute ! Contre-meute !  Bientôt deux douzaines d’enfroqués se donnent l’onction au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit ainsi soit-il avec tout ce qui leur tombe sous la main. Et paf, mange-toi l’ostensoir sur ta gueule de faux apôtre.  Viens un peu là que je te scalpe la tonsure d’un coup de patène. Vlan, déchirage de chasuble et que je t’intronise  l’étole d’un coup d’idole chiasmatique. Un augustin vénérable part tout droit se planter les dents dans l’iconostase tandis que le superviseur se prend les burettes en plein dans ses béatitudes. Ah les coups de ciboire sur la tronche tout ce qui tombe du ciel est béni. Une sainte baffe projette un samaritain notoire le cul dans le bénitier. Tout çà volte et virevolte dans ses surplis, étoles et dalmatiques se chignonnent tandis que volent bas les calices et les croix… Noooon pas la croix. Pas la croix sinon on va chercher les missiles ! D’accord, pas la croix, en attendant, déguste un peu ta vulgate, l’augustin, avec le lutrin par-dessus.

Sur ces voies de fait arrivent les policiers palestiniens. Bilan : sept blessés : cinq prêtres et deux  policiers. Paix sur la terre aux âmes pieuses.

Blam ! Shpirf ! Certains bruits de torgnoles me réjouissent au-delà du raisonnable. Surtout chez ceux qui font foi de cultiver paix et amour. Cela en donne long à penser sur la sincérité de leurs options. Comme si précisément leur choix se portait sur la justification des plus viles pulsions par de hautes raisons.

Mais quand même, quelle honte : une basilique bi-millénaire prête à tomber en ruines, et voilà bien que ceux qui se sont accaparé  l’occupation des lieux au simple prétexte d’y passer un coup de serpillière en viennent à s’étriper au lieu de refaire les charpentes et les fresques. Que voulez-vous, ainsi finissent les plus hautes civilisations par la mesquinerie des hommes. Viens mon frère, tu tiens la pelle et moi le balai. Mais non, ce serait trop simple. Vivement que les pierres de la voûte leur tombent sur la gueule, ils sauront peut-être pourquoi ils se battent. Les derniers hommes se battront encore sur des ruines. Qu’y a-t-il de si réjouissant dans ces bagarres de chiens ? Elles mettent en évidence une nature humaine que les grandes consciences s’acharnent à nier. Voilà ce qu’il y a de réjouissant : l’irruption de la réalité dans le monde du rêve. Tu me surveilles, je te surveille, et gare. Tu mets ta serpillière sur mon carreau, je te mets un carreau sur ton mufle de blasphème. Donnant donnant, prenant prenant. Y a pas de raison n’est-ce pas.  Ne reste qu’à se réjouir de cet imbroglio qui nous sert de temps à autre ces scènes d’anthologie. Sinon, je raconterais quoi, moi, avec mes texticules… ?

Par zorba - Communauté : Les chroniques de la meute
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 16:47

INSEE

 

 

Je suis informé à la seconde près de tous vos faits et gestes. Parfaitement, oui vous madame, ou même vous, là, Monsieur, qui vous planquez derrière votre moustache. Je ne suis pas de la police, ni même des renseignements généraux, mais je sais néanmoins tout ce que vous faites. Il me suffit de consulter une étude de l’INSEE. Car l’INSEE, au cas où vous l’ignoreriez, a des espions. L’INSEE a embauché des sociologues au chômage pléonasmatique auxquels elle a trouvé un boulot : savoir ce que les gens font. On appelle ces espions des chercheurs, pour endormir la méfiance. Et une fois votre méfiance endormie, on pourrait même dire mise en catalepsie par un intitulé aussi ronflant, vous racontez à ces espions tout ce que vous faites, de nuit comme de jour, au boulot comme au déduit, et ces espions prennent des notes, qu’ils déposent sur le bureau de l’INSEE. C’est ainsi que je suis au courant de tout. On peut dire que vous vivez sous hypnose permanente, pour aller raconter au premier sociologue au chômage venu tout ce que vous fabriquez.

Je sais par exemple que vous, Monsieur, consacrez 4h24 par jour aux « tâches de loisir ». « Taches de loisirs ». Alors que vous, Madame, n’y consacrez que 3h46. Ah ne commencez pas à contester les chiffres sous prétexte que vous, le Mardi 17 Janvier, n’avez consacré que 3h45 aux « tâches de loisir ». L’INSEE le sait tout de même mieux que vous car l’INSEE a des chercheurs, pas vous. Mais bien sûr… mais bien sûr, que le loisir est un travail, qu’est-ce que vous croyez ! C’est bien pourquoi l’INSEE catalogue les loisirs en tant que « tâches de loisirs ». C’est fou comme les loisirs donnent du travail. Et même pas payé rendez-vous compte. Si au lieu de travailler à nos loisirs, nous passions nos loisirs à nous reposer, nous serions bien plus enforme pour travailler au boulot. Pas étonnant qu’après nous être épuisés pendant 4h24 par jour pour les messieurs à des tâches de loisirs, nous arrivions en planches pour faire nos 35 heures de travail par semaine.

Mais il ressort surtout de cette étude d’espionnage que si les femmes consacrent près de 4h par jour – j’arrondis sinon l’espionnage va ressembler à de la petite monnaie – à l’entretien de leur intérieur et au soin des enfants, Monsieur, lui, n’y consacre que 2h30. Houou… la honte. On voit bien, d’où l’utilité de l’espionnage, que Monsieur est un gros fainéant. Et quel prétexte Monsieur trouve-t-il pour s’exonérer de ces tâches ménagères ? Soi-disant qu’il consacre 14 minutes à faire du sport alors que Madame, elle, qui s’épuise vite, n’en consacre que 6. Minutes. Et que Monsieur surfe pendant 45 mn sur le net alors que Madame, la moitié à peine. Pas chié, le Monsieur, il voudrait nous faire croire que surfer c’est bosser.

Ce que je trouve bizarre, tout de même, c’est que les espions de l’INSEE ne voient jamais Monsieur au bistrot. Ils sont aveugles ou quoi ! Pas la moindre mention de bistrot dans la statoche. Je veux croire que Monsieur, en plus d’être un gros cossard, est particulièrement malin : il est passé maître dans l’art de déjouer les filatures. Aussi n’-t-il pas à se plaindre si Madame a des amants cachés : elle aussi sait déjouer. Et l’INSEE n’y voit encore une fois que du bleu.

C’est ainsi que l’on peut lire entre les lignes de l’étude d’espionnage de l’INSEE qu’alors que Monsieur préfère le bistrot, madame, elle, aime mieux la bunga-bunga. Il n’y a guère qu’un homme au monde pour préférer la bunga-bunga au bistrot : c’est Burlesconi. D’où sa côte d’enfer auprès des dames.

Je vous le dis : je sais tout. Mais je ne vais pas dévoiler tous les secrets de l’espionnage car je suis pour la paix des ménages. On ne niera  pas cependant que l’équilibre du couple repose sur le déséquilibre dans l’implication aux tâches ménagères. A croire que l’homme se fout de son intérieur. L’homme se grandit-il, aux tâches ménagères ? Non, il se ratatine.

Je crois tout de même – disons que j’en suis carrément sûr – que les études d’espionnage de l’INSEE ont quand même pour objectif insidieux de semer la zizanie dans le couple. Imaginez un peu Madame sous la couette, alors que Monsieur est en train de lui faire ses affaires, s’écrier brusquement : dis donc chéri, il me semble qu’aujourd’hui tu es resté 2h13 devant la télé alors que j’épluchais les oignons… descends de là et va donc t’occuper de rafistoler pendant 45 minutes l’étagère du placard sur laquelle je ne peux plus ranger mes escarpins. Vous pouvez être sûrs qu’au bout de quelques semaines et même avant de ce régime, Monsieur va déjouer les filatures de l’espionnage pour aller au bistrot fissa raconter des blagues putrides à ses copains. Ou même qu’il finira par jeter la charrue avec les bœufs du ménage et ainsi, l’INSEE pourra établir de nouvelles statistiques de sociologues sur la progression du nombre de divorces. On se demande si ce n’est pas fait exprès rien que pour faire du neuf avec du vieux.

Autant vous dire que l’INSEE, moi, je m’en méfie. Et lorsque je sens que mon épousée a ses fumerolles, je me casse au jardin et croyez-moi, si j’aperçois un sociologue d’espionnage me chronométrer sur mes rangs de fèves, je te le transforme en épouvantail moi. Je vais te faire chauffer la statistique des sociologues disparus en mer. Sans blague… Interroger les gens pour ensuite les dresser les uns contre les autres, c’est de la délation. Voilà ce que c’est.

De toute façon, l’INSEE ne raconte que des bobards. Comment voudriez-vous que je participe aux tâches ménagères quand je n’ai même pas le droit de me faire chauffer un café. Il faudrait presque que je change de pantalon et que je me désinfecte, pour me faire chauffer un café. Alors à la longue, je ne sais même plus faire marcher la cafetière. J’ai essayé, une fois, çà a giclé partout que je me suis pris un soufflon que maintenant les cafetières, j’en ai peur. C’est bien simple, si mon épouse me lâche tout seul dans une maison, mon espérance de vie ne dépasse pas celle d’un lapin sur autoroute. Comment voulez-vous que je participe à des tâches ménagères quelles qu’elles soient : c’est devenu chez moi une incapacité ontologique. Je n’ai pas été dressé pour cela. Moi je fais autre chose, voilà tout, à vingt mille lieues sous les mers du ménage. Avec mon petit tablier de ménagère…non  mais je rêve. Que l’on veuille bien noter que je ne déjoue pas pour autant les filatures de l’INSEE pour aller au bistrot vu que le bistrot, je n’y mets plus les pieds depuis lurette. J’ai assez vu de visages ravagés par l’alcool, c’est bon. Mais tout de même, on voit bien que même avec un chausse pieds, je n’entre pas dans les statistiques de l’INSEE.

Par zorba - Communauté : le texte voyageur
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